Erwin Jutzet: «Les terroristes ne gagneront jamais»

| mar, 17. nov. 2015

Les attentats de Paris du 13 no­vembre 2015 ont été revendiqués par le groupe Etat islamique. Le conseiller d’Etat fribourgeois Erwin Jutzet assure que tant la Confédération que les cantons collaborent pour renforcer la sécurité en Suisse.

Par Jean Godel

 

Les attentats de vendredi soir à Paris, qui ont fait 129 morts et plus de 300 blessés selon le dernier bilan, visaient à l’évidence à ébranler les fondements de la République française et, plus largement, de l’Europe entière au moment où le continent est confronté à une grave crise migratoire. Les premières prises de position établissant des liens entre celle-ci et les événements de Paris n’ont pas tardé, de Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, en France, à l’UDC et à son conseiller fédéral Ueli Maurer, en Suisse. Erwin Jutzet, conseiller d’Etat fribourgeois en charge de la Sécurité et de la justice, défend une certaine vision de la société et réaffirme haut et fort les valeurs que les terroristes ont voulu abattre.

Erwin Jutzet, quel est votre état d'esprit après ces attentats?
Tout d’abord, je tiens à exprimer mon émotion et ma colère face à ces terribles attentats, et à exprimer toute ma solidarité aux familles des vic­ti­mes et au peuple français. Le Conseil d’Etat, qui a observé à midi (n.d.l.r.: hier) une minute de silence, s’associe à ces sentiments de tristesse et de solidarité. C’est nos valeurs que les terroristes veulent atteindre. Or, ce sont ces valeurs qui nous rendent forts et qui nous permettront de surmonter notre détresse. Loin de les affaiblir, les terroristes les ravivent et les renforcent. C’est pourquoi ils ne gagneront jamais.

Ce week-end, Ueli Maurera évoqué le danger que des «loups solitaires» vivent parmi nous. Qu’en est-il pour Fribourg?
Remettons les choses dans leur contexte! La menace djihadiste est réelle, y compris pour la Suisse et Fribourg. C’est une menace prioritaire qui fait l’objet d’efforts redoublés tant de la part des services de la Confédération que des Polices cantonales. Une intense coordination est d’ailleurs à l’œuvre entre ces deux niveaux.
Quand on parle de «loups solitaires», on pense à des personnes établies ici de longue date, qui se radicalisent notamment par le biais d’internet, qui sont connectées ou non avec un groupe terroriste organisé (Al-Qaïda, Daech ou autres), et qui passent à l’acte. La présence de tels éléments radicalisés sur le sol fribourgeois fait l’objet d’une très grande attention de la part de la police. Des raisons évidentes de sécurité m’interdisent d’en dire plus.

Et l’arrivée en Suisse de terroristes par le biais de l’asile?
C’est un risque qu’il n’est pas possible d’exclure totalement. Cependant, les requérants d’asile sont enregistrés et identifiés. Les cas problématiques sont soumis au Service de renseignement de la Confédération et la présence éventuelle de djihadistes fait l’objet d’une grande attention des autorités concernées. Reste enfin le cas de djihadistes étrangers qui viendraient sur le territoire suisse de manière ordinaire (par exemple des personnes issues de l’espace Schengen) ou illégale.
Dans tous ces cas de figure, les autorités sont dans une logique dynamique: elles analysent en permanence les moyens de renforcer notre efficacité dans la détection d’éventuels djihadistes.

Des mesures de sécurité spéciales ont-elles été prises à Fribourg?
Nous ne communiquons pas sur les mesures de sécurité.

Dès samedi, l'UDC a critiqué les flux migratoires «incontrôlés en Europe» et dénoncé «le chaos de l'asile». Ueli Maurer, lui, veut rétablir le contrôle aux frontières. Est-on en situation de chaos?
Que l’Europe soit confrontée à un afflux d’exilés qui fuient des zones de conflit est une réalité. Il est en revanche totalement faux de parler de «chaos de l’asile» en Suisse. Contrairement à d’autres pays, nous sommes relativement épargnés. Et si nous faisons malgré tout face à une augmentation de requérants d’asile, la situation est parfaitement sous contrôle.

Comment jugez-vous cette instrumentalisation politique des attentats de Paris par l’UDC?
Je n’ai pas à juger la lecture particulière faite par un parti politique. Mais ceux qui propagent des contre-vérités ou des exagérations grossières ne contribuent pas à améliorer la situation. Ils ne font qu’essayer de ruiner les efforts de ceux qui s’attachent justement à renforcer notre efficacité.

Est-on en droit de faire un lien, même lointain, entre ces attentats et la question migratoire en Europe?
La vague d’exilés syriens est un défi pour l’ensemble de la communauté internationale qui doit gérer ensemble cette situation. Mais il ne faut pas faire de lien trop simple: les exilés syriens sont avant tout des victimes du conflit syrien. Or l’un des acteurs majeurs de ce conflit, Daech, est précisément le responsable des attentats de Paris. La menace du djihadisme est une priorité des autorités en charge de la sécurité. Mais elle est indépendante de la question des réfugiés.

Ces attentats remettent-ils en question notre politique d'intégration des migrants?
Au contraire, nous pouvons nous prévaloir de mener une politique d’intégration proche du terrain, des gens et des communautés. Cela nous permet à la fois de prévenir les risques d’exclusion sociale, qui pourraient être à l’origine de tentations de radicalisation islamiste, et de développer avec les communautés des liens de confiance très précieux, y compris pour la détection d’éventuels cas de radicalisation. Cela dit, la Suisse connaît une situation très différente de celle de la France: pas de chômage de masse, pas de banlieues laissées à l’abandon, pas de passé postcolonial, etc. Mais elle travaille tant sur l’intégration que sur l’efficacité des dispositifs de sécurité, à la fois préventifs et répressifs.

Ces attentats changent-ils le regard des Fribourgeois sur les migrants?
Il est trop tôt pour le dire, mais je ne le crois pas. Les migrants dans notre canton sont bien intégrés et les Fribourgeois savent faire la différence entre des personnes issues de la migration et bien intégrées, et des fous furieux qui tuent des innocents en vertu de principes qui n’ont rien à voir avec l’islam.

Craignez-vous un cloisonnement de la Suisse?
Les attentats de Paris ont d’abord été motivés par l’implication de la France dans la lutte armée contre Daech en Syrie. Mais au-delà, il est évident que ces attaques émanent de gens qui rejettent le mode de vie occidental. Or c’est par la réaffirmation de ses principes que l’Europe, et la Suisse, vont rester forts pour lutter contre le terrorisme. Et l’ouverture fait partie de ces principes.

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