Le Home de l’Intyamon s’offre des vacances pour resserrer les liens

mar, 16. juin. 2015

L’établissement de Villars-sous-Mont participe à un échange inter-EMS pour offrir des vacances à ses résidents. La semaine dernière, six d’entre eux sont partis en villégiature à l’EMS La Vendée, à Genève. Mercredi, La Gruyère a suivi les Fribourgeois à Genève puis, le lendemain, les Genevois en Gruyère. Reportage.

PAR JEAN GODEL

Au Home de l’Intyamon aussi, l’été est synonyme de voyage. Depuis 2008, l’institution emmène chaque année les résidents qui le souhaitent en vacances. Originalité de la formule: l’institution fait un échan-ge avec un home partenaire (lire ci-dessous). Cette année, six résidents ont donc quitté Villars-sous-Mont pour une semaine de vacances à l’EMS La Vendée, au Petit-Lancy.
Depuis la terrasse du home genevois accroché à une colline, la vue est imprenable sur la Praille, les Acacias, la tour de la télévision, la rive gauche et, au loin, le Salève. En pleine ville et pourtant dans un havre de paix. Mais pas question de farniente. Dans la salle à manger, l’expédition est prête.
Objectif du jour: visite guidée de la vieille ville, filets de perche au bord du lac et retour par la campagne de la rive gauche, la plus belle du canton. Foi de Patrick Mathieu, animateur de La Vendée et guide du jour. «Genevois pur sucre puis-que d’un père suisse d’origine française et d’une mère sud-américaine», rigole cet homme au parcours en zigzag: spécialiste sur moteurs diesel, menuisier, prof de plongée et animateur. Sa vraie vocation, à voir son bonheur à guider les «touristes» du jour.
A la table du petit déjeuner, les Fribourgeois sont prêts. Il y a là Cécile, Mathilde, Agathe, Noémie, Lucienne et Jules. Moyenne d’âge: 90 ans. «Une année, se souvient Benoît Jonin, animateur au Home de l’Intyamon, nous avions avec nous une centenaire!» Pour certains, ce sont là leurs premières vacances. «C’est même la première fois que je viens à Genève», avoue une Gruérienne. L’idée d’une semaine d’immersion dans la grande ville internationale ne l’a pas effrayée. «Je resterais bien par ici», assure-t-elle, sourire en coin.
C’est vrai qu’en amont, Benoît Jonin a pour ainsi dire travaillé au corps les résidents susceptibles de partir en vacances. «Il faut les sécuriser, notamment pour ce qui est des valeurs personnelles. C’est qu’ils cèdent leur chambre aux hôtes genevois. Parfois il faut insister un peu.» La présence de personnel connu les rassure aussi: il y a là Benoît Jonin, Evelyne Dubath, aide animatrice, Josépha Pasche, infirmière, et Lyse Buchs, soignante.
Après leur arrivée lundi, les Fribourgeois ont eu droit, mar-di, à une croisière-repas sur le lac d’Annecy avec visite d’un musée de pays, à un tour de la ville mercredi et à une montée au Salève jeudi. Vendredi, lors du voyage retour, Fribourgeois et Genevois se sont retrouvés à Vufflens-le-Château pour dîner ensemble. Un point final festif qui permet aussi au personnel de faire le point.


Entre voitures et tramways
Le départ est donné. Patrick Mathieu conduit le premier minibus où ont pris place six résidents de La Vendée, heureux de profiter de l’escapade. Derrière suit le véhicule des Dzodzets. La communication se fait par radio. A l’évidence, Patrick Mathieu aime sa ville dont il connaît l’histoire, la grande comme la petite.
En bon Genevois, il s’arrête au milieu de la place Neuve, entre voitures et tramways, pour montrer le Grand Théâtre et la statue du général Dufour. S’ensuit un petit gymkhana par la vieille ville («Ici, ce n’est pas cher, c’est indécent»), la cathédrale («protestante»), la mai-son Tavel (la plus vieille de la ville) et le banc de la Treille (le plus long d’Europe, à moins que ce ne soit du monde).
A Rive, on s’étonne, parmi les résidents fribourgeois, du nombre de motos et de scooters qui squattent les trottoirs. Devant le Starbuck’s Café, on pouffe à la vue des cheveux bleus d’un client assis à la terrasse: «Il est malade?» Patrick Mathieu n’est pas en reste: «Sur votre gauche, la tour Eiffel, sur votre droite, la fontaine de Lessoc.» Les sourires fleurissent.


Œil-de-perdrix et chanson
Arrivés à Corsier, au Café du Petit-Lac, on préfère l’intérieur à la terrasse, offerte à la bise. «C’est quand, l’apéro?» A peine à table, les accompagnateurs distribuent les médicaments. Pour les administrer, Patrick Mathieu préfère un œil-de-perdrix d’Anières à l’eau plate.
Lors du repas, les accompagnateurs font preuve d’une grande attention pour leurs protégés: on place une serviette, on coupe la salade, on aide à s’essuyer la bouche. Les gestes sont d’une douceur et d’une gentillesse infinies.
Dès l’apéro, les vacanciers se sont mêlés aux résidents de La Vendée. A présent, la magie opère, timidement, mais sûrement. On fait santé, les langues se délient. Un Genevois, jadis chanteur d’opéra, en pousse une, sous les sourires charmés du personnel du restaurant. La voix est moins ferme qu’aux heures de gloire, bien sûr, mais elle est juste. Après les filets de perche, c’est toute la tablée qui entonne Le ranz des vaches et Le vieux chalet.
Alors, des souvenirs remontent, comme celui de cet ami du home décédé il y a peu et qui manque tant. Un cœur se serre et des larmes perlent sur les joues ridées: «On est déjà mercredi et il faudra bientôt rentrer…» La semaine a été intense. Et les vacances réussies.

 

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Le jeudi, cap sur le sommet du Moléson (oui, le sommet, pas Plan-Francey) où les six résidents de La Vendée, l’EMS du Petit-Lancy, ont partagé le repas de midi. Les Genevois ne sont pas les seuls intrépides puisqu’ils sont arrivés là-haut en même temps qu’un autre groupe de participants à ces échanges inter-EMS: celui de Pré Pariset, à Pully, en villégiature au Foyer bourgeoisial des Bonnesfontaines, à Fribourg. «C’est un pur hasard», n’en revient pas Suzanne Schuler, la responsable animation de La Vendée. Le contact a si bien passé entre les deux groupes qu’elle a échangé sa carte de visite avec son homologue de Pully: «On a déjà prévu d’aller en Valais en 2016, mais pourquoi pas Pully en 2017?»
A Villars-sous-Mont, les Genevois – Andrée, Cécile, Gabrielle, Marie-Thérèse, Suzanne et Paul, 90 ans de moyenne d’âge – ne sont pas tout à fait dépaysés: «Dans les années 1950, se rappelle l’une d’elles qui a toujours connu Lancy, la côte où se trouve La Vendée était un pâturage à vaches.» Tout de même, le côté verdoyant de la Gruyère séduit: «Tout me plaît ici», dit une dame au regard bleu ciel et au visage éclairé d’un beau sourire. «Le paysage, l’état d’esprit aussi, c’est reposant. L’ambiance est sympathique, on vit si différemment qu’à Genève. Et on a de la chance de visiter tous ces musées.»


Musées, restos et minicroisière
C’est vrai que le programme des Genevois en Gruyère n’est pas moins riche que celui des Fribourgeois au bout du lac. Lundi, à leur arrivée, ils sont passés par la Maison Cailler avant un petit «pèlerinage» à Château-d’Œx: c’est là que l’une des vacancières a rencontré celui qui allait devenir son époux. «C’était dans les années 1950, il passait ses vacances dans la même pension que moi. Il était beau, et musclé…» Comédienne dans l’âme, elle feint de jouer la nostalgie, appréciant de faire rire la tablée. On sent pourtant l’émotion qu’elle a ressentie en retrouvant la pension de la première rencontre. «Mon cœur bat encore la chamade.»
Mardi: Musée du vitrail à Romont, puis repas à la fromagerie de démonstration de Moléson. Mercredi: Musée gruérien à Bulle, puis dîner à l’Auberge St-Pierre, au Bry, et balade en bateau sur le lac de la Gruyère, entre l’île d’Ogoz et le barrage de Rossens.
L’une des vacancières a retrouvé ici des lieux connus: «Nous avions un appartement de vacances à Charmey.» C’est dire si elle revient avec plaisir en Gruyère. «Tout me plaît. Mais surtout, changer d’horizon.» Sa voisine, elle, ne sortait jamais, explique Suzanne Schuler: «Et là, d’un coup, elle part cinq jours.» Il a certes fallu la convaincre car elle rechignait à laisser sa chambre. Jusqu’au jour où elle s’est décidée. «A la condition que je lui fasse sa valise», rigole l’animatrice. Et ses effets personnels? «Je n’ai rien rangé, j’ai tout laissé tel quel dans ma chambre», sourit l’ex-casanière.
L’un des avantages de ces échanges que soulignent Suzanne Schuler et ses deux collègues – Valérie Bajoc, infirmière, et Micheline Augustine, aide-soignante – c’est leur côté sécurisant: les vacanciers voyagent avec du personnel connu dans des locaux adaptés. En cas de souci de santé, le réseau de médecins du home est immédiatement actionné. Un élément qui, en hôtel, peut vite devenir angoissant, pour le personnel autant que pour les résidents.
Et puis les veilleurs de l’EMS hôte prennent aussi soin des vacanciers. «Du coup, on passe de bonnes nuits», apprécie Suzanne Schuler. Les trois accompagnatrices logent d’ailleurs dans un gîte à Montbovon tandis que l’animatrice genevoise a prêté son appartement au staff du Home de l’Intyamon.


Echanges trop rares
Un petit regret tout de même de sa part: le peu d’échanges avec les résidents de Villars-sous-Mont. C’est vrai que l’entier du staff animation de l’Intyamon est à Genève. Alors que La Vendée a pu organiser jeudi une petite fête d’adieux sous forme de soirée contes. «C’est un point à améliorer.»
Avant de redescendre du Moléson, un petit tour sur la terrasse permet d’admirer encore une fois le paysage. Et de distinguer, au loin dans la brume, le Salève où se promènent en ce moment même les Fribourgeois en goguette. Chaises roulantes et tintèbins côte à côte face à l’immensité, chacun échange ses impressions dans des discussions à tout va. Durant la descente, on ne perd pas une miette du panorama. Les accompagnatrices, elles, apprécient les nouvelles installations: pas une seule marche à franchir du sommet jusqu’à Moléson-Village.
A l’arrivée, les visages sont radieux. «Cette semaine nous a permis de vivre ensemble, c’est bien. Suivant l’étage où l’on travaille, on ne connaît pas tous les résidents», reconnaît Micheline Augustine. C’est peut-être cela le plus important aux yeux de Suzanne Schuler: «Ces vacances ont resserré les liens entre nous.» JnG

 

Dans toute la Romandie
Le plus difficile, explique Benoît Jonin, animateur du Home de l’Intyamon, c’est de trouver des établissements partenaires: «L’idée de partir en vacances dans un autre EMS paraît saugrenue à beaucoup. C’est dommage. L’ambiance est différente et c’est plus pratique pour tout le monde.»
Cette formule permet aussi d’offrir des vacances aux personnes à mobilité réduite, grâce à l’accessibilité aux chaises roulantes. Surtout, c’est bien moins cher que l’hôtel. Du coup, ça permet de partir chaque année sans plomber le budget animation. Auparavant, le Home de l’Intyamon organisait des séjours en hôtel, mais tous les deux ans seulement. Pourtant, au début en 2008, Benoît Jonin n’était pas chaud, persuadé que les candidats potentiels ne voudraient pas échanger leur chambre: «Notre directeur Nicolas Beaud a dû me convaincre. Il avait discuté de l’idée avec son homologue du Home de Chamoson, un ami. A sa demande, j’ai fait un rapide sondage parmi nos résidents. Et, à ma grande surprise, une quinzaine d’entre eux se sont immédiatement montrés intéressés.»
Depuis, des résidents de Villars-sous-Mont sont partis deux fois à Chamoson – dont la première année, en 2008 – trois fois à Buttes, dans le Val-de-Travers, et une fois à Salavaux, dans le Vully. Benoît Jonin est pour ainsi dire devenu l’ambassadeur de ces échanges dont il a présenté le principe à ses collègues de la Plateforme romande de l’animation socioculturelle. C’est comme cela que l’EMS La Vendée, au Petit-Lancy, est entré dans la danse. «Notre directeur avait la même idée en tête; tôt ou tard, on y serait venus», assure Suzanne Schuler, animatrice du foyer genevois.
Trois autres institutions ont encore rejoint ce groupe informel d’échanges inter-EMS: le Home du Gibloux, à Farvagny, le Foyer des Bonnesfontaines, à Fribourg, ou encore un EMS de Pully. A voir le bonheur qui se lisait sur tous les visages la semaine dernière, la formule pourrait bien faire tache d’huile. JnG

Commentaires

Merci pour cet article qui m'a ému. Je suis heureux de percevoir à travers ces lignes le bonheur qu'ont vécu les participants gruériens et genevois. Un grand instant de bonheur pour toutes ces personnes. Bravo et merci au personnel d'encadrement pour le travail.

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