Toula, occupation artistique avant la démolition

| sam, 16. mai. 2015
Des artistes investissent ce samedi le domaine de la Toula, au cœur de Bulle. Ils entendent documenter par leurs dessins, pacifiquement et en public, ce lieu promis à la démolition. L’Association pour la défense des espaces verts à Bulle (ADEV) ne sera pas là.

Par Jean Godel

 

Certains, à Bulle, ne peuvent se résigner à voir disparaître la ferme de la Toula, dernier vestige du passé agricole de Bulle au centre-ville. Les bâtiments, condamnés à la démolition depuis février 2014, et le pré attenant vont être supplantés par cinq immeubles pour 136 appartements, selon les plans de La Mobilière (La Gruyère du 23 avril). Des gabarits ont poussé cette semaine, l’issue semble proche.

Mais avant cela, des artistes ont prévu d’occuper symboliquement les lieux, ce samedi dès 9 h. Moins un baroud d’honneur qu’un dernier adieu, assure Massimo Baroncelli: «Avec Bernard Devaud, qui a eu cette idée, nous voulons témoigner de cette disparition.»

Avec d’autres, ils arpenteront le domaine toute la journée pour en dresser un ultime portrait dans l’urgence. Le photographe François Emmenegger documentera à sa façon la ferme condamnée. La population est invitée à venir échanger ses impressions. Comme pour un apéro d’après enterrement. Pour sa part, Massimo Baroncelli utilisera ce matériau pour sa prochaine exposition à Trace Ecart, en 2016. Son titre? Chronique d’une déchirure annoncée…

Il y a donc de la résignation dans cette action «coup de pinceaux». D’ailleurs Pro Fribourg a renoncé à s’opposer à la démolition de la ferme: «Les bâtiments sont de valeur C, ils ne peuvent donc être protégés», lit-on dans un article à paraître dans le numéro de juin de sa revue. «Le Service des biens culturels […] explique que garder une ferme au milieu d’immeubles de six étages ne ferait pas sens.»

L’ADEV renonce à venir
L’ADEV, l’Association pour la défense des espaces verts à Bulle, était d’abord annoncée. Son coprésident Nicolas Pasquier avait en effet projeté de transformer le potager de la Toula, à l’abandon, en jardin collectif, public et éphémère, avant l’arrivée des pelleteuses.

Mais mardi, le comité de l’ADEV a sèchement refusé pareille action. «C’est une propriété privée, planter des carottes n’apporte rien», tranche Patrice Morand, l’autre coprésident – contactée par l’ADEV, La Mobilière a répondu tolérer la venue des peintres, mais pas celle des jardiniers.

Aux artistes, donc, la symbolique. Patrice Morand entend placer l’action de l’ADEV dans le strict cadre légal. «Il faudra voir par la suite s’il y a lieu de mobiliser la population.» La suite dépendra de la mise à l’enquête du complexe, parue dans la Feuille officielle d’hier.

Une rencontre a d’ailleurs eu lieu le 8 avril dernier entre La Mobilière et l’ADEV: «On garde les yeux grand ouverts sur la Toula…» affirme Patrice Morand.

Frilosité de l’ADEV
Nicolas Pasquier, lui, se retrouve pris entre son désir d’un geste fort et la nécessité de ne pas compromettre la marge de manœuvre de l’ADEV. «Tout ça me navre un peu», avoue-t-il toutefois. Il sera malgré tout présent, hors de la propriété et à titre personnel, pour interpeller les passants.

La nécessité de densifier
Pareille frilosité de l’ADEV peut surprendre, tant la Toula avait été présentée dès le départ comme l’un de ses chevaux de bataille. Patrice Morand le répète: l’association étudiera le dossier mis à l’enquête pour décider de la suite. «Mais vu la nécessité de densifier, on ne peut pas ne rien vouloir sur ce terrain, situé en plein centre et bien desservi en transports publics.»
Pour lui, la grande erreur de Bulle, c’est de ne pas avoir acheté le domaine quand l’hoirie propriétaire cherchait à le vendre. «La ville s’est trompée, et moi aussi en tant que conseiller général…»

Massimo Baroncelli, lui, n’en veut à personne. Il constate: «A Bulle, on confond développement et croissance, qualité et quantité. On ne peut plus respirer dans cette ville. On est en train de détruire sa mémoire et de tuer une région.» Lui qui avait contribué, avec Jacques Cesa et Carmen Buchiller, au sauvetage du Moderne il y a des lustres, en appelle à un sursaut des politiques. Et adresse un dernier clin d’œil à La Mobilière: «S’ils font trop de bénéfices avec la Toula, qu’ils nous appellent! Nous, on a des idées. Elle est tellement belle, cette ferme, il y a tant de choses à y faire…»

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