Femmes à l’honneur aux Murten Classics

| sam, 22. aoû. 2015

Dimanche féminin et fribourgeois, demain, au festival Murten Classics: Caroline Charrière dirigera, en création, des extraits de son opéra Les trois soupirs, sur un livret d’Isabelle Daccord, avec la mezzo-soprano Sophie Marilley, le Chœur de Jade et l’Orchestre de chambre fribourgeois.

PAR JEAN GODEL


En vingt-sept ans d’existence, le Murten Classics n’avait encore jamais fait le pari de la création. Cette première, demain soir dans la cour du château, sera même exclusivement fribourgeoise puisqu’elle réunira la musicienne et compositrice Caroline Charrière, le Chœur de Jade qu’elle a fondé voici vingt-cinq ans, l’auteure Isabelle Daccord, la mezzo-soprano Sophie Marilley et l’Orchestre de chambre fribourgeois – pour lui aussi, cette création est une première. Au programme, des extraits, en version concertante, du premier acte de l’opéra de chambre Les trois soupirs, de Caroline Charrière, sur un livret d’Isabelle Daccord. En première partie, d’autres extraits d’opéra, en l’occurrence Iphigénie en Tauride, composé en 1779 par l’Allemand Christoph Willibald Gluck.
Au moment d’entamer la composition des Trois soupirs, lors d’une retraite d’artistes à Romainmôtier en 2012, Caroline Charrière et Isabelle Daccord étaient libres de toute contrainte: «Nous nous sommes lancées sans qu’il y ait eu commande, assure la première. Cela faisait depuis l’âge de 17 ans que j’avais envie de composer un opéra…» L’idée d’un événement pour le quart de siècle du Chœur de Jade a, elle aussi, joué.
La musicienne, qui, depuis 2000, se consacre principalement à la composition, n’en est pas à sa première collaboration avec Isabelle Daccord, elle-même membre du Chœur de Jade. Il y a eu, entre autres, Les rats, les roses, une pièce écrite en 2001 pour le Théâtre des Osses par Isabelle Daccord, avec des musiques de Caroline Charrière. Ou encore Constellations, œuvre composée en 2006 sur des poèmes de l’auteure fribourgeoise.


Sources mythologiques
A bien y regarder, Les trois soupirs sont le fruit d’un entrelacs d’influences réciproques et de hasards heureux. Le livret trouve sa source dans la mythologie grecque: «En travaillant à l’Orestie d’Eschyle pour les Osses, en 2007, se souvient Isabelle Daccord, je me suis prise de passion pour les Erinyes, ces trois sœurs terrifiantes chargées de venger les victimes, mais qui se transforment en Euménides bienveillantes – même leur nom change! Ces déesses aux deux visages m’ont beaucoup intéressée.»
Sous sa plume, elles sont devenues les personnages centraux des Trois soupirs, matière à d’innombrables variations écrites sur le mode tragicomique. Et à une composition usant d’une large palette de styles musicaux.
Les deux complices avaient aussi le désir d’offrir des rôles féminins plus riches qu’à l’ordinaire: «Dans les opéras, fait observer Caroline Charrière, soit les femmes meurent, soit elles sont tuées soit elles se suicident. C’est effrayant!» D’où l’envie de développer des rôles moins caricaturaux, plus denses, renchérit Isabelle Daccord. L’envie aussi, depuis longtemps, de créer un rôle sur mesure pour Sophie Marilley avec laquelle, là encore, un long compagnonnage à trois existe déjà – la mezzo-soprano, engagée au Staatsoper de Vienne puis à Stuttgart, avait notamment créé Constellations.


Gluck grâce à Schubert
Si seul le premier acte des Trois soupirs est achevé, la suite se profile déjà: «Les personnages sont tous là, la trame aussi avec la fin de l’intrigue», assurent les deux complices. Mais en 2013, une rencontre fortuite avec Kaspar Zehnder, le directeur artistique des Murten Classics, devait décider de la programmation de l’œuvre encore inachevée dès l’édition 2015 du festival. Son souhait d’y associer l’Orchestre de chambre fribourgeois donnera lieu à une réécriture pour ainsi dire complète de la partition et, dans une moindre mesure, du texte. Privilège des œuvres en gestation.
Quant à l’idée de présenter, en première partie, des extraits de l’opéra de Gluck, elle est venue à Caroline Charrière lors de la lecture d’une biographie de Schubert dont une citation, attribuée au compositeur autrichien, titille la fondatrice du Chœur de Jade – formé d’une quinzaine de chanteuses: «Il n’existe rien de plus beau que l’air Ô malheureuse Iphigénie! avec ce chœur de femmes qui s’élève soudain.» Si l’opéra de Gluck a plu à Schubert… «Je l’ai écouté et j’en ai eu la chair de poule», se souvient la musicienne.
De fait, le Chœur de Jade est devenu la pierre angulaire du programme de demain, lui qui intervient dans les deux pièces, l’opéra de Gluck offrant à son tour de nombreux airs à une telle formation, de même qu’à des femmes solistes. Sophie Marilley sera ainsi accompagnée des sopranos Lisa Tatin et Cristiana Presutti.
A quelques jours de la première, Caroline Charrière et Isabelle Daccord se disent heureuses et curieuses: «Au début, se souvient la compositrice, j’avais l’impression d’un paquebot que je devais tirer en avant. Aujourd’hui, il vogue. Ne reste plus qu’à admirer le paysage et à espérer que la croisière soit belle.

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