«Le ski n’est pas le vecteur principal de touristes»

| jeu, 28. Jan. 2016

Le débat sur l’avenir des remontées mécaniques du district s’enflamme: faut-il finir la besogne en installant des canons à neige et soutenir financièrement les sociétés, comme le proposait Philippe Menoud (La Gruyère du 12 janvier), ou revoir le modèle touristique? Président de La Gruyère Tourisme, Raoul Girard veut, lui, miser sur l’été.

PAR JEAN GODEL

Raoul Girard est président de La Gruyère Tourisme, l’organe de promotion du district à l’extérieur. Pour le député et conseiller communal de Bulle, le tourisme ne se résume pas aux remontées mécaniques: dans le district, aime-t-il à répéter, le tourisme, c’est plus d’un million de visiteurs par an à Gruyères, plus de 400000 à la Maison Cailler, autour de 200000 à la Maison du Gruyère ou au château de Gruyères. Des chiffres flatteurs. Dans le débat en cours sur l’avenir des remontées mécaniques, il en appelle à un changement de logique.

Les remontées mécaniques de la Gruyère ont été renouvelées, mais la saison a commencé le 15 janvier et la neige fond déjà. A-t-on fait faux?
En 2008, lorsque le canton a discuté du renouvellement des installations principales, j’estimais qu’il fallait renoncer au saupoudrage et, avant d’investir dans les remontées mécaniques, fusionner les sociétés et établir un plan stratégique capable d’assurer leur pérennité. Car je craignais qu’il n’y ait pas de place pour toutes. Il ne suffisait pas de faire plaisir à tout le monde.

En 2003, le rapport Scherly sur le tourisme en Gruyère donnait déjà des pistes stratégiques…
Oui, dont cette fusion, précisément. Il fallait aller plus loin et se doter d’un business plan pour définir quel public viser et comment l’attirer en été. On ne l’a pas fait.

Une telle fusion est-elle toujours à l’ordre du jour?
La situation est très différente: fusionner des sociétés qui n’ont pas les mêmes situations financières est compliqué. Celui qui arrive à faire face à ses obligations aura de la peine à fusionner avec celui dont il lit dans le journal qu’il faut le renflouer à chaque début de saison.

Philippe Menoud, président des Remontées mécaniques fribourgeoises SA, propose non pas la fusion des sociétés, mais leur regroupement sous une holding. Qu’en pensez-vous?
Je pars du principe que si l’on se met ensemble, c’est pour définir une stratégie et faire des choix. A-t-on encore des choix à faire aujourd’hui? Peut-être n’échapperons-nous pas à un tel regroupement, mais ce ne sera pas la solution miracle. Et manque toujours cette réflexion stratégique. Notre bassin de population n’est pas suffisant: ceux qui utilisent les remontées mécaniques sont principalement les habitants de la région, pas les touristes. Sommes-nous suffisamment nombreux pour faire tourner quatre stations de ski quelques semaines par année? Ce que je constate, c’est que plus ou moins tout le monde tire la langue. Chaque société doit se demander quelles activités elle est capable de développer de manière rentable.

Peut-on au moins mutualiser les charges financières?
Cela me paraît délicat: celui qui s’en sort paiera-t-il pour celui qui ne s’en sort pas? Se mettre ensemble pour élaborer un projet, oui. Mais aujourd’hui, on n’en a pas.

La Gruyère à une commune est-elle la solution?
Je ne sais pas, mais à l’évidence, la centralisation du pouvoir clarifierait les intérêts stratégiques pour l’ensemble de la région et aiderait à trancher entre les sociétés.

Les sociétés ont-elles fait leur devoir en matière de développement de l’offre estivale?
Ce n’est pas l’impression qu’elles donnent. Il faut développer de nouveaux produits, des offres combinées qui contribuent à ce que les gens restent plusieurs jours.

Développer l’offre estivale? Certains réclament de nouveaux canons à neige…
Nous devons changer de logique: ce n’est qu’en misant sur l’été que l’on fera tourner les stations. On n’a pas le choix. A-t-on les infrastructures adéquates pour le faire? Je me pose la question.

Qu’est-ce qui, concrètement, fera venir les gens en été?
Les différentes activités de la montagne, de nouvelles offres qui poussent les visiteurs à utiliser les remontées, etc. Le problème, c’est que la conception même de certaines d’entre elles n’a pas été pensée pour l’été. C’est, entre autres, le cas du télésiège de la Scie, derrière Vounetz: je ne vois pas en quoi c’est un plus pour l’été. On peut aussi se poser la question, quoique dans une moindre mesure, pour le télésiège de Bellegarde. Une stratégie marketing d’ensemble aurait clairement défini où implanter quelles installations pour attirer cette clientèle estivale.

Ces grosses installations ne sont-elles plus l’épine dorsale du tourisme?
Non. Ce qui attire les touristes, ce sont les produits proposés, pas les infrastructures.

Ce que Charmey propose avec ses bains, son offre gastronomique, son musée, la vie au village, les festivals, c’est ça?
Exactement. Entre Noël et Nouvel-An, alors que le ski était impossible, les Bains de Charmey étaient pleins et l’affluence à Gruyères était tout simplement affolante.

Sachant que les grandes installations sont en main publique à hauteur de 74% (entre le canton et l’ARG), les collectivités n’ont-elles pas déjà donné?
Je n’ai pas de problème à ce que l’Etat participe à un projet nécessaire à l’essor d’une région. Mais alors c’est lui qui décide et qui dirige. Ce qui n’est pas le cas ici: on n’a pas fixé d’exigences en matière de gestion. Et si les collectivités publiques devaient prendre le contrôle opérationnel de ces installations, elles devraient aussi en assumer les risques. J’estime qu’elles en ont déjà fait assez. D’autant que le prochain gros investissement sera le centre sportif régional: on ne pourra pas tout faire.

Ces investissements ont été faits, il faut les assumer…
Oui. Mais au moins, ne faisons pas plus d’erreurs: réclamer des investissements additionnels pour des canons à neige ne me paraît pas raisonnable. Car avec eux, le seuil de rentabilité, déjà si difficile à atteindre, s’élèvera encore. Sans oublier qu’au vu des études menées dans le canton de Vaud, cela deviendra toujours plus compliqué en dessous de 1500 mètres. Durant des années, on a subventionné la montée, faut-il maintenant subventionner la descente? Ça commence à faire beaucoup!


La Gruyère Tourisme pousse-t-elle à cette réorientation?
Bien sûr, on y travaille. On sait que l’été est de plus en plus long: tirons-en profit. Mais cela exige d’être extrêmement créatif. Il faut plancher sur de nouveaux produits, se mettre en réseau, les acteurs touristiques l’ont bien compris. Notre but est de proposer les meilleures offres combinées pour retenir les visiteurs. Or, au vu du potentiel total, le ski n’est pas le vecteur principal de touristes.

Peut-on imaginer une Gruyère sans ski?
Ce qui est sûr, c’est que le salut des stations est dans le développement de nouveaux produits.

Un office du tourisme unique en Gruyère pourrait-il contribuer à cette réorientation stratégique?
Nous travaillons déjà en réseau, La Gruyère Tourisme gère déjà les offices du tourisme de Bulle et de Gruyères. Et la reprise de celui de Charmey est à l’étude.

Que disent les Gruériens de tout cela?
Ils veulent bénéficier des infrastructures, mais sans plus payer pour elles. Ce dont ils ont maintenant besoin, c’est un centre sportif. L’argent public doit être ciblé sur l’avenir. Et l’avenir, ce n’est plus forcément les remontées mécaniques. En tout cas pas toutes.

Commentaires

Bravo ! exposé clair, intelligent, plein de bon sens, tourné vers le futur, vision constructive dans le sens de l'intérêt général, pas arrêté par les traditions du passé, ouvert à développer toutes les richesses inexploitées de la gruyère. Je prie pour que ce développement positif se fasse dans le respect de la nature et de la vie quotidienne dans les villages.
Résidant secondaire à Charmey, si l'on ne skie plus à Charmey, j'irai à Schonried pour 62 chf la journée. Mais je ne pourrai plus aller manger dans aucun resto de la commune. Puis viendra le jour où je vendrai pour aller ailleurs. Merci pour l'aide au développement à l'étranger !

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