Discret et calme il sera, l’agenda des stars il organisera

sam, 30. mai. 2015
Le troisième volet de la série «Autour du sport» s’intéresse à la profession d’attaché de presse dans le milieu sportif. Anciens journalistes pour la plupart, ces interlocuteurs gèrent notamment l’agenda des athlètes pour rassembler les sollicitations médiatiques.

PAR QUENTIN DOUSSE

«Vous n'allez pas me croire, mais c'est un bon jour pour la FIFA.» Sortis de la bouche de Walter de Gregorio, directeur de la communication de la Fédération internationale du football (FIFA), ces mots ont fait écho auprès de la meute de journa­listes présents mercredi matin à Zurich. Son intervention, première réaction de la FIFA à la suite du scandale à l’encontre de quatorze de ses proches et hauts responsables, a été décortiquée par la presse jusque dans les moindres syllabes. Une pression considérable sur les épaules d’un homme, Walter de Gregorio, qui n’est pourtant responsable d’aucun agissement de la FIFA. Seulement de sa communication.


A la demande d’Hitzfeld
Toutes proportions gardées, l’attaché de presse – ou responsable de la communication – est également sous le feu de nombreux projecteurs à l’échelle régionale ou nationale. Principal interlocuteur entre la presse et un athlète, association ou encore événement, il tient un rôle de porte-parole. Tout en gérant l’agenda des personnes qu’il représente pour organiser des rendez-vous avec la presse.
Aujourd’hui responsable de la communication pour l’Association suisse de football (ASF), Marco von Ah a d’abord été journaliste sportif à la Neue Luzerner Zeitung. Jusqu’en 2008, moment où son téléphone a sonné. Ottmar Hitzfeld était alors au bout du combiné. «Ottmar était le nouvel entraîneur de l’équipe nationale et il avait besoin de quelqu’un à ses côtés. Je ne pouvais pas lui dire non. A 46 ans, c’était la dernière occasion de changer ma vie.» Marco von Ah s’occupe alors de plusieurs domaines: de l’équipe A aux travaux du président de l’ASF Peter Gilliéron. Il représente également l’Association suisse, notamment dans l’affaire des points retirés au FC Sion en 2011.
Quadrilingue, le Lucernois d’origine ne s’ennuie pas. Sans cesse sollicité par les médias, l’attaché de presse est parfois considéré comme un obstacle par les journalistes, qui essaient de contacter les joueurs en direct. «Je ne les comprends pas, s’étonne von Ah. Je ne veux pas interdire, mais simplement chercher l’efficacité. En collectant les demandes, l’athlète sera ainsi dérangé moins longtemps que si chaque journaliste y va de son téléphone.»


Messeiller «à la lutte»
Rédacteur en chef de Radio Fribourg/Freiburg jusqu’en 2007, Martial Messeiller est passé de l’autre côté des caméras, en occupant la fonction de responsable de la communication aux Transports publics fribourgeois (TPF). Mais, en sus de ce travail, il a pris les rênes du département communication de la Fête fédérale de lutte 2016, à Estavayer-le-Lac. «J’y investis beaucoup de temps, mais c’est un vrai défi», glisse Martial Messeiller. Son équipe, composée actuellement de six membres, passera à près de vingt-cinq personnes durant l’événement. Une vraie rédaction au service des quelque 400 professionnels des médias attendus sur le site.
De par sa fonction, le Vaudois de 42 ans s’est retrouvé en première ligne lors de la démission d’Emmanuel Crausaz, vice-président du comité de pilotage d’Estavayer 2016. «J’ai  expliqué la décision à l’interne et à l’externe. J’en suis resté aux faits, comme est contraint de le faire chaque journaliste.»
«Responsable de l’image», l’attaché de presse traîne une certaine réputation dans l’esprit des journalistes. «Je m’insurge contre ceux qui pensent que nous sommes là pour verrouiller l’information», enchaîne-t-il. Pas question non plus de survendre le produit, pour qui veut «durer» dans le milieu.
Comme bon nombre d’attachés de presse, von Ah et Messeiller sont issus du journalisme. Une trajectoire idéale, à en croire le premier. «Je sais ce que les médias attendent de moi.» Au fait, quelles qualités requiert ce métier, cousin du journalisme? «Parler ne suffit pas. Il faut être à l’écoute pour comprendre notre interlocuteur», précise le second.
La discrétion et le calme semble également deux valeurs primordiales. Comme dans le cas de Marco von Ah, au contact quotidien avec des stars. «Je réceptionne passablement de demandes et je dois rester tranquille. Et je n’oublie jamais que ce sont les joueurs et le football suisse qui sont importants, pas ma personne», répond le Lucernois.


Le rôle des réseaux sociaux
Majoritairement occupé par des femmes, le poste a subi une (r)évolution durant la dernière décennie avec l’arrivée des réseaux sociaux. Ainsi, la relation avec le public s’est vue  transformée. «Les gens sont acteurs de l’information, nous devons désormais les faire participer», constate Martial Messeiller. Que ce soit Fribourg-Gottéron ou l’ASF, tous deux ont bien compris les enjeux. «Les réseaux sociaux véhiculent beaucoup de rumeurs et il est impossible de tout maîtriser. Comme lors­qu’un joueur a annoncé son engagement chez nous sur Twitter avant que nous ne soyons en mesure de l’annoncer», explique Raphaël Berger, directeur général des Dragons.
L’Association suisse de football a, elle, organisé une formation auprès des joueurs. Faisant suite notamment à l’affaire Morganella, coupable de débordements sur Twitter, aux jeux Olympiques 2012. A l’ASF, un poste à temps plein est également dévolu aux réseaux sociaux.
Le domaine de la communication, et l’attaché de presse, disposent donc de beaux jours devant eux. «Un projet ou un athlète, aussi bon soit-il, ne suscitera jamais l’intérêt du public s’il est accompagné d’une mauvaise communication. Et il y a encore du boulot à l’avenir», conclut Martial Messeiller.

 

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Fribourg-Gottéron, une communication exception
Limité par un budget toujours plus resserré, Fribourg-Gottéron a opté pour une communication «version hybride». La partie administrative, communiqués de presse et relations publiques, est en charge de Myriam Brülhart, employée à 100% au sein de l’organisation fribourgeoise. Sur le terrain en revanche, c’est le Glânois Pierre Reynaud qui sert de lien entre les joueurs et les journalistes. Une répartition des tâches, sinon efficace, qui fait exception dans le milieu. «La saison dernière, j’étais le seul à exercer ce travail comme auxiliaire en Ligue nationale A. Le Lausanne HC avait nommé Maïque Perez de la RTS comme responsable. Mais il a décidé de revenir à un modèle comme le nôtre pour l’exercice 2015-2016», indique Pierre Reynaud.
Confier l’ensemble de la communication du club à un attaché de presse, un modèle envisageable à Fribourg-Gottéron? «Nous y avons déjà réfléchi. Pour l’heure, nous n’avons pas les capacités et ce n’est pas un dossier prioritaire sur le gril», coupe Raphaël Berger, directeur général de Fribourg-Gottéron. Le système actuel, qui satisfait à défaut de mieux, n’est pas près de changer. «Les deux rôles sont bien distincts, les journalistes savent à qui s’adresser», abonde le chef de presse fribourgeois.


Un rôle d’équilibriste
Planificateur de la production du site de Broc chez Nestlé, le résident d’Hennens accorde jusqu’à quatre mois de travail par année aux Dragons, selon leur parcours en séries finales. De par son statut, il reconnaît volontiers tenir un rôle agréable. «J’organise les interviews, mais je ne prends aucune décision. Je suis en quelque sorte le porte-parole du club. La pression vis-à-vis des médias repose sur les épaules de Raphaël Berger.» Cependant, tout n’est pas rose dans sa fonction. Qui plus est après la saison compliquée vécue par Fribourg-Gottéron. «J’ai dû parfois forcer les joueurs à venir à l’interview. Sprunger et Plüss ont été souvent sollicités par les médias cette saison. Ils restent des humains, et je comprends qu’ils ont parfois besoin de repos. J’ai un rôle d’équilibriste», décrit celui qui a travaillé auparavant dans une banque à Zurich.
Chef de presse depuis 2001, Pierre Reynaud a tout vécu aux côtés des Dragons. Les séries de relégation, mais également des parcours inespérés en play-off. Comme celui en 2013, quand Gottéron a disputé la finale face au CP Berne. «C’était rude. Nous n’avions pas suffisamment de places à proposer aux médias. Entre les journalistes, photographes, radios et télévisions, plus de 130 personnes gravitaient autour de l’événement. Et nous n’avions pas les infrastructures adéquates. Mais j’ai réussi à placer tout le monde et j’en retire une certaine fierté.» Ce défi, il le réitérerait volontiers. «Mais, cette fois-ci, avec la victoire au bout», plaisante-t-il. QD

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