Le centre se veut un espace de réflexion sur l’islam

mar, 04. aoû. 2015

Le Centre islam et société de l’Université de Fribourg fonctionne depuis plus de six mois. Entre recherche et formation continue, le programme commence à se mettre en place.

PAR DOMINIQUE MEYLAN

Ne rien faire ou ouvrir un débat public, c’est le dilemme qui se présente aujourd’hui en matière d’islam. Les malentendus, la méfiance ou encore le fort rejet de l’UDC, qui ont accompagné la naissance du Centre suisse islam et société (CSIS) à l’Université de Fribourg, prouvent que la question devient importante pour la société suisse. Alors que l’Union démocratique du centre a récemment déposé son initiative demandant la fermeture pure et simple du centre, le directeur de la structure, Hansjörg Schmid, défend la légitimité de son institution et répond à quelques fausses idées.
C’est la Confédération qui a souhaité bâtir ce centre, comme il en existe déjà d’autres en Europe. Une réflexion a suivi l’acceptation de l’initiative UDC contre les minarets. D’entente avec l’Université, Berne a choisi Fribourg pour accueillir la structure. «C’est une sorte de distinction pour l’Université», estime Hansjörg Schmid. Le bilinguisme, ainsi que la présence de compétences déjà existantes sur l’islam ont été des arguments décisifs.


Garanties universitaires
«Le cadre universitaire offre une garantie contre toute forme d’extrémisme», justifie Hansjörg Schmid. L’académie donne l’assurance d’un débat scientifique. L’alternative serait une institution privée, mais avec quel financement et quel souci d’objectivité? s’interroge le directeur.
Des importants changements ont touché la société suisse ces dernières décennies. Avec les migrations, le nombre de langues, de cultures et de religions se sont multipliées. «La vie devient de plus en plus compliquée. Il est plus difficile de s’orienter dans cette situation», relève Hansjörg Schmid, pour qui ignorer cette perte d’identité ne serait pas une bonne solution.
Le CSIS n’a pas pour vocation de former des imams: il n’est pas une école religieuse. «Nous voulons aider à répondre à des questions qui se posent dans la société concernant l’islam», développe Hansjörg Schmid. Que ce soit dans les écoles, le domaine du travail social, les administrations ou l’aumônerie des prisons, de nombreuses interrogations surgissent. «Nous possédons déjà beaucoup d’expérience en Suisse. Mais il faut rassembler ces gens qui ont toutes ces connaissances.»
Le CSIS s’adresse autant à des personnes travaillant avec des musulmans, qu’à des personnes occupant des responsabilités dans des associations musulmanes ou des mosquées. «Les associations, même si elles sont bien intégrées, se posent parfois des questions, par exemple sur le fonctionnement de l’administration ou la relation entre l’Etat et la religion en Suisse.»
Le centre mènera des recherches, dispensera un enseignement universitaire et offrira des possibilités de formation continue à un public plus large. Il développe actuellement un programme d’études qui aboutira à un master complémentaire et devrait proposer à plus long terme un certificat de formation continue (CAS).


Equipe réduite
Actuellement, le centre fonctionne avec un directeur et une assistante diplômée, employée à 100%. Deux personnes à mi-temps ont été mandatées pour réaliser un état des lieux et une analyse des besoins en matière de formation continue. Un étudiant s’occupe du secrétariat à temps partiel.
En septembre, un nouveau codirecteur viendra compléter l’équipe. D’origine turque, Serdar Kurnaz a fait ses études en Allemagne. «L’idée est d’enraciner l’esprit du dialogue dans le centre», rapporte Hansjörg Schmid, qui regrette n’avoir pu trouver les mêmes compétences chez un universitaire suisse. Lui-même d’origine allemande, il est au bénéfice d’une formation en théologie catholique. Le mélange des cultures et des religions est actuellement la norme au sein du CSIS.
Les effectifs du centre devraient rester relativement stables, même si, à l’heure actuelle, le poste de Serdar Kurnaz n’est assuré financièrement que pour une année. Avec le programme doctoral, qui sera lancé au printemps prochain, des spécialistes d’origine suisse, musulmans ou non, devraient être formés. Six étudiants entameront des recherches.


Financement varié
Le canton, via l’Université, ne constitue pas le principal contributeur du CSIS. Sa part devrait s’élever à quelque 220000 francs à partir de 2017. Le programme doctoral sera financé par la fondation Mercator. Outre les bourses pour les doctorants, l’enveloppe de 1,43 mio pour les six années à venir permettra d’organiser des colloques ou d’inviter des professeurs étrangers. La Confédération assurera une grosse part du budget, complété par d’autres moyens tiers.
Le CSIS sera-t-il inclus dans la Faculté de théologie? La question n’est pas encore réglée. La décision finale reviendra aux différentes facultés. Dans un article de la Neue Zürcher Zeitung, la rectrice Astrid Epiney évoque une possible structure interfacultaire. Pour Hansjörg Schmid, son statut de théologien fait de lui un bon partenaire de dialogue avec les musulmans. «Le but est de mieux se comprendre, mais pas d’abolir les différences.» A contrario, il reconnaît se nourrir des compétences d’autres facultés.

 

--------------------

 

Le programme s’étoffe


Gagner la confiance, expliquer, informer: le directeur du Centre suisse islam et société (CSIS), Hansjörg Schmid, s’y emploie depuis plusieurs mois. Cela a même constitué son premier travail avec l’élaboration d’un programme de cours.
Les politiques réclament des éclaircissements, le lancement, puis le dépôt de l’initiative UDC exigent des justifications, mais pas seulement. Les questions viennent de toutes parts et les associations musulmanes aussi veulent comprendre la structure. Le centre va-t-il créer un islamisme d’Etat? «Il faut expliquer que ce n’est pas le cas. Toutefois, la grande majorité des retours sont positifs», rapporte le directeur.
Si les travaux du CSIS ont commencé en janvier, l’élaboration des statuts n’est pas encore terminée. Son directeur, Hansjörg Schmid, a donné un premier cours au semestre dernier sur l’islam en Europe, qui a été suivi par une douzaine de personnes, étudiants ou auditeurs libres.
Le programme va s’étoffer dès la rentrée de cet automne. Le deuxième cours de Hansjörg Schmid sera consacré à l’islam dans l’action sociale. Le nouveau professeur Serdar Kurnaz donnera un enseignement en allemand sur le dialogue interreligieux.
Un premier séminaire de formation continue aura lieu les 15 et 16 octobre sur le thème «Comprendre l’islam et les musulmans de Suisse». Les participants en apprendront plus sur le fonctionnement des associations musulmanes ou les défis que rencontrent les jeunes et les femmes dans leur intégration socioprofessionnelle. L’objectif est également de déconstruire certaines représentations liées à l’islam et d’ouvrir un espace d’échange de manière à ensuite gérer les tensions liées à la rencontre de cultures différentes dans le cadre professionnel. Des enseignants, du personnel soignant, des travailleurs sociaux, des policiers, des aumôniers ou des responsables d’association figurent parmi le public cible.


Montrer une pluralité de positions
Un premier colloque spécialisé sera organisé en novembre par le CSIS. Choisir les intervenants dans un domaine aussi sensible peut s’avérer délicat. Le directeur du centre s’appuie sur une expérience de plus de quinze ans en Allemagne. «Il faut montrer une pluralité de positions», estime-t-il. Le critère principal, qui constitue aussi une précaution importante, reste la qualification académique. Et les quelques voix bruyantes qui aiment à se faire entendre, ne sont pas forcément représentatives. «La grande majorité des musulmans est très profondément attachée aux valeurs de démocratie et de droits de l’homme», précise Hansjörg Schmid. DM

 

 

 

 

 

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Cette question est pour tester si vous êtes un visiteur humain et pour éviter les soumissions automatisées spam.

Annonces Emploi

Annonces Événements

Annonces Immobilier

Annonces diverses