Dans l’intense solitude des orgues démontés

| sam, 04. avr. 2015
Facteur d’orgues à Romont, Raoul Morel apprécie le relevage (la révision) de ces instruments si complexes. A Neirivue, il s’est occupé de l’orgue Spaich, construit après l’incendie de 1904.

PAR JEAN GODEL

Quand il ne trotte pas les églises à procéder à des relevages d’orgues – il en fait entre deux et six par an – Raoul Morel, de la manufacture d’orgues éponyme à Romont, s’ennuie un peu. D’où son bonheur, depuis un mois, à l’église de Neirivue où le dernier relevage, déjà de son fait, datait de 1992.
Le relevage? C’est une révision complète. S’agissant d’un orgue, l’opération prend une certaine ampleur et devrait intervenir tous les 15 à 25 ans. Un travail de bénédictin qu’apprécie l’artisan de 55 ans.
A Neirivue, l’orgue date de la reconstruction de l’église après l’incendie du village en 1904. Construit pas Spaich à Rapperswil, il a été transformé par Ziegler (Uetikon) en 1950, lequel a alors sans doute tourné la console de manière à ce que l’organiste fasse front à l’instrument et aux chanteurs.
Dans les années 1970, Dumas, à Romont, chez qui Raoul Morel a fait son apprentissage, l’a à son tour transformé. Sans doute a-t-on alors déplacé certains jeux sur les côtés pour donner plus de place au chœur. Du coup, il a fallu décorer les nouveaux buffets latéraux. Dans la plus pure tradition de l’imitation, fréquente dans les églises de campagne, on a alors posé de faux tuyaux en bois, donnant l’impression d’une grande richesse de jeux.
Pour autant, l’instrument de Neirivue en dispose tout de même de 16. «On est dans la moyenne des orgues de campagne de l’époque», apprécie Raoul Morel. En deçà, toutefois, des églises-cathédrales de Montbovon ou d’Albeuve aux orgues importants. «On m’a rapporté qu’à l’époque, l’évêque ne savait plus où placer ses curés tant il y en avait», sourit Raoul Morel. L’Eglise voyait alors grand…


Fuites et tapis de mouches
En un mois, l’artisan a déposé tous les tuyaux et ouvert l’ensemble du système de distribution d’air pour boucher les fuites. Tout a été vérifié, réparé, dépoussiéré, remonté et accordé.
L’orgue de Neirivue est doté d’une transmission pneumatique. Développée dès les années 1890 avec l’arrivée des grandes orgues romantiques imitant les orchestres, ce système a ceci de délicat qu’il est difficile d’accès, tant il y a de tuyaux d’alimentation. Dès lors, trouver la moindre fuite n’est pas une sinécure.
Alors qu’il croyait avoir réglé le problème de la présence de milliers de mouches mortes lors du relevage de 1992, Raoul Morel a eu la surprise d’en redécouvrir des tapis entiers dans le buffet, et même dans les tuyaux: «Il y en avait tant que ça faussait les notes!» En fait, les insectes entraient par deux fenêtres de chaque côté de la rosace qui ont, du coup, été colmatées.
L’autre problème rencontré a été la moisissure. En cause: la désaffection des églises. «En un mois, j’ai dû voir passer une demi-douzaine de fidèles en semaine, constate Raoul Morel. Du coup, il y a moins de brassage d’air et la moisissure s’installe.» Des grilles d’aération ont été installées.


Collection de diapasons
Une fois révisé, l’orgue doit être accordé, un travail de précision. Surtout que les variations de température faussent la donne: les tuyaux montent de 0,8 hertz par degré centigrade. Pire: les tuyaux de bois et de métal ne réagissent pas à la même vitesse. «A l’époque, les facteurs d’orgues avaient une série de diapasons, en général de 437 à 442, pour se caler sur la hauteur sonore de l’orgue», explique Raoul Morel.
Il arrivait aussi que l’orgue, accordé à 440 par 18°C, se dérègle avec le froid. L’organiste convoquait alors l’accordeur pour les jours de concert. Mais, l’église ayant été chauffée pour l’occasion, l’instrument était à nouveau juste.
Raoul Morel, qui possède aussi une succursale en Valais, à Fully, recommande aujourd’hui de moins chauffer les églises. D’abord, car elles sont moins fréquentées. Mais surtout, parce que la chaleur dessèche l’air et provoque des fentes. Or, 90% d’un orgue est en bois.

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