Jeunes candidats, leurs raisons de s’engager dans la bataille

| mar, 29. sep. 2015

Pas moins de 65 candidats fribourgeois étiquetés «jeunes» se sont lancés dans la course au Conseil national. Leurs chances d’y parvenir sont pourtant quasi nulles. A quoi bon tenter le coup? L’enjeu est ailleurs: avancer des idées fraîches, se faire connaître, s’adresser aux jeunes électeurs. Explications avec des candidats gruériens.

Par Yann Guerchanik

 

L’élection au Conseil national du 18 octobre prochain est une jungle: 3802 candidats pour 200 sièges. Les plus faibles seront dévorés par les plus forts. Et cette année, ce n’est pas la viande fraîche qui manque. Particulièrement dans le canton de Fribourg. Les jeunes pousses qui constituent la relève politique fribourgeoise n’ont même jamais été aussi nombreuses. Pas moins de
65 candidats étiquetés «jeunes» se présentent.

Les électeurs auront devant eux dix listes de cadets. Les jeunes PDC, à eux seuls, en ont constitué quatre. Aucune illusion à se faire pour autant: les chances qu’un jeune candidat soit élu sont quasi nulles. A quoi bon se lancer alors? Les jeunes prétendants gruériens ont leurs raisons que la raison politique approuve.

Des voix pour le parti
Pas l’ombre d’un doute du côté de la Bulloise Thérèse
Luchinger (pdc, 28 ans): «Il s’agit de faire passer les valeurs démocrates-chrétiennes et de récolter des voix. Notre effort vise à maintenir nos deux sièges. Nous assumons pleinement notre rôle de porteur d’eau.» Toutes formations politiques confondues, cette raison est généralement énoncée parmi les premières.

Selon le mode de scrutin proportionnel et le panachage, les listes sous-apparentées «travaillent» en effet pour les listes mères. Dans un jeu qui s’annonce serré, aucun parti  ne veut se priver de quelques voix qui pourraient faire toute la différence. Les jeunes candidats sont donc autant de voix potentielles. Au même titre d’ailleurs que ceux qu’on appelle les candidats alibis: des concurrents qui ne pèsent pas lourd, mais qui comptent.

Exprimer les sensibilités
Une autre raison de s’engager est avancée également, plus politiquement correcte: le foisonnement de listes et de candidats est une manière de retranscrire différentes sensibilités qui existent dans notre
société.

Ce qui pourrait passer pour du prêchi-prêcha électoraliste n’en revêt pas moins une certaine réalité, d’autant plus lorsqu’il s’agit des jeunes loups. «Notre rôle est aussi de mettre d’autres thématiques en avant», affirme le Bullois Yannick Gigandet (plr, 22 ans). Même son de cloche du côté de Grégoire Kubski (ps, 22 ans): «Personnellement, c’est la plateforme de débat qui m’intéresse. Discuter avec des gens qui ont des avis différents, utiliser la campagne pour essayer de promouvoir des idées.»

Le socialiste de Morlon va plus loin: «Les partis jeunes ont pour fonction d’avancer des projets concrets que nos aînés pourraient juger trop “risqués”. C’est ce que nous avons fait avec notre initiative sur la transparence du financement politique.»

Autrement dit, les jeunes sont là pour jeter des pavés dans la mare. D’où les propositions qui bousculent. Qu’on pense aux jeunes socialistes suisses et leur argumentaire pour une légalisation progressive de toutes les drogues, à leurs concurrents démocrates-chrétiens qui défendent le libre choix entre service civil et militaire, aux jeunes UDC qui veulent promouvoir l’agriculture à l’école, ou encore aux jeunes libéraux-radicaux qui prônent une imposition aussi basse que possible pour les entreprises.

Accumuler de l’expérience
Autre motivation, plus personnelle: on s’engage pour un baptême du feu. Une campagne politique sert à «se profiler». Il faut bien commencer un jour. Sébastien Kolly (udc, 25 ans) ne s’en cache pas: «Cela permet de se faire connaître en politique. L’expérience accumulée profitera à l’avenir.» Le citoyen de Corbières a bien
l’intention de s’intéresser à la chose publique au-delà du 18 octobre.

L’engagement peut aussi résulter d’une contre-réaction. Le Bullois Loris Grandjean (vert’libéraux, 22 ans) se dit déçu par bon nombre de décisions parlementaires et notamment par le résultat de la votation populaire du 9 février 2014. «Aussi, j’ai décidé d’être proactif.» Une façon pour lui de passer à l’action et de «vivre la politique suisse de l’intérieur».

En manque de débat
Les candidats interrogés n’ont pas les dents qui rayent le parquet. En revanche, ils ont soif de débat. «Je pars du principe qu’il faut confronter les avis et que le débat est garant d’une bonne démocratie», relève l’UDC Sébastien Kolly. De son côté, Yannick Gigandet se dit surpris par le manque d’occasions: «Les candidats alémaniques sont beaucoup plus sollicités, parfois même à la table des représentants des listes mères.»

Et le jeune libéral-radical de citer l’un des rares débats organisé dans la région: «Nous avons débattus récemment entre jeunes candidats gruériens sur les mesures de préventions contre le tabac et l’alcool ainsi que sur la légalisation du canabis et des drogues dures… un débat que nous avons organisé nous-mêmes.»

Quoi qu’il en soit, leur tête sur les affiches et leur notoriété naissante les engagent à se prononcer. Questionnés par leur entourage, contrariés par les gens qu’ils abordent dans la rue, les jeunes candidats militent. «Et l’on se retrouve très vite à s’interroger sur la communication, confie le socialiste Grégoire Kubski. Comment faire passer une proposition au-delà des étiquettes, faire en sorte que ton flyer ne finisse pas tout de suite à la poubelle? On en viendrait vite à crier des généralités plutôt que d’exposer des propositions concrètes que personne ne retiendra.»

 

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Faire mieux que 32%
Quel que soit le parti jeune, les candidats poursuivent un objectif commun: inciter les 18-24 ans à voter. En 2011, seuls 32% d’entre eux s’étaient exprimés, soit une baisse de 3% par rapport à 2007. Une lutte contre l’abstention dont les jeunes candidats se sentent d’autant plus investis qu’ils défendent des propositions qui touchent directement leurs contemporains.

Durant la campagne, les jeunes candidats n’hésitent d’ailleurs pas à cibler leur tranche d’âge. Sur les réseaux sociaux notamment, là où
ils possèdent encore une longueur d’avance par rapport à leurs aînés, mais aussi sur le terrain. «Pour notre part, nous allons à la rencontre des jeunes à la sortie du collège», explique Grégoire Kubski, 24 ans.

Le socialiste relève par ailleurs des résistances qui caractérisent cet électorat: «Ils sont souvent dans une logique très individualiste.» De même, ils apparaissent souvent «désabusés» politiquement, sur le mode du discours «voter ne fait aucune différence», «ils font ce qu’ils veulent». Dans ces conditions, pas facile pour un jeune candidat d’expliquer les subtilités idéologiques qu’impliquent les apparentements…

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