Un regard ouvert sur ce football technique

| sam, 06. juin. 2015

Depuis la création en 1970, le football féminin a connu une évolution vertigineuse. Son nombre de licenciées, qui a plus que triplé en quinze ans.

PAR QUENTIN DOUSSE

Les Fribourgeoises Anouk Macheret Chatton et Audrey Remy comparent deux époques, deux football. La Bulloise Gaëlle Thalmann livre ses impressions à quelques jours du début de la Coupe du monde au Canada.

La première a joué en Ligue nationale A, puis en équipe de Suisse. Attaquante de pointe, la Fribourgeoise Anouk Macheret Chatton a commencé avec les garçons de Marly, en juniors E. Le Mouret, Chevrilles/Tinterin, et enfin Berne, en 1994. «C’était alors le niveau le plus professionnel en Suisse.» Dans la capitale, elle a empoché trois doublés Coupe-championnat. Le 13 mai 1996, elle a fêté sa première sélection et son premier but face à l’Autriche. Cette institutrice de 39 ans décide de raccrocher les crampons en 2001.
La seconde aspire à devenir professionnelle. Ses classes juniors disputés à Bulle, Audrey Remy intègre l’Académie du football féminin à Bienne, en juin dernier. «C’était l’occasion de franchir un échelon, même si le chemin est encore long», dit-elle. Logée dans une famille d’accueil, elle suit la quasi-totalité des cours à l’école secondaire de Bienne. Sans oublier les entraînements, au nombre de six par semaine. Le week-end, elle dispute les matches avec Team La Gruyère. Un rythme effréné pour une footballeuse de 13 ans. «Si cela ne fonctionne pas, elle n’aura pas de regrets, car elle aura tout tenté», analyse Christophe, son papa.

La technique
Anouk Macheret Chatton: Parfois assimilé à du «pousse-ballon», le football d’hier se trouvait à des années lumière de son pendant masculin. En cause, un réservoir de joueuses limité, au parcours parfois étonnant. «Des filles commençaient le football sur le tard, à 14 ans. Kathrin Lehmann, la gardienne de la Nati, était également joueuse de champ avec l’équipe nationale... de hockey sur glace!» En son temps, Anouk Macheret Chatton s’entraînait trois fois par semaine. Bien loin donc, des standards actuels de l’équipe de Suisse.
Audrey Remy: «A ce niveau, cela ne change pas beaucoup des garçons», assure Audrey Remy. La Bulloise profite du savoir-faire de Martina Voss-Tecklenburg en personne, l’entraîneur de l’équipe A. L’Allemande dirige en effet la vingtaine de filles en sport-étude deux ou trois fois par semaine. «J’ai énormément progressé avec elle.»

Le physique
AMC: «Le vitesse de jeu a changé. Et si on regarde les équipes, ce sont désormais des athlètes.» Pourtant, Anouk Macheret Chatton bénéficiait des conseils d’un préparateur physique, avec salle de fitness à disposition. «L’écart était plus grand entre les joueuses sur le plan athlétique. Certaines filles en LNA auraient aujourd’hui leur place en 1re ligue.»
AR: En doublant le nombre de ses entraînements, Audrey Remy n’a eu d’autres choix que de suivre les exigences physiques. «Au début, c’était difficile», avoue-t-elle. L’enchaînement des efforts lui a permis de gagner en endurance. Une qualité importante au moment d’affronter les garçons.

La formation
AMC: Sélection cantonale, suivi scolaire ou centre de formation: tout cela n’existait pas au temps d’Anouk Macheret Chatton. «Il y avait une sélection romande, mais nous nous voyions que quelques fois dans l’année. Ce n’était pas vraiment dans l’esprit formateur.» Un désert du système qui n’a pas empêché la Fribourgeoise de percer.
AR: Le système a montré ses preuves. Comme en atteste les sept footballeuses actuellement en équipe A qui sont précédemment passées par le centre de formation à Bienne. Avec des observations régionales, les talents ne passent pas entre les mailles du filet. «Par rapport au ski, le football est mieux structuré. Et l’Association suisse exige de la joueuse de suivre une formation après l’école secondaire», ajoute Christophe Remy.

Le regard
AMC: Lorsqu’elle foulait le gazon, régulières ont été les remarques, sur le ton de la plaisanterie. «J’entendais: “Tu joues au foot? Eh bien, on va venir voir l’échange de maillot” Et quand ils venaient nous voir, ils étaient surpris en bien, se souvient la Fribourgeoise. Aujourd’hui, le regard est ouvert et positif.»
AR:  «Les filles sur un terrain, c’est de mieux en mieux accepté par la société. Personnellement, je n’ai jamais entendu de réaction d’étonnement», témoigne la milieu axiale. Ses parents ne s’y sont d’ailleurs jamais opposés.

L’argent
AMC: «Pour venir jouer avec la Nati, je devais payer mes remplaçants. Seul le billet de train pour rallier le lieu de rendez-vous nous était remboursé.» Bénévole, l’institutrice n’a jamais pu goûter au semi-professionnalisme. «Je n’imaginais pas qu’on puisse gagner sa vie avec le foot.»
AR:  Aujourd’hui, seuls des défraiements pour les déplacements sont accordés dans les clubs de LNA. Pour devenir professionnelle donc, Audrey Remy devra s’exiler à l’étranger. Les carrières comme celle de Gaëlle Thalmann ne sont toutefois pas légion. «Ce serait plus par passion que pour le salaire», souffle Christophe Remy.

 

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La Suisse s’attaque au Japon mardi

La Coupe du monde débute aujourd’hui au Canada, par la rencontre entre le pays organisateur et la Chine. Les Suissesses, elles, ont atterri samedi dernier à Vancouver. Lieu où elles disputeront mardi (4 h, heure suisse) leur premier match face au tenant du titre, le Japon. Elles joueront ensuite l’Equateur (48e au classement FIFA) et le Cameroun (53e) dans le groupe C.
La Nati privilégie la méthode des petits pas. Comme le confirme sa gardienne, la Bulloise Gaëlle Thalmann. «Notre but premier est de nous qualifier pour les huitièmes de finale. Sitôt ce cap franchi, nous nous fixerons un nouvel objectif. Mais, il est important de penser par étape.» Première Coupe du monde de son histoire oblige, la Suisse abordera ce tournoi canadien avec un manque de métier. Pas question toutefois d'en faire une excuse. Car plusieurs joueuses de la Nati ont connu des épopées européennes en club. Comme son attaquante Ana Crnogorcevic, vainqueure de la Ligue des champions avec Francfort. «Plusieurs joueuses ont déjà participé à un Mondial M20. Elles aideront les plus jeunes à gérer la pression. Par ailleurs, une psychologue du sport nous donnera ses conseils», assure Gaëlle Thalmann.
A titre personnel, l'incertitude est toujours de mise pour la gardienne de 29 ans. «La décision concernant la place de titulaire n'a pas été communiquée.» Le signal semble positif pour Gaëlle Thalmann, qui a été alignée lors de l'ultime rencontre de préparation, mercredi dernier face à l'Allemagne (1-3). Avec, en prime, une prestation convaincante. QD

 

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«Le foot féminin ne fait plus rire»
Elles étaient moins de 7000 au début du millénaire. Elles sont désormais quelque 26000 à taper dans le ballon rond en Suisse. Fulgurante, l’ascension du football féminin. A l’instar de l’équipe A, qui figurait au 26e rang aux tabelles mondiales en 2010. Et qui pointe aujourd’hui en 17e position. «Le football féminin a évolué en quantité, mais également en qualité», synthétise Jean Ansermet, membre de la commission féminine à l’Association fribourgeoise de football (AFF).
Comptant actuellement près de 1250 «filles à crampons» toutes catégories confondues, le canton de Fribourg a enregistré une progression légère, mais continue. «Depuis dix ans, le football féminin est reconnu et ne fait plus sourire dans le mauvais sens du terme», remarque le Fribourgeois.
Aux filles qui sortent du lot, l’AFF s’efforce de proposer une filière de formation à la hauteur. Les talents ont la possibilité d’intégrer les équipes cantonales M13 et M15. Nouveauté, une équipe cantonale M17 féminin intégrera cet automne le championnat de juniors C. «Nous souhaitons proposer une suite à ce qui est existant. Par contre, les M17 évolueront elles sous le joug du Team AFF à 100%, entraînements compris», présente celui qui a commencé à travailler pour les féminines
en 2000.
Sans club phare en LNA, l’AFF dirige ses meilleurs éléments vers Yverdon et Young Boys. La situation – semblable à ce qui se fait côté masculin – se révèle plus délicate chez les filles. «Attachées à leur club, elles sont difficiles à délocaliser aujourd’hui», poursuit Jean Ansermet.


Vuisternens/Mézières promue
Avec Courgevaux et peut-être Givisiez, une troisième équipe – issue du Sud celle-ci – bataillera en 1re ligue la saison prochaine: Vuisternens/Mézières. Si le club glânois a déjà connu pareil niveau en 2010, la promotion a été acquise avec un contingent 100% fribourgeois. Avec à la clé, 101 buts en 18 matches. Rien que ça! De quoi penser à la LNB? Eva Décotterd, présidente de Vuisternens/Mézières, tempère. «Jouons d’abord le maintien. Et pour évoluer en LNB, un budget de 30000 francs est nécessaire pour répondre aux normes.»
Et qu’en est-il de l’avenir du foot au féminin à Fribourg? Pas si rose qu’il n’y paraît, à en croire Jean Ansermet. «Nous allons vers une stagnation. Les clubs peinent à engager des juniors et ils pourraient à l’avenir se regrouper.» Le travail de promotion auprès de la gent féminine – réalisé par «une minorité» de clubs –  est pointé du doigt. Aux acteurs d’entretenir l’engouement autour de ce football féminin, sous peine de se fabriquer un... autogoal. QD

 

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