Da Motus! récompensée pour son souffle créatif

| mar, 13. oct. 2015

Vendredi, la compagnie fribourgeoise Da Motus! va recevoir l’un des quatre Prix suisses de danse, dans la catégorie Création actuelle de danse, saison 2013-2015. Celui-ci récompense le spectacle Souffle, créé en 2013 en résidence à Nuithonie.

PAR XAVIER SCHALLER

Il y a vingt-huit ans, Brigitte Meuwly et Antonio Bühler ont fondé la compagnie Da Motus! Celle-ci a depuis présenté une trentaine de spectacles et a voyagé dans 44 pays. Vendredi, au théâtre Equilibre, à Fribourg, Da Motus! recevra un Prix suisse de danse, décerné par l’Office fédéral de la culture. Son spectacle Souffle, créé en 2013 à Nuithonie, est un des quatre lauréats de la catégorie Création actuelle. Rencontre avec le couple de chorégraphes, dans sa maison de Givisiez.

Encore un prix, après celui de l’Etat de Fribourg 2014…
Brigitte Meuwly. C’est drôle de s’entendre dire: «Vous accumulez les prix.» Le Prix culturel de l’Etat récompensait plus notre chemin, alors que le Prix fédéral est lié à notre spectacle Souffle. Mais le sentiment est le même.
Antonio Bühler. Ces prix sont utiles, on n’a jamais assez de reconnaissance. Surtout pour les arts de la scène, où l’on est vite éjecté. Ce n’est pas comme pour un sculpteur ou un peintre qui, une fois qu’il est établi, peut vivre un peu de ça. Nous sommes déjà étonnés d’être encore là, vingt-huit ans après avoir créé la compagnie.

Vous sentez-vous mieux soutenus que par le passé?
A. B. Oui. La danse en général est de mieux en mieux soutenue, mais il y avait un rattrapage à effectuer. Les autorités se sont aussi aperçues que cet art s’exporte bien. Il ne demande pas de réflexion et il n’y a pas la barrière de la langue, comme pour le théâtre.
La danse contemporaine propose un rapport direct avec le spectateur. Cela peut aussi représenter une difficulté dans une société très cérébrale, qui veut toujours tout comprendre. Là il faut seulement ouvrir ses sens.
Au niveau des responsables culturels aussi, beaucoup de choses ont changé. Avant, nous étions des ennemis lorsque nous allions discuter avec eux.
Nous avons maintenant un soutien triennal du canton, de 130000 francs en principe. Nous devons amener des justificatifs et remplir chaque année certaines conditions: notamment de trouver la même somme de notre côté, sinon la subvention est diminuée.

Comment se déroule le processus de création?
Nous avons coproduit plusieurs fois avec Nuithonie, en résidence, comme le spectacle Souffle en 2013. Nous pouvons ainsi nous appuyer sur le soutien logistique, administratif et financier du théâtre. Avant, c’était souvent du bricolage: à l’Espace Moncor, à la Halle 2C ou à Fri-Son.
B. M. C’est pour ça qu’au début nous faisions des créations à l’extérieur. Sinon, nous ne savions pas où aller les présenter. Notre première pièce de scène, nous l’avions montée au Théâtre du Grütli, à Genève.
Actuellement, il manque encore de lieux dédiés à la création, spécialement de salles de répétition adaptées à la danse. Pour nous, c’est un peu Nuithonie ou rien.

Justement, avez-vous des projets en préparation?
A. B. Oui, deux projets pour des créations in situ, en 2016 et en 2017. Concevoir un spectacle pour un lieu spécifique, en plein air, permet de se concentrer sur une seule chose, puisque, par définition, il est impossible de tourner avec ces spectacles. Nous pouvons donc utiliser plus de matériel et voir grand.
Ces spectacles se joueront dans le canton. Nous avons déjà la musique, mais pas encore les danseurs. La musique a évidemment une grande importance. Dans Souffle, par exemple, la musique écrite par Caroline Charrière pour le chœur Zeugma, était très aérienne. Nous avons ainsi choisi une chorégraphie très charnelle. Le piège était de vouloir illustrer la musique. Ce serait devenu pathétique.

Avez-vous changé votre manière de travailler, en vingt-huit ans de création?
A. B. Oui et non. Nous envisageons la danse de la même manière. Même si nous donnons plus de valeur à une certaine intensité, une présence vivante même quand ça ne bouge pas beaucoup. La différence, c’est surtout que nous ne dansons plus. Nous sommes passés du statut d’interprètes-chorégraphes à celui de chorégraphes.
B. M. Avant, l’outil était nous-mêmes. L’outil est maintenant différent, avec un potentiel différent. Nous jouons avec ça: présenter aux danseurs des potentiels, dont ils ne se rendent parfois pas compte. Il faut qu’ils soient créatifs et capables d’improvisation, sans avoir les pas dessinés sur du papier.
A. B. Le rapport de confiance est important pour que les danseurs acceptent d’aller dans la direction vers laquelle on tend. La chorégraphie est aussi l’art de communiquer, de diriger sans diriger, de corriger sans blesser, pour faire découvrir au danseur ses propres possibilités.
B. M. Sinon, je continue aussi à m’occuper des costumes, avec l’aide d’une couturière. Dans notre dernière création, nous avons renoncé aux décors, notamment en raison des difficultés qu’ils occasionnent lors des tournées. Surtout si l’on quitte le continent. Souffle, par exemple, a pu tourner en Amérique du Sud grâce à l’absence de décors.

Le métier de danseur est-il particulièrement difficile en Suisse?
A. B. Vivre de la danse est très difficile en Suisse. Les danseurs complètent souvent leur revenu avec le chômage. Ils doivent continuellement s’entraîner et suivre des cours, pour un travail qu’ils feront sur une période relativement courte.
C’est le problème dans l’art en général, mais les danseurs sont souvent au bas de l’échelle. Ils sont moins bien organisés et moins revendicatifs que les musiciens et les comédiens.
Certains danseurs traversent nos spectacles, mais nous n’avons pas les moyens d’en avoir sous contrat à l’année. Ce sont des free-lances, des nomades qui vivent avec leur valise: deux mois ici, ensuite à Zurich, puis à l’étranger.
B. M. Nous avons mis l’accent sur la création, ce qui nous a donné une situation plus stable et nous a permis d’avoir une famille Le soutien de nos parents a aussi été primordial. Comme simples danseurs, nous n’aurions pas pu faire cela. Mais tous ne peuvent pas prétendre à devenir chorégraphes.

 

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