Rendre les clients sensibles à l’économie régionale

| jeu, 17. sep. 2015

Comme beaucoup d’entreprises en Suisse, celles qui produisent des fenêtres sont confrontées à la féroce concurrence étrangère. Trois semaines après l’annonce de la fermeture d’un des deux sites bullois de Glas Trösch, la parole est donnée à deux sociétés de la région.

VALENTIN CASTELLA

Il y a eu l’annonce de la délocalisation du site de Villeneuve de la société EgoKiefer, leader en Suisse de la fabrication de fenêtres. Puis, il y a trois semaines, la décision de Glas Trösch de mettre un terme à sa production de verre de sécurité à Bulle. Autant de signaux qui interpellent. Qu’en est-il des entreprises régionales exerçant dans ce secteur d’activité?
Sur la page d’accueil de son site internet, l’entreprise Noël Ruffieux & Fils SA donne une réponse sans équivoque. «Participez à la bonne santé économique locale en travaillant avec notre entreprise qui fabrique toutes vos fenêtres dans nos ateliers à Epagny! Alors que beaucoup de concurrents importent des fenêtres de l’étranger…» Un message qui aborde clairement le sujet de la compétitivité étrangère qui fait beaucoup de dégâts actuellement, notamment en raison du franc fort. Alain Ruffieux, l’un des directeurs, confirme: «Elle est présente depuis plusieurs années et elle s’intensifie.»
Basée à Treyvaux, l’entreprise Favorol Papaux SA subit également les assauts étrangers. «Oui, nous souffrons, explique le directeur Jean-Michel Papaux. Nous avons d’ailleurs dû prendre des mesures ce printemps (n.d.l.r.: l’entreprise a licencié 17 collaborateurs). L’importation nous cause beaucoup de préoccupations. Et ce phénomène s’est amplifié avec l’abandon du taux plancher.»
De plus, une nouvelle concurrence va certainement débarquer durant le courant de l’année 2016. En effet, la société EgoKiefer bénéficiera d’une image helvétique et jouera la proximité au niveau de la vente, tout en produisant à l’étranger: «Elle va bientôt proposer sur le marché suisse des prix incomparables avec les nôtres», soupire Jean-Michel Papaux.
Les raisons de ces prix avantageux pour le consommateur sont multiples. Alain Ruffieux les détaille: «La différence du coût horaire de fabrication est une explication, tout comme les charges liées à notre système administratif, à la sécurité et aux différentes normes imposées qui n’existent pas ou peu dans d’autres pays.»
Quelles sont alors les options pour lutter face à cette vague qui semble tout emporter sur son passage? «Il faut rationaliser, optimiser les processus, améliorer les partenariats avec les fournisseurs et gérer les coûts», expose Alain Ruffieux.
Autre moyen de se défendre: mettre en exergue l’argument Swiss made. «Nous fabriquons nos fenêtres dans nos locaux, avec du bois de la région, présente Jean-Michel Papaux. Cette image de fabricant suisse est importante et elle est reconnue par nos clients. Comme nous, elle tient aussi à préserver nos industries. C’est pour cette raison que nous n’achetons pas de verre à l’étranger. Nous sommes sensibles à l’économie régionale.»


Convaincre les clients
Reste maintenant à convaincre les clients, comme tente de le faire l’entreprise Noël Ruffieux & Fils SA sur son site internet: «Le but est d’informer et de sensibiliser les clients. C’est aussi l’un de nos critères pour nous démarquer. Enfin, il s’agit d’une façon de faire comprendre aux gens que, s’il n’y a plus de production en Suisse, il n’y aura plus de possibilité de former des apprentis ou du personnel. Et que c’est toute une connaissance technique qui sera perdue.»
Reste qu’il est difficile de convaincre si les prix des importations sont avantageux. Même si le service après-vente et la qualité du produit demeurent de solides arguments. «La question est de savoir si le citoyen suisse veut jouer le jeu et s’il a envie de faire tourner les industries de sa région, interroge Jean-Michel Papaux. Nous fabriquons en Suisse et nous collaborons avec d’autres entreprises. On parle de désindustrialisation. Ce n’est peut-être pas faux. Une partie de l’industrie est déjà partie. Au final, c’est toute l’économie qui est touchée. Pas seulement notre secteur d’activité.»


Se serrer les coudes
Des propos qui confirment les difficultés actuelles: «Nous ne sommes pas optimistes, mais nous n’avons pas peur non plus, assure Jean-Michel Papaux. Par contre, nous avons des préoccupations. Notre objectif est d’aller de l’avant, de promouvoir le made in Switzerland et d’espérer ensuite que les gens prendront la bonne décision. Tout en sachant que c’est compliqué. Car, dans un magasin, si vous avez le choix entre une action et un autre produit, vous allez choisir le moins cher.»
Du côté des employés des deux entreprises, l’inquiétude est de mise: «La plupart d’entre eux savent ce qui se passe et comprennent la complexité du marché, confirme Alain Ruffieux. Mais par l’énergie commune que nous dégageons et grâce à l’assise de notre entreprise, ils ont l’air assez sereins.» Jean-Michel Papaux conclut: «Il y a des places de travail en jeu. C’est normal de s’inquiéter. C’est difficile, mais nous nous serrons les coudes et nous essayons d’aller de l’avant.»

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