Firmann et Sagérime pourraient quitter Bulle

| jeu, 28. mai. 2015

A l’étroit, les deux entreprises veulent s’installer à Farvagny, en partenariat avec JPF Gravières SA. Par ricochet, le départ de Sagérime pérenniserait la présence de la scierie Despont en lui redonnant un peu d’air. Peu à peu, le centre de Bulle perd ses industries historiques.

PAR JEAN GODEL

L’évolution est plus discrète que celle de l’habitat, en pleine explosion, mais ses conséquences sont non moins concrètes: si ses récentes zones industrielles sont bien pleines, Bulle voit ses industries historiques quitter l’une après l’autre le centre-ville qui les a vues naître. Prochainement, ce pourrait bien être le tour des Ateliers Firmann, à la rue de la Léchère, et de Sagérime, dans la zone de la Pâla.
Travaillant souvent ensemble, les deux sociétés ont un projet commun de déménagement à Farvagny, en Sarine, aux abords de la sortie de Rossens. Un vaste terrain pourrait accueillir les ateliers mécaniques Firmann, Sagérime, spécialisée dans les glissières de sécurité et les portails, mais aussi une partie des activités de JPF.
Laurent Pasquier qui, le 1er juin, reprendra la direction de JPF Gravières SA, confirme: «On s’apprête à renforcer notre présence à Farvagny avec le développement de la nouvelle gravière de Grands Champs.» JPF, qui exploite déjà celle de Corpataux, dispose d’un petit dépôt sur le terrain convoité.


Achat du terrain en 2015
Les choses pourraient aller vite, selon Jean-François Rime, propriétaire de Sagérime: «J’espère concrétiser l’achat du terrain cette année encore.» L’industriel avait approché la ville de Bulle, au moment où celle-ci négociait le rachat de terrains le long de l’A12, pour y déplacer Sagérime. En vain: «Ils n’étaient pas intéressés»
Avec Farvagny, l’industriel ferait d’une pierre deux coups: la place libérée à Bulle par Sagérime donnerait de l’air à la scierie Despont, son vaisseau amiral, à l’étroit sur son site historique. «On ne cherche pas à déplacer la scierie, assure-t-il. Ça ne se fait pas en six mois.» Despont n’a d’ailleurs subi aucune pression de la ville pour libérer la place, quand bien même Bulle a classé le secteur comme «site stratégique» dans son projet de territoire: «Nos relations sont bonnes», assure Jean-François Rime.
A défaut de s’agrandir, la scierie, annonce son patron, mettra bientôt à l’enquête la construction d’une nouvelle raboterie, située au centre du site, donc sans nuisances directes.


«Plus à notre place»
Chez Firmann, la situation est plus complexe. Fondée en 1906 par Jean Firmann, l’entreprise a grandi par étapes, sur un site où ne se trouvaient alors que des garages et des dépôts: «Tout se construit autour de nous, on ne se sent plus trop à notre place», résume Julien Firmann, actuel codirecteur et représentant de la quatrième génération.
Là non plus, aucune pression de la ville ni du voisinage, compréhensif face aux nuisances sonores de l’atelier de serrurerie, de construction mécanique et de fabrication de cloches. Il faut dire que la maison fait des efforts. Dépourvue d’aire de chargement, elle voit chaque jour plusieurs camions occuper le trottoir fréquenté par des hordes d’étudiants: «On a donc adapté nos horaires à ceux des écoles», révèle Julien Firmann. L’atelier ferme ainsi chaque matin à 11 h 50. Parfois, des camions qui se pointent en plein rush de piétons sont priés de repasser.


Surface doublée
Non, le problème, chez Firmann, c’est le manque de place. Du coup, les pièces fabriquées ne peuvent dépasser 6 mètres de long. Or, une demande existe pour du plus grand. L’organisation du travail n’est pas idéale non plus, qui ne permet pas une production linéaire. Enfin, l’absence d’aire de stockage oblige à une coordination parfois délicate de la fabrication.
Occupant une petite vingtaine d’employés, l’usine ne cherche pas nécessairement à grandir. «Mais avec plus de place, nous pourrions honorer plus de commandes.» De même, il n’est actuellement pas envisageable de lancer une nouvelle production. Or, le secteur, très concurrentiel, oblige à rechercher de nouveaux débouchés. «On n’en recherche donc pas», reconnaît Julien Firmann. D’où son intérêt pour un déménagement à Farvagny où la surface doublerait.
Il est trop tôt pour dire ce qu’il adviendra du site de Bulle. Sa valorisation pourrait financer Farvagny, «idéalement d’ici à trois ans», espère Julien Firmann. Qui avoue un pincement au cœur à l’idée de quitter Bulle et la Gruyère. C’est que la maison attenante a accueilli les membres de la famille – son père André y est né – et même des employés.
Jean-François Rime, lui, n’a pas ces états d’âme: «Ça m’est complètement égal. J’ai contacté la ville qui ne m’a rien proposé. J’ai trouvé ailleurs.» Bulle gardera-t-elle le siège social de Sagérime, fondée en 1975? «On n’en est pas là. Mais si une commune nous accueille, un transfert du siège social est possible.»

 

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Une liste déjà longue
La liste est déjà longue des sites industriels bullois abandonnés. Cela pour une raison ou pour une autre, mais toujours dans le contexte d’un habitat urbain en pleine expansion. Les plus anciens se souviendront des usines Bochud, à la rue de la Condémine, et de leurs scies légendaires. A La Tour-de-Trême, les locaux de la Société électrothermique (Saint-Gobain) ont récemment disparu, de même que les abattoirs du bas de la Réche, à Bulle. D’autres entreprises sont parties pour s’agrandir: les Caves de Gruyère (rue du Moléson), l’ancien centre logistique de Grisoni-Zaugg (le long de la Trême), la Landi (gare) ou encore l’emblématique site Bultech Précision (Bouleyres). Une liste qui, bien sûr, n’est pas exhaustive.
Gruyéria, elle, est depuis 2011 dans ses nouveaux locaux de la rue de Vevey. Un siècle plus tôt, ses ateliers de la rue du Vieux-Pont étaient en pleine campagne: «J’ai retrouvé une photo d’époque montrant des paysans faisant les foins en face de La Viennoise», sourit Jean-Marie Vuagniaux, responsable financier. C’est le manque de place qui a poussé la fabrique de meubles à partir: «On tapait dans les bords.» Agrandie en 1970, elle a vite été à l’étroit. «Le voisin n’a jamais voulu vendre.»


Les derniers résistants
D’autres résistent, comme WIB, qui fabrique des roulements à billes à l’orée de Bouleyres. Installée là à l’initiative de la commune, au début des années 1960, une époque sans plans d’aménagement. De l’autre côté de la Trême, Morand Vins cache bien son jeu: «Les infrastructures lourdes sont en sous-sol», rappelle son directeur Philippe Morand. Qui reconnaît ne plus disposer d’un mètre carré de libre. «Mais nous n’envisageons aucun départ à court ou moyen terme.» Son isolement au cœur de la ville qui l’a rattrapée, la maison fait avec. Si les accès posent problème, le voisinage est compréhensif. Durant la période de vinification toutefois, les ventilateurs chargés d’évacuer les relents de la fermentation sont arrêtés la nuit.
Quant à Pierre-Yves Binz, administrateur du Groupe Grisoni, il raconte la même histoire: le départ du centre logistique par manque de place. Et un voisinage des plus discrets: «Certains – et des voisins proches – étaient même tristes de nous voir partir: il paraît qu’on mettait de l’animation dans le quartier…» JnG

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