En un quart de siècle, les EMS ont vécu leur petite révolution

| sam, 05. sep. 2015

Le Home de l’Intyamon, à Villars-sous-Mont, fête ce week-end ses 25 ans avec, au programme, de nombreux événements publics. Comme les autres EMS, il a vu le portrait type de ses résidents, mais aussi les soins qui leur sont administrés se modifier profondément.

PAR JEAN GODEL

Quand on arrive au Home de la vallée de l’Intyamon, à Villars-sous-Mont, on se demande si l’on ne descend pas à l’hôtel. Au pied de la trilogie sublime des Préalpes – Vanil-Noir, Vanil-de-l’Ecri, Pointe-de-Paray – le bâtiment orienté plein sud, ouvre ses deux ailes pour accueillir le monde dans une belle cour qui fait office de terrasse à la lumineuse cafétéria. Trois cantines trahissent pourtant la fête à venir: ce week-end, le home célèbre ses 25 ans. Ses premiers résidents sont entrés en octobre 1990. Depuis, tant de choses ont changé…
Sa construction découlait de la nouvelle politique fédérale en matière de prise en charge de la personne âgée. Placide Meyer, alors préfet de la Gruyère, a lancé la campagne de construction de homes dans le district afin de bénéficier des subventions fédérales.
«Ce qui fait que pratiquement tous datent plus ou moins de cette époque», explique Nicolas Beaud, directeur du Home de l’Intyamon depuis son arrivée, en 1997.


Homes non médicalisés
A la fin des années 1990, les seuls lits médicalisés de la Gruyère se trouvaient à Humilimont, à Marsens. Les homes construits n’étaient d’ailleurs pas d’emblée médicalisés. «On disait même qu’ils se financeraient eux-mêmes», se souvient Nicolas Beaud. On les envisageait surtout comme de l’habitat collectif qui tournerait avec les loyers. Le Home de l’Intyamon ne se médicalisera que deux ans après son ouverture.
Quel était alors le profil type d’un résident? «L’idée, c’était que, peu après la fin de sa vie active, on laisse sa maison à ses enfants et qu’on pose ses valises au home, résume Nicolas Beaud. J’ai ainsi connu des résidents qui sont arrivés avec leur voiture. Et qui l’ont gardée!»
Liliane Yenni est là depuis le début: l’aide-soignante a pris du service en février 1991. «Souvent, les résidents n’avaient pas de problèmes de santé, beaucoup marchaient encore bien. Certains ont vécu très longtemps chez nous. On arrivait aussi en couple: l’un devait venir et l’autre suivait.»
Pour l’infirmier-chef Pascal Briccafiori, à Villars-sous-Mont depuis 1995, l’entrée au home était le plus souvent liée à la solitude de personnes veuves et sans famille. Une minorité d’entre elles venaient d’elles-mêmes. Souvent, l’appartement n’était plus adapté. Comme on se chauffait beaucoup au bois, cela devenait aussi pénible. «On nous disait: “Je viendrai avant l’hiver…”»


L’arrivée de la LAMal
Ce qui a changé, c’est l’évolution hospitalière de la Suisse. Avec la mise en place, en 1996, de la LAMal, la Loi fédérale sur l’assurance maladie, les hôpitaux ont été contraints de faire la chasse aux journées d’hospitalisation inappropriées. Lui qui a travaillé à l’hôpital de Riaz dans les années 1980, Pascal Briccafiori se souvient de chambres à six ou sept lits où des personnes âgées restaient des mois, voire des années… Ces cas-là, ce sont les EMS qui les ont récupérés.
L’augmentation de l’espérance de vie et, son corollaire, le nombre croissant de cas de maladies chroniques et de démence, ont aussi joué un rôle. «En fait, résume Liliane Yenni, si, il y a vingt-cinq ans, on arrivait sur ses deux jambes et valise à la main, aujourd’hui, on arrive de l’hôpital en fauteuil roulant.»


Les entrées retardées
Le développement des soins à domicile a aussi retardé l’entrée au home. S’ajoutent les cas psychologiques, en augmentation avec l’âge: «Les soins à domicile peuvent aller très loin tant que les problè-mes restent organiques, explique Pascal Briccafiori. Mais s’ils deviennent psychologiques ou psychiques, c’est plus difficile. Les personnes qui arrivent aujourd’hui chez nous sont d’ailleurs plus “démentifiées”.»
En un quart de siècle, la prise en charge de la personne âgée s’est donc considérablement développée et affinée. Nicolas Beaud a le souvenir d’une de ses voisines, veuve, qui était venue au Home de l’Intyamon pour la seule raison qu’elle ne prenait pas régulièrement ses médicaments et qu’elle était tombée plusieurs fois. «Elle a vécu quinze ans ici.» Serait-ce encore possible aujourd’hui? «Oh non!» fuse la réponse, unanime, des trois collègues.

 

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«Aujourd’hui, on a dépassé le pic de qualité»
Si le portrait du résident type a changé en vingt-cinq ans, la tâche des soignants a, elle aussi, largement évolué. L’état de santé des pensionnaires a rendu le travail plus pénible: moins mobiles, ils nécessitent une prise en charge plus constante. «Selon une étude, une aide-soignante soulève entre 2,5 et 3 tonnes par jour», révèle Nicolas Beaud, directeur du Home de l’Intyamon. Et ce, malgré le bon équipement de son institution.
Pascal Briccafiori, infirmier-chef à Villars-sous-Mont, pointe aussi l’élévation des standards de prise en charge. Lui qui a connu les homes des années 1980 peut comparer: «On était moins exigeants: on lavait les pensionnaires, on les nourrissait et c’était à peu près tout.» Liliane Yenni, aide-soignante, se rappelle aussi: «Ceux qui ne pouvaient pas se tenir debout, on les laissait au lit ou on les alignait en rang d’oignons…»
Ce qui a radicalement changé? «Aujourd’hui, on les mobilise», résume Pascal Briccafiori. Illustration: que fait-on avec quelqu’un qui ne peut se rendre seul à la salle à manger? Soit on le met sur un fauteuil roulant, ce qui prend une minute. Soit on marche avec lui en discutant de tout et de rien, ce qui le mobilise et évite toute une série de problèmes en aval. «Sans parler de sa satisfaction, ajoute Nicolas Beaud. Mais cela prend dix minutes.»


Accompagnement ignoré
L’accompagnement des résidents est l’autre grande nouveauté par rapport aux années 1990: s’adapter à leur rythme, prendre le temps de leur expliquer ce que l’on fait avec eux, leur proposer de l’animation, organiser des vacances, des excursions, des activités. «Toutes ces choses qui ne sont pas suffisamment prises en compte», constate Nicolas Beaud.
«On peut quasiment parler de soins individualisés, juge Liliane Yenni. On tient par exemple compte des souhaits quant à l’heure du lever ou du repas, ou encore de la fréquence des soins corporels.» Ainsi, à Villars-sous-Mont, un résident se fait réveiller chaque jour à 10 h 30, malgré les conséquences sur la chaîne logistique (petit déjeuner, nettoyage des chambres, etc.).
Malgré ces prestations à la haus-se, la dotation en personnel, elle, a une fâcheuse tendance à baisser. «Il faut être clair, avertit Nicolas Beaud: aujourd’hui, on a dépassé le pic de qualité dans la prise en charge des résidents.» Avec la nouvelle grille d’évaluation RAI basée sur les critères de la LAMal, c’est le degré de dépendance qui détermine la dotation en personnel. Seuls les actes médicotechniques sont pris en compte, pas l’accompagnement des résidents.
Les unités spécialisées pour l’accueil de personnes atteintes de troubles de la démence, ouvertes récemment, bénéficient logiquement d’un encadrement supplémentaire. «Mais comme la dotation globale des EMS par le canton n’augmente pas, ce sont les autres établissements qui jouent le rôle de réservoir, alors que leurs résidents n’ont pas besoin de moins de soins qu’avant», analyse le directeur. Ajoutez les tâches administratives qui ont explosé, la charge de travail pèse toujours plus sur le personnel: «On manque de temps pour l’accompagnement de nos résidents», confirme Liliane Yenni.
Il y a cinq ans, le Home de l’Intyamon a investi 120000 francs dans la formation continue de son personnel, notamment en humanitude, une méthode visant à améliorer les relations entre patient et soignants et à réhabiliter les seniors dans leur dignité. «Il faudrait juste avoir les moyens de l’appliquer», se désole Pascal Briccafiori. Sans parler du développement des soins palliatifs, autre charge supplémentaire.


Plus un mouroir
Bien sûr que l’EMS reste le lieu où l’on termine sa vie. «Mais ce n’est plus du tout un mouroir, insiste Nicolas Beaud. Certains résidents nous disent qu’ils auraient dû venir plus tôt.» A Villars-sous-Mont, d’autres détails rendent la vie plus simple. C’est la cafétéria, à l’ambiance réputée, sans automate, mais desservie par du personnel. C’est l’architecture, lumineuse et à taille humaine. C’est le Petit marché de l’Intyamon, l’épicerie où les résidents vont régulièrement faire leurs courses, comme au temps d’avant.
«Mais surtout, il y a dans cette vallée un esprit particulier qui en fait sa richesse, assure le directeur. Du coup, ici, tout le monde se connaît. Certains résidents sont même tutoyés puisque cela se faisait déjà auparavant. Parfois c’est même eux qui nous le demandent. En somme, c’est aussi eux qui font l’ambiance.» JnG

 

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Un week-end de fête
Samedi. Parmi les animations proposées, y compris pour les enfants, signalons la kermesse, dès 10 h 30, avec des objets confectionnés par les habitants de la région au profit de l’animation.
A 19 h, repas de soutien avec le trio Thürler, Mosimann et Dänzer (complet). Dès 22 h 30, soirée récréative avec les Johnstones.
Dimanche. A 10 h, messe célébrée par l’abbé Claude Deschenaux puis kermesse (11 h), repas officiel et concert de la Cécilienne d’Estavannens et de la Benjamine de Villars-sous-Mont (15 h).

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