La culture comme exhausteur de vie

| sam, 13. juin. 2015

La Région Glâne-Veveyse a débattu de l’impact de la culture sur une région. Avec les exemples de Nyon (Daniel Rossellat) et d’Yverdon-les-Bains (Nathalie Saugy). Instructif et motivant.

PAR JEAN GODEL

Thème de la rencontre économique organisée, mercredi soir à la salle Bicubic, par la Région Glâne-Veveyse: la culture peut-elle transformer l’image d’une commune ou d’une région? «Faut-il être fou, inconscient, rêveur ou, au contraire, leader et visionnaire pour poser une telle question?» s’est demandé en introduction Willy Schorderet, préfet de la Glâne. Tout cela à la fois, est-on tenté de répondre après avoir entendu Nathalie Saugy, conseillère municipale d’Yverdon-les-Bains en charge de la culture et du tourisme, et Daniel Rossellat, syndic de Nyon, entrepreneur culturel et fondateur du Paléo Festival.
Paléo: ce nom évoque à lui seul la ville de Nyon dans l’Europe entière. Paléo, cité éphémère de 50000 personnes aux 24 millions de francs de budget annuel, sans un sou de subvention. «Paléo a transformé votre région», a résumé Willy Schorderet. A l’origine, l’idée d’un concert auquel tout le monde mettrait la main était un projet éducatif lancé par une bande de copains et destiné aux jeunes désœuvrés.
Le concept d’un festival s’impose en 1976, année du 1er Folk Festival (1800 personnes à la salle communale). «En commençant petit, c’est moins grave si on fait des erreurs.» En 1977, 16500 personnes déboulent dans le parc de Colovray. Aujourd’hui, 230000 festivaliers foulent la plaine de l’Asse.


Impact immense
Pas vraiment mesurable, l’impact pour la région est immense. Une étude de l’Université de Lausanne a établi que la commune aurait dû investir 15 millions pour obte-nir semblable notoriété. Paléo, c’est 62 employés, 1 million d’impôts annuels, 610 journalistes accrédités de 239 médias. «Notre notoriété est exceptionnelle», admet Daniel Rossellat.
Désormais, Nyon se profile comme une ville de festivals: arts vivants (FAR), Visions du réel, Hivernales, Caribana, Paléo… «Quand les entreprises cherchent à s’implanter, la fiscalité n’est pas le seul critère pris en compte. La culture en est un autre, fondamental.»
Nyon, ville de 20000 habitants – comme Bulle – dépense la bagatelle de 6 millions de francs par an pour la culture, soit 300 francs par habitant. «C’est sûr, il faut de l’argent, concède le syndic. Mais surtout, un état d’esprit au sein des autorités.»
Aujourd’hui, Nyon accroît chaque année son budget culturel. Les projets foisonnent: agrandissement d’un musée, création d’une salle de spectacle supplémentaire, fondation pour la culture. «Comme syndic, chaque fois que je rencontre des chefs d’entreprise, je leur demande de s’engager financièrement dans la vie sociale et culturelle de la région. Faites-en de même avec Nespresso! Essayez!» a lancé Daniel Rossellat aux Romontois.
Un dernier aspect qui lui tient à cœur: la dimension sociale de la culture, qui favorise l’intégration des nouveaux habitants et nourrit le lien social. «Les acteurs culturels épargnent un grand nombre d’éducateurs…» Chaque année, plus de 600 événements sportifs, culturels et sociaux animent Nyon où pas moins de 200 associations sont actives. «Et on n’en fait pas encore assez!»


Changer l’image de la ville
A Yverdon-les-Bains, l’initiative est venue des autorités qui se sont appuyées sur les acteurs culturels existants, notamment la Maison d’ailleurs (le musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires). Pour changer l’image de la ville, la Municipalité s’est dotée d’un Service de la culture et a lancé l’an dernier le concept de «SuperCity» autour du thème des superhéros de bande dessinée. «Grâce à cette action, Yverdon s’est positionnée comme ville créatrice, dynamique et innovante», résume Nathalie Saugy.
Anecdotique? Que nenni! La couverture médiatique a été maximale, comme les retombées en termes d’image: «Jamais nous n’avons reçu autant d’offres lorsque nous mettons un emploi au concours: les gens ont envie de travailler pour une ville qui bouge», illustre Nathalie Saugy. Pour sûr, ils ont aussi envie d’y vivre.

 

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Bulle sous le regard de Daniel Rossellat
«Une ville en mutation comme Bulle a plus que jamais besoin d’événements culturels», assure Daniel Rossellat, en marge de la rencontre. Lui regrette la sortie de route des Francomanias: «Ils ont un peu manqué le virage des changements intervenus sur le marché du spectacle. C’est dommage, car c’est un beau festival. Il vaut vraiment la peine que la ville le soutienne. Pas pour la notoriété, ce n’est pas ce qui est prioritaire à Bulle, mais pour la dimension sociale et identitaire de la manifestation.»
Dans les années 1970, se rappelle le fondateur de Paléo, Nyon menaçait déjà de devenir une cité-dortoir, comme Bulle aujourd’hui. «Le réveil des artistes a tout changé: ils ont mené la révolution contre les autorités, en revendiquant des locaux et une meilleure prise en compte de leurs efforts. Le débat a été très vif. Mais la prise de conscience a eu lieu, à savoir que la culture et le tissu associatif sont le meilleur rempart contre la cité-dortoir.» Bulle a pourtant sa salle CO2… «Ça ne suffit pas, ce n’est que le début! Construire un stade ne fait pas encore une équipe: il faut soutenir le tissu associatif et les acteurs existants.»
Quelles sont les clés du succès d’un événement qu’une ville voudrait mettre sur pied? «Innover, surprendre, séduire. Innover est fondamental dans le monde culturel.» Mais aussi avoir une ligne, défendre son identité en dehors des modes, valoriser les atouts de la commune. Se méfier aussi de l’ambition artistique avec un grand A: «Il est de bon ton d’avoir son festival de musique classique en été. Mais tous ne survivront pas.» A bon entendeur… JnG

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