Remontés comme rarement, les paysans montent à Berne

| jeu, 26. nov. 2015

Près de 10000 paysans, dont 700 Fribourgeois, sont attendus vendredi devant le Palais fédéral. Ils contestent les récentes coupes budgétaires proposées par le Conseil fédéral. Avec l’abolition du taux plancher et la sécheresse, l’année se déroulait déjà très mal, déplore l’Union des paysans fribourgeois à l’occasion de son assemblée.

Par Jérôme Gachet

En colère, les paysans le sont souvent. Il y a un mois, ils défilaient déjà à Berne sous l’égide de Swiss Agri Militant (SAM), une association qui est née sur les réseaux sociaux. Un millier d’agriculteurs y avaient pris part afin de s’élever face à la chute du prix du lait d’industrie (La Gruyère du 24 octobre 2015).

La manifestation qui s’annonce vendredi sera d’une autre ampleur. «Nous voulons remplir la Place fédérale comme en 1995 et en 2005», clame Fritz Glauser, président de l’Union des paysans fribourgeois (UPF). Réélu pour une nouvelle période de quatre ans, il a profité de l’assemblée générale qui se tenait hier à Bösingen pour galvaniser ses troupes.

Ce sont près de 10000 paysans qui sont attendus ven-dredi matin devant le Palais fédéral. Et parmi eux, espère-t-on, 700 Fribourgeois. 500 sont déjà inscrits. Pour l’occasion, l’UPF n’a pas lésiné sur les moyens, organisant des bus qui partiront d’un peu partout dans le canton. Après un cortège et des discours, l’événement devrait se terminer par un concert de cloches. En espérant que Johann Schneider-Ammann, le ministre de l’économie, ait la fenêtre ouverte…

Les raisons de la colère le concernent: le conseiller fédéral a décidé de rogner 94 millions de francs sur le budget 2016 de l’agriculture et 70 millions en 2017. Pour ne rien arranger, le Gouvernement a également mis en consultation le crédit-cadre pour la période 2018-2021 avec une baisse prévue de 200 millions par année (sur un budget de 3,4 milliards environ), soit 800 millions au total. Certes, les jeux ne sont pas encore faits – la commission financière du National a refusé ces coupes – mais le monde agricole tremble.

«Le Conseil fédéral ne respecte pas la parole donnée, s’insurge Isabelle Barras, présidente de l’Association des paysannes fribourgeoises. J’ai toujours été positive quant à l’avenir de l’agriculture, mais j’ai toujours plus de peine à y croire. Pour le moral, c’est dur.»

2000 frs par exploitation
Lors d’un point presse organisé avant l’assemblée générale, hier matin à Bösingen, les
responsables de l’UPF ont fait part de leurs craintes et de leurs déceptions. «Une baisse de 100 millions représenterait en moyenne 2000 francs de moins par exploitation par année», illustre Fritz Glauser.

Et il faut dire qu’après une bonne année 2014, les mauvaises nouvelles se succèdent: en janvier, le franc fort pénalisait encore davantage une branche en difficulté. Et en été, c’est la sécheresse qui a pourri la vie des agriculteurs (lire ci-dessous).

«Dans le secteur du lait d’industrie, la situation n’est plus tenable», reprend le Glânois. Le président de l’UPF ne s’est d’ailleurs pas gêné d’adresser quelques piques à l’Interprofession du lait, accusée de laxisme. Et d’enchaîner: «Le niveau de prix (n.d.l.r.: environ 55 centimes par litre) conduit bon nombre de producteurs dans une impasse financière et bon nombre d’entre eux seront contraints d’abandonner cette branche de production si rien ne change rapidement».

Fribourg moins touché
Une évolution qui, pour l’heure, touche moins ce canton que beaucoup d’autres. Si le nombre d’exploitations diminue – 36 sur 2973 ont disparu en 2014 (-1,2%) – l’évolution est plus lente que dans le reste du pays (-2,1%).
La singularité fribourgeoise s’explique notamment par le fait que les 60 à 70% du lait fribourgeois sont destinés à la fabrication de fromage, là où un litre rapporte plus de 80 centimes.

Mais même le produit phare de la région n’est pas épargné: pour faire face au franc fort, l’Interprofession du gruyère a demandé ce printemps aux producteurs de lait de réduire les quantités à produire de 3,5% d’ici à la fin de l’année. Une mesure qui devrait grosso modo être reconduite en 2016, selon les informations de Fritz Glauser.

Directeur de la Chambre fribourgeoise d’agriculture, Frédéric Ménétrey met le doigt sur un autre problème: la diminution de la valeur de la production. Dans le canton de Fribourg, elle devrait passer de 752 millions en 2014 à quelque 700 millions en 2015. Soit le niveau le plus bas de ces dernières années, déplore le responsable.

Frédéric Ménétrey met en cause la Politique agricole 2014-2017, coupable, selon lui, d’éloigner les agriculteurs de la production. «Ils sont obligés d’adhérer aux nouveaux programmes pour éviter une baisse des paiements directs», faisant référence aux objectifs écologiques et paysagers de la planification actuelle.

A l’UPF, on défend une agriculture de proximité, productrice et responsable. Même
si cela a un prix: «La Suisse est le pays où la part du revenu alloué aux denrées alimentaires est la plus faible (7%), insiste Fritz Glauser. Dans les pays voisins, c’est le double.»

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L’Etat a versé 10000 francs

Avec les intempéries de ces derniers jours, la sécheresse paraît lointaine. Les paysans, eux, n’en ont pas encore mesuré toutes les conséquences. «Pommes de terre, betteraves fourragères et sucrières, tabac, herbages et cultures maraîchères ont particulièrement souffert du sec», résume Frédéric Ménétrey, directeur de la Chambre fribourgeoise d’agriculture. Il salue la très bonne collaboration avec l’armée ou avec différents services de l’Etat pour approvisionner par les airs une vingtaine d’alpages. A ce sujet, le Conseil d’Etat a accordé une aide de 10000 francs. Une somme qui permet de diminuer d’un quart environ les coûts de transports aériens privés. Ils ont été répartis équitablement entre les paysans concernés. Pour rappel, l’armée n’a pas facturé ses heures de vol.

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