Start-up spécialisée dans la recherche de médecins

| sam, 11. jui. 2015

La Suisse souffre d’une pénurie de médecins. A l’heure où nombre d’entre eux partent à la retraite, la relève manque. La société B-plus vient de s’établir à Bulle. Elle se charge de trouver et d’installer des médecins, principalement des Français.

PAR YANN GUERCHANIK

«Depuis 2000, près de 800 médecins partent à la retraite chaque année et 61% de l’effectif des praticiens en activité – plus de 32000 – atteindra 65 ans entre 2013 et 2032. Le pic de départs étant prévu pour cette année.» Pour les responsables de la société B-plus, cela ne fait pas un pli: la Suisse fait face à une pénurie programmée de médecins.
Auparavant basée à Posieux, B-plus vient d’établir ses quartiers dans les anciens bureaux de JPF à Bulle. Fondée en 2011 par Jean-Paul Buchmann, qui en est aujourd’hui l’administrateur, la start-up emploie cinq personnes et huit consultants externes. Sa mission: trouver des médecins pour continuer à faire vivre les cabinets.
Si les professionnels de la santé viennent à manquer de façon générale, le manque est aigu en ce qui concerne la médecine généraliste. «En Gruyère, comme ailleurs, il y aura beaucoup de départs», relève Christiane Bruttin Blanc en dressant toute une liste de praticiens âgés.
La directrice de B-plus ne fait que confirmer ce que la Confédération formulait en mai 2014, au moment de voter sur l’arrêté fédéral concernant les soins médicaux de base: «Parmi les nombreux médecins de famille qui atteindront l’âge de la retraite, beaucoup ne trouveront pas de successeur. De plus, on constate qu’un nombre croissant de jeunes médecins préfèrent s’établir dans des cabinets de groupe ou des centres de santé, car cela leur permet par exemple de travailler à temps partiel.»
Pour Christiane Bruttin Blanc «le Suisse est aussi très frileux»: «Il a de la peine à se lancer pour ouvrir son propre cabinet. Il préfère l’hôpital, où il bénéficie d’une certaine sécurité, notamment salariale. Plutôt qu’une entreprise à gérer, il opte pour une structure déjà bien établie.»


Pas assez de Suisses
De fait, B-plus recrute à 90% des médecins étrangers. Active principalement en Suisse romande, elle s’adresse avant tout à des Français pour une question de langue. «Notre credo, c’est l’intégration du médecin. Nous ne le choisissons pas en dessous de 35 ans et il doit avoir de l’expérience. Il s’agit ensuite de lui faire connaître la Suisse, de lui faire comprendre son fonctionnement.» Non seulement B-plus engage ses clients à signer des contrats de cinq ans, mais elle les prend littéralement par la main.
«On leur fait tout», résume Christiane Bruttin Blanc. Cela va de la recherche d’un appartement à l’obtention des équivalences de diplôme, de l’immatriculation de leur véhicule privé à la recherche d’un prêt bancaire. «On leur présente la commune, on leur fait rencontrer le syndic. On les inscrit aux cours de tarification Tarmed, on se charge d’engager le personnel qui les entoure…» Un coaching de A à Z.
Actuellement, B-plus gère 54 mandats. «Chaque mandat représente un travail de dix-huit mois.» La start-up collabore principalement avec des cabinets privés, mais elle réalise également des prestations dans le domaine hospitalier. Pour ce qui est des honoraires, un forfait est établi en début de mandat: «Nous sommes meilleur marché qu’une agence de placement qui demande entre 18 et 25% du salaire annuel d’un cadre.»


Au service des communes
B-plus travaille aussi à la demande des communes. Dans la Broye, elle est chargée d’ouvrir un nouveau cabinet de généraliste. Dans le canton de Neuchâtel, elle mène un projet de centre de soins pour cinq médecins. Un travail main dans la main avec les autorités. De nombreux cas de figure se présentent: «Parfois, c’est un pharmacien qui fait appel à nous pour installer un médecin dans son immeuble.»
Une chose pourtant ne change pas: le besoin de recruter en France. Un «problème» sensible à l’heure où l’on ressent une crispation des Suisses face à la présence plus fréquente de Français à des postes importants. «Il s’agit de répondre à la demande. Nous plaçons en priorité des médecins suisses. Mais il n’y en a pas assez!» Et Christiane Bruttin Blanc d’enfoncer le clou: «Nous étions présents au congrès des jeunes médecins à Thoune. Sur les 900 participants, une poignée seulement était intéressée à travailler dans un cabinet.»
Tout le contraire des médecins français. «L’idée reçue est qu’ils viennent pour se faire de l’argent. Ils gagneront certes davantage, mais ils cherchent surtout une qualité de vie. D’où l’importance accordée à leur intégration.» La Suisse apparaît bien comme ce pays où l’herbe est plus verte qu’ailleurs. Un pays où il y a des malades quand même, mais pas assez de médecins.

 

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Des sociétés privées utiles
«Aujourd’hui, c’est grâce à la main-d'œuvre étrangère que la population suisse peut compter sur la qualité élevée de notre système de santé, communiquait en juin dernier la Fédération des médecins suisses (FMH). Quelque 31% des médecins en exercice sont originaires d’un pays étranger, et cette tendance est à la hausse.» En cause: le vieillissement de la population qui entraîne une augmentation du personnel de santé. Mais aussi les progrès de la médecine qui génèrent davantage de demandes.
Dans le milieu de la santé, on pointe encore du doigt la clause du besoin, le numerus clausus et, plus généralement, l’apathie des classes dirigeantes. La pénurie de médecins aurait été trop longtemps écartée des agendas politiques.
Depuis 2014, la Confédération planche pourtant sur différentes mesures. Le 19 juin dernier, le Conseil fédéral a notamment accepté d’augmenter le nombre de places d’études en médecine – 250 supplémentaires dès 2017 – et d’y participer à hauteur de 100 millions de francs ces quatre prochaines années. «D’autres mesures seront nécessaires pour réduire la dépendance envers les médecins étrangers», avertit la FMH.
En attendant, des sociétés comme B-plus colmatent les brèches en recrutant les médecins là où ils se trouvent, en Suisse comme à l’étranger. «Ces sociétés privées peuvent être utiles pour autant que les prestations soient de qualité, estime Claudia Lauper, conseillère scientifique à la Direction de la santé et des affaires sociales du canton de Fribourg. Idéalement, ces «coaches» ne devraient pas seulement avoir des compétences administratives, mais également des connaissances approfondies du système de santé suisse.»
A cet égard, la directrice de B-plus Christiane Bruttin Blanc peut faire valoir ses vingt ans de déléguée médicale. Son fondateur et administrateur Jean-Paul Buchmann peut, lui, mettre en avant une formation de droguiste et des années d’engagement auprès de grandes entreprises pharmaceutiques. YG

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