Ces jeunes qui se passent de permis de conduire

| sam, 26. sep. 2015

De plus en plus de jeunes adultes renoncent au permis de conduire. La tendance ne touche pas seulement les grands centres urbains. Dans les régions périphériques aussi, comme en Veveyse, certains jeunes choisissent la vie sans voiture.

PAR FRANCOIS PHARISA

L’époque où l’on filait passer son permis sitôt ses 18 bougies soufflées semble bien loin. Toujours davantage de jeunes prennent le parti de vivre sans permis. Le prix, le temps à investir, l’amélioration de l’offre des transports publics, la vogue écologique, la perte du statut social et symbolique de l’automobile, autant de motifs de ne plus se précipiter à l’auto-école la plus pro­che.
Comme le révèle l’Office fédéral de la statistique, la part des jeunes âgés de 18 à 24 ans au bénéfice d’un permis de conduire a régressé de quelque 10% depuis le milieu des années 1990. Dans cette tranche d’âge, ils sont désormais moins de 60% à avoir décroché leur «bleu». A l’échelle cantonale, une telle statistique n’existe pas, mais les professionnels confirment cette évolution.
Le désamour pour le permis de conduire ne se cantonne pas seulement aux agglomérations. A la campagne également, de jeunes adultes décident de ne pas prendre le volant. «La vie sans permis, c’est bien aussi», lance Sylvain Collet, las de se voir poser la question: «Tu fais comment sans permis?»
L’Attalensois de 26 ans est dessinateur en génie civil à Bulle. Matin et soir, il effectue le trajet en transports publics. «J’ai de la chance, mon employeur ne me met pas la pression pour passer mon permis, reconnaît-il. Quand je dois me rendre sur un chantier, je trouve toujours une solution avec les collègues.»


Comptez 3800 francs
La cherté des démarches a eu raison de sa motivation. «Plusieurs milliers de francs et une vingtaine d’heures de conduite sont nécessaires, relève Sylvain Collet. Et on risque encore de le perdre pendant la période probatoire.» Environ 3800 francs en moyenne, en tenant compte de 25 heures de leçons de conduite facturées 90 francs l’unité, sont en effet à débourser pour obtenir le précieux sésame, d’après les calculs de l’Association transports et environnement. De quoi rebuter plus d’un candidat.
«Comment leur donner tort?» s’interroge Michel Maillard, moniteur d’auto-école à Châtel-Saint-Denis depuis quarante-trois ans. Il ajoute: «Chaque leçon de conduite doit être utilisée avec la meilleure efficacité possible, sans toutefois sacrifier à la sécurité, qui doit primer sur toute autre considération.»


Bus et trains privilégiés
«Des raisons éthiques, mais aussi personnelles me retiennent, explique pour sa part Antoine Débois. Je ne me sens pas à l’aise au volant d’un tas de ferraille.» Habitant Saint-Martin et étudiant à l’Université de Lausanne, il se coltine chaque jour nonante minutes porte à porte dans les transports en commun. Le bus jusqu’à Oron, puis le bus jusqu’à Palézieux, puis le train jusqu’à Lausanne, puis enfin le métro. Ce qui n’est pas pour lui déplaire. «Je profite de ce temps pour lire, pour travailler, voire pour faire des rencontres. C’est tout de même infiniment plus sympa que d’être seul enfermé dans sa voiture.»
L’étudiant en sciences de la communication de 26 ans concède pourtant qu’une fois son cursus universitaire achevé, il passera son permis. «Par la force des choses, dit-il. La majorité des employeurs l’exige.» Jeunesse sans permis oui, vie professionnelle sans permis non.
Marc Rossier, directeur de l’Office de la circulation et de la navigation, abonde dans ce sens: «Les jeunes de 18-20 ans sont moins nombreux à se présenter aux examens théorique et pratique, mais ils ne renoncent pas pour autant définitivement au permis, ils repoussent seulement l’échéance.» Même constatation du côté du Centre de formation L-2, à Romont. «Notre charge de travail n’a pas diminué, au contraire», remarque le directeur Thierry Gay. D’après ses estimations, 7800 cours seront dispensés dans son centre en 2015. Soit 200 de plus que l’année dernière.

 

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S’exercer encore et encore
Les futurs conducteurs seront ravis de l’apprendre. Le Bureau de prévention des accidents (bpa) préconise, dans un communiqué publié en début de semaine, 3000 kilomètres de courses d’exercice accompagnées avant de se présenter à l’examen pratique. Soit environ cent heures de conduite, à effectuer de préférence avec des professionnels. «Un idéal totalement irréalisable», relève Jacky Dewarrat, moniteur d’auto-école à Attalens. Pour ce dernier, la moyenne se situe plutôt entre une quinzaine et une vingtaine d’heures de conduite, «tout dépend des capacités de l’apprenti conducteur et des heures passées avec son entourage». Mais selon le bpa, la pratique actuelle ne permettrait pas de satisfaire aux exigences de l’examen. Une fois celui-ci en poche et pendant les trois premières années dans la circulation routière, les nouveaux conducteurs encourraient un risque d’accident trois à quatre fois plus élevé que les conducteurs expérimentés. FP

 

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