La neige va tomber, mais elle arrive bien tardivement

mar, 05. Jan. 2016

Les vacances scolaires de fin d’année s’achèvent sans que les skieurs aient pu dévaler les pistes. Pour le troisième hiver de suite, les remontées mécaniques du Sud fribourgeois enregistrent des manques à gagner importants. Les conditions météo favorables ont toutefois permis de limiter les dégâts financièrement.

PAR SOPHIE MURITH

En attendant que ne tombe suffisamment de neige, les stations des Préalpes du sud du canton tente de sauver les meubles grâce aux piétons. Toutes ne peuvent cependant pas fonctionner sur un mode estival. Et financièrement, personne ne s’y retrouve vraiment.

Moléson
«Nous pouvons dire que nous avons limité la casse.» Antoine Micheloud, directeur de Gruyères Moléson Vudalla SA, dresse un bilan mi-figue, mi-raisin de cette première partie de saison. «Les vacanciers ne garderont pas un supersouvenir de leurs vacances d’hiver sans neige, même si aucune réclamation ne nous est parvenue. Les gens ont bien compris que le manque de neige était généralisé.» Ce qui a permis à la station de tirer son épingle du jeu.
«Du point de vue des remontées mécaniques, nous avons fait nos meilleures journées sans neige.» Jusqu’à 2000 personnes ont emprunté les installations en un seul jour. «Sinon, nous pouvions compter sur le tiers de la fréquentation d’une journée avec la neige.» Les charges, elles, sont divisées par deux: pas de dameuse ni de personnel sur les pistes, notamment.
Antoine Micheloud relève que, depuis les années 1990 et l’arrivée de l’enneigement artificiel, les skieurs ont perdu l’habitude d’accepter les Noëls sans neige. «Nous avons renoué avec cette réalité des années 1980. A Moléson, sans canon, nous n’avons pas le choix, mais la problématique s’est propagée aux Alpes.» En ouvrant ses installations gratuitement aux détenteurs d’abonnement de saison d’autres stations suisses, entre le 24 et le 31 décembre, Moléson a attiré 300 à 400 personnes, «principalement de Suisse romande».
Financièrement, Antoine Micheloud ne se prononce pas encore. «Il faut voir la saison dans sa globalité. Les vacances de Noël ne représentent que 15% de notre chiffre d’affaires annuel. Plus important, les abonnements de saison constituent un tiers de nos recettes. Si on ne peut skier ni à Noël ni à carnaval, il est possible que le mal arrivera l’an prochain, au moment de l’achat des abonnements.»

Charmey
Seul un quart du chiffre d’affaires escompté aura pu être engrangé durant ce mois de décembre. «Nous avions l’habitude d’avoir trois Noëls sans neige par décennie, reconnaît Guy Morier, directeur des installations. Mais là, trois à la suite, cela devient compliqué.» Les remontées mécaniques Charmey-Les Dents-Vertes doivent réunir 75% du chiffre d’affaires annuel entre les vacances de fin d’année et le mois de février. Une gageure si Noël se passe au balcon.
«Nous avons eu une bonne fréquentation des piétons – nos partenaires de Charmey ont fait le plein et nous en avons bénéficié – et des parapentistes, grâce au beau temps et à l’absence de vent.» Pour Guy Morier, les stations des Préalpes doivent absolument entamer une réflexion sur la diversification de leur offre, même durant l’hiver. «On y travaille. Mais c’est complexe car, pour notre clientèle, l’hiver est synonyme de sports de neige. D’autant plus que les conditions météorologiques de cette année, ensoleillées et chaudes, sont exceptionnelles. Il peut tout aussi bien pleuvoir ou faire très froid.»

Bellegarde
Seule station à avoir pu proposer de skier à ses abonnés, Bellegarde a ouvert deux téléskis durant les fêtes. «Il y a eu pas mal de monde sur la piste des enfants et sur la demi-piste en face», estime Thomas Buchs, chef d’exploitation de la station. «Les familles qui avaient acheté l’abonnement ont au moins pu profiter un peu et avoir du plaisir.» Un plaisir qui a demandé «pas mal de travail» à l’équipe de Thomas Buchs, pour maintenir les pistes dans des conditions acceptables. «Il fait toujours trop chaud pour enneiger.»
Les chiffres de fréquenta-tion ne seront connus que durant la semaine. Durant la seconde semaine des relâches, le télésiège a également tourné pour quelques randonneurs. «Les vacances de Noël sont très importantes pour nous. Cette année encore, elles vont laisser un gros trou dans nos finances. Nous espérons, comme l’an passé, faire un bon mois de février pour essayer de sauver la saison.»

La Berra
Durant les vacances de Noël, le télémixte a fait son œuvre. «Nous avons décidé d’ouvrir pour permettre aux abonnés de venir se promener malgré le manque de neige», explique Didier Kilchoer, chef d’exploitation des remontées mécaniques de La Berra. Ainsi, le 27 décembre, 700 personnes ont utilisé les installations, qui ont été fermées la journée du 25 décembre. «Avant et quand il faisait gris, une centaine de personnes se sont déplacées. Nous avons fait aussi bien qu’en été.» Des résultats qui ne correspondent pas à des journées de ski. «Nous couvrons les frais, comme moins de personnel est nécessaire, mais le chiffre d’affaires est de cinq à six fois inférieur à une journée d’hiver normale.»
Si rien ne permet de rattraper les abonnements qui n’ont pas été achetés durant les fêtes, Didier Kilchoer estime qu’il est encore possible de «limiter la casse. Mais la saison sera de toute façon mauvaise. A nous de réfléchir pour prévoir des activités pour les années à venir si la situation se reproduit. Cependant, c’est difficile d’engager des frais, alors que la neige peut tomber à tout moment.» D’autant plus difficile d’investir quand le manque de neige annonce des comptes difficiles à boucler. La Berra a fermé dimanche. Les installations ouvriront les week-ends ou avec le retour de la neige. «Nous devons encore réfléchir si cela vaut la peine d’ouvrir le mercredi ou le vendredi pour les marcheurs.»

Les Paccots
Les installations du Monte-pente de Corbetta n’ont pas tourné un seul jour cette saison. Une première depuis la saison 1989-1990 selon Renée Genoud, sa présidente. Les téléskis n’avaient alors fonctionné que deux semaines, durant les vacances de carnaval. «Nous sommes situés telle-ment bas et il a fait si doux, soupire-t-elle. Ce que l’on ne fait pas aux fêtes, on ne le récupère pas ensuite.» Notamment en termes d’abonnements de saison. «S’il neige en décembre, les gens se les offrent souvent en cadeau de Noël.» Le personnel engagé à l’année, deux employés, se retrouve lui sans activité. «Il faut espérer que la neige tombe vite. On se tient les pouces.»

Rathvel
«A la fin novembre, il avait neigé 50 cm, mais nous avons décidé de ne pas ouvrir pour la conserver pour le week-end suivant. Et le week-end suivant, elle avait fondu.» Alexis Tâche ne désespère pas pour autant. «Nous pouvons supporter une saison sans neige. Nous n’allons pas faire faillite pour autant.» Le président des Ski-lifts de Rathvel a fait ses recherches. «En 1996, nous avions ouvert le 8 février et, en 2006, nous n’avions pas non plus ouvert durant les vacances de Noël. Depuis 2008, la neige tombe entre le 17 et le 20 décembre. En 2013, les pistes étaient praticables dès le 27 décembre et en 2014, le 28. Si nous ouvrons le week-end prochain, nous pouvons encore limiter la casse.»

La Chia
Le téléski de la Chia n’a pas encore tourné cette saison. «Nous n’avons pas de personnel, que des bénévoles. Le manque de neige n’entraîne pas de conséquences financières», déclare Yves Grandjean, président du Monte-pente de Bulle. L’an dernier, les arbalètes n’avaient été actionnées qu’à partir du 25 janvier et pour 19 jours. «Rien n’est encore perdu.»

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