Immeubles à Bouleyres, permis délivré

| jeu, 06. aoû. 2015

Le 7 mars dernier, Bultech avait finalement pu vendre son terrain de Bouleyres à Realitim. Restait au nouveau propriétaire de se voir attribuer le permis de construire. C’est chose faite depuis mardi. La préfecture a donné son feu vert pour la construction de trois immeubles.

PAR YANN GUERCHANIK

 

Mis à l’enquête le 26 septembre 2014, le projet est devenu le symbole d’un mécontentement plus général sur l’aménagement du territoire bullois. Un sujet politisé qui a vécu ces derniers mois au rythme de la démission de la commission d’aménagement, de la création de l’Association pour la défense d’espaces verts à Bulle (l’ADEV) et de l’instauration d’une task force par la commune.
«C’est effectivement un dossier plus politique que les autres, confie le préfet Patrice Borcard. Mais je ne suis pas là pour traiter de cette dimension. J’ai une loi à faire respecter, à savoir la LATec. Un permis de construire est un droit qui s’appuie sur le contenu d’un dossier et pas sur un climat politique.»
En l’occurrence, le dossier repose sur l’avis de la commune et celui des services de l’Etat. Bulle avait donné un préavis favorable en janvier 2015, avant la «politisation du dossier». Elle avait ensuite demandé une suspension de la procédure du permis de construire que lui avait refusé le préfet (La Gruyère du 7 mars).
Après avoir reçu le dossier des services de l’Etat, le préfet est par ailleurs revenu vers la commune: «Je le fais rarement, mais j’ai tenu à savoir si elle gardait sa position en fonction des discussions menées au sein de la task force. Le 24 juin, la commune de Bulle a répondu qu’elle maintenait son préavis sans autre forme de commentaire.»
Du côté de l’Etat, neuf services ont été consultés. Seul celui qui veille à ce que les constructions soient adaptées aux personnes handicapées a émis un avis défavorable. Celui-ci concerne… l’espace libre devant les lave-linge.


Pas de problème de trafic
Sur les 16 oppositions récoltées par le projet, dont plusieurs émanent de membres de l’ADEV, six ont été jugées irrecevables, notamment pour cause d’éloignement (des oppositions sont venues de La Tour-de-Trême). Pour le reste, les services de l’Etat se sont prononcés sur chaque contentieux.
Concernant le trafic: «D’après le Service de la mobilité, les 360 mouvements de trafic supplémentaires prévus pour les trois immeubles – considérés comme une augmentation inférieure à 20% – peuvent facilement être absorbés par le réseau actuel», informe le préfet.
Concernant l’atteinte au paysage: «Le Règlement communal d’urbanisme (RCU) ne contient aucune règle en matière d’intégration pour ce site. Raison pour laquelle le Service des biens culturels ne s’est pas prononcé. Quant au Service de la nature et du paysage, il estime que les intérêts paysagers et liés à la protection de la nature ne sont pas touchés.»
Le manque de places de parc n’a pas non plus été retenu: «Tout est jugé parfaitement légal», fait savoir Patrice Borcard. Autre point: la contradiction entre le Plan directeur d’agglomération Mobul (PDA) et le Plan d’aménagement local révisé de Bulle (PAL) dénoncée par les députés Patrice Morand (pdc, Bulle, par ailleurs coprésident de l’ADEV) et Laurent Thévoz (Verts, Fribourg). Le préfet s’en est tenu à la décision du Conseil d’Etat qui n’y voyait pas d’incohérence (La Gruyère du 23 mai).
Reste la distance à la forêt qui alimente tant les conversations: «Les 20 mètres minimaux sont respectés. Le Service des forêts et de la faune a toutefois émis un bémol: le parking souterrain ainsi que le couvert à vélos sont trop près. La LATec admet cependant un certain dépassement pour des constructions en sous-sol ou de minime importance.»


Déception de l’ADEV
Les trois immeubles étaient dans le collimateur de l’ADEV depuis ses débuts. Le 9 janvier dernier, elle remettait aux autorités bulloises une pétition munie de 5800 signatures qui demandait, entre autres, le retrait du projet. Aujourd’hui, son coprésident Patrice Morand se dit profondément déçu. Selon lui, les opposants et l’ADEV n’ont pas été suffisamment entendus: «Nous allons continuer à nous battre contre les 12 immeubles qui doivent suivre sur le site. Un nouveau PAD devrait être présenté, nous serons peut-être plus à même de réagir.»
Précisons que le reste des immeubles prévus sur le terrain WIB ne concerne pas Realitim. Son directeur, Daniel Moser, se dit par ailleurs satisfait d’obtenir «enfin» le permis de construire, un sentiment teinté de frustration: «Nous savions que le projet était tout à fait conforme aux règles en vigueur. Dans cette affaire, on s’est retrouvés pris au piège d’une problématique qui nous dépasse.»
La gêne est d’autant plus ressentie que Realitim avait participé au Mandat d’étude parallèle proposé par la commune. Pour temporiser, Realitim avait sensibilisé ses investisseurs (des caisses de pension) à une certaine «responsabilité vis-à-vis du tissu économique». Bultech se disant clairement en péril si la vente n’était pas conclue (La Gruyère du 7 février).
«Nous ne détruisons pas un espace vert, tient enfin à préciser Daniel Moser. Nous transformons ce qui n’est rien d’autre qu’une friche industrielle en trois immeubles conformes à la zone, de qualité et bien intégrés.»

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