«On a l’impression d’être hors du temps»

| sam, 29. aoû. 2015

Durant toute cette semaine, la salle des gardes du château de Gruyères accueille deux maîtres luthiers et six stagiaires, à l’occasion du 13e Atelier de musique ancienne. Rencontre avec le Bullois Xavier Raemy, designer, qui joue de la gouge (presque) pour la première fois.

PAR SOPHIE ROULIN

Penché sur la table, un crayon à la main, Xavier Raemy suit précisément le trait donné par un chablon. Avec cinq autres néophytes, le Bullois s’essaie durant toute la semaine à la lutherie dans le cadre d’un stage proposé par l’Atelier de musique ancienne, au château de Gruyères. «Un mélange subtil entre force, précision et contrôle», décrit-il, reprenant dans la main ce qui deviendra la volute du violoncelle baroque en construction.
Designer industriel, Xavier Raemy, 41 ans, n’a pas l’habitude de travailler le bois. Mais ses acolytes de la semaine, qui sont notaire, ostéopathe, ingénieur civil ou encore aumônier, n’en ont pas plus que lui. «Nos deux maîtres luthiers sont d’une patience admirable.» Il faut dire que le Français Christian Rault dirige son troisième stage à Gruyères, alors que le luthier bullois Philippe Mottet est à l’origine du Festival de musique ancienne, qui vit sa 13e édition.
Pendant que les uns et les autres s’activent au rabot, à la gouge ou au papier de verre, Xavier Raemy attend: «Ça fait partie du jeu. On apprend aussi en observant les autres.» Car ce qu’il tient dans la main n’est pas qu’un simple bout de bois. «Pour voir naître un instrument, il faut respecter les lignes du bois et les forces en présence. On n’a pas le droit à l’erreur.» Voilà qui vaut bien quelques minutes d’attente pour que le maître luthier puisse donner ses conseils.


Vingt ans de violon
S’il n’a jamais travaillé le bois, le Bullois est en revanche plongé dans le milieu musical depuis sa plus tendre enfance. «J’ai commencé le violon vers l’âge de 7 ans. J’ai suivi des cours et joué durant une vingtaine d’années, notamment à l’Orchestre de la ville de Bulle, en compagnie de mes frères, de mes cousines et de mon oncle.» Un oncle, Jacques Baeriswyl, passionné par la musique et les instruments anciens, qu’il a eu la surprise de retrouver à l’occasion de ce stage de lutherie.
«Pendant mes études – que j’ai suivies un peu sur le tard – je travaillais ici, au château, pour me faire des sous, reprend Xavier Raemy. Ces stages m’attiraient déjà.» La perte de son emploi en mars dernier lui a «laissé du temps» pour y participer. «Humainement, c’est une semaine très enrichissante. Pour les échanges avec les autres stagiaires, avec les luthiers, mais aussi avec les touristes qui s’arrêtent.» L’atelier est en effet improvisé dans la salle des gardes au rez du château. «A huis clos, le stage n’aurait pas la même saveur.»
Christian Rault vient jeter un œil sur les courbes tracées par son disciple. Pour l’aider, le maître luthier sort une série de photos d’une copie qu’il a déjà réalisée de cet instrument. «Un violoncelle, c’est un vrai gros boulot qui demande beaucoup de rigueur, commente le spécialiste, avant d’ajouter dans un sourire: Pour l’instant, ça a bien joué, comme vous dites en Suisse.» Et de confier au Bullois le soin de scier et de sculpter la tête du violoncelle.
«Dans le rythme de travail, on est complètement hors du monde, note Xavier Raemy. Parfois, ça demande une concentration folle, au point qu’on en oublie tout le reste.» Comme les autres stagiaires, le Bullois est conquis. Il aurait même envie de revenir l’année prochaine: la copie du violoncelle baroque, fabriqué sur la base d’un instrument réalisé par le luthier allemand Matteo Goffriller en 1710 à Venise, prendra en effet deux éditions du stage de l’Atelier de musique ancienne. «On verra si l’agenda de l’année prochaine me permet une nouvelle semaine de cette vie de château…»

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