Trésors oubliés et exotiques des explorateurs fribourgeois

| sam, 23. Jan. 2016

Plusieurs milliers d’objets récoltés par des missionnaires et des explorateurs fribourgeois sont conservés, en toute discrétion, à Bulle. L’association Pro Ethnographica a été créée pour valoriser cette collection et la pérenniser. Elle est en phase de numérisation.

PAR SOPHIE MURITH

Pour se sauver, mieux vaut parfois être ignoré. Ce fut le cas de près de 2500 objets, renvoyés à Fribourg par des missionnaires et des explorateurs lors de leurs périples en Asie, en Afrique, en Océanie et en Amérique au XIXe et XXe siècles. Certains d’entre eux ont même été oubliés pendant cent cinquante ans avant d’être sortis des caissons où ils dormaient voilà à peine quel­ques mois encore. Non sans une odeur de formol, parfois.
Longtemps entreposés dans les caves de l’Université Miséricorde, sortis périodiquement pour être exposés dans ses vitrines entre 1940 et 1980, ils ont désormais élu domicile à Bulle, dans un lieu discret, à la faveur des efforts de l’association Pro Ethnographica.
Créée en 2013, cette dernière a pour objectif d’éditer un catalogue raisonné de sa collection et donc d’en établir l’inventaire. Débuté en 2014, ce programme se trouve actuellement dans sa dernière phase: la numérisation effectuée sur un logiciel développé sur mesure.
La tradition scientifique de collectionner systématiquement les objets ethnographiques, témoins des us et coutumes des sociétés exotiques, remonte aussi loin que l’ethnologie elle-même, soit à la fin du XIXe siècle, du temps des grandes expéditions coloniales.


Evocations exotiques
Ganté de latex, François Miche, secrétaire général de l’association, sort un à un de leur carton et de leur emballage de papier de soie une foule d’objets.
Un vrai cabinet de curiosités capable de déclencher la rêverie vers l’inconnu: des calumets de la paix ne ressemblant en rien à ce que l’imaginaire collectif a transmis ­– ils sont tout plats; des parures agrémentées de plumes ou de carapaces de scarabées, des vêtements inuit brodés de milliers de perles; des sceptres en bois, mais à l’apparence métallique; des bracelets défensifs, des armures de fibres végétales durcies de terre.
Ces objets invitent au voyage dans des contrées où les hommes restent au foyer quand les femmes s’occupent des travaux les plus pénibles. «C’est un récipient pour du talc, un cosmétique sacré pour hommes, dont le pinceau a été fabriqué à l’aide d’un coquillage et d’une aiguille. «Dans une logique utilitariste, cette tribu de Papouasie se servait de matériaux provenant de la nature au caractère évanescent.»
Les objets sacrés sont nombreux comme cette charrue miniaturisée indienne, qui permettait d’exorciser les maux des villages en tournant autour, ou ces masques de divinités en bois massif, pesant chacun plus de dix kilos.
«Ils ont dû être parfois sauvés de leur destinée par les missionnaires qui les ont souvent récupérés jusque dans le feu. Selon la coutume, ces objets doivent s’évaporer avec le temps, il faut qu’ils se confondent avec la nature et partent en poussière.» Les missionnaires ont ainsi collectionné les objets troqués ou reçus lors de rencontres avec les chefs de communauté.
«C’est presque un miracle s’ils sont parvenus jusqu’à nous.» Pour faciliter leur transport, certains objets ont été sciés pour être raccourcis, écrasés ou emboîtés les uns dans les autres. Quant aux référen­ces, elles ont parfois été col­lées directement sur les objets quand elles n’y ont pas été clouées.


Trois gros contributeurs
L’essentiel de la collection est le fait des professeurs et missionnaires Wilhelm Koppers (1886-1961) et Georg Höltker (1895-1976) ainsi que du capucin gruérien Antoine-Marie Gachet (1822-1890). Dans les années 1860, il échangea divers objets avec les Menominee. Ces Indiens d’Amérique du Nord reproduisirent de façon saisissante des techniques de vannerie ou de sculptures sur bois, issues de l’artisanat fribourgeois.
Le père Gachet, né à Gruyères, ramena en 1863, les 25 pièces répertoriées d’une région qui correspond à l’État américain actuel du Wisconsin. Il y apprit la langue des Indiens et en restitua la grammaire. Plus tard, il fut envoyé en Inde, où il fonctionna de 1863 à 1868 comme secrétaire de l’évêque Anastasius Hartmann, d’origine lucernoise.
La collection Gachet est la plus ancienne. Elle éveille d’ailleurs le plus d’intérêt de la part des chercheurs. «Sylvia Kasprycki, la grande spécialiste de la culture ménomonie s’est même rendue dans nos réserves et compte nous remettre les droits sur l’œuvre de sa vie, compulsant toutes ses connaissances sur le sujet.»
Georges Höltker résida lui en Nouvelle-Guinée de 1936 à 1939. Sa collection est certainement la plus riche avec près de 600 spécimens.
A ces collections proprement missionnaires sont venus s’ajouter divers dons hétéroclites. Ainsi d’autres objets provenant d’Amérique du Nord, indiens et inuit, auraient été ramenés à Fribourg en 1875 par des explorateurs. Différentes pièces d’Afrique proviennent encore d’un voyageur suisse nommé L. Egger, dont la collection compte plus de 100 objets, surtout des armes et des vêtements. Jusque dans les années 1980 se sont encore ajoutés des masques et des statuettes (également d’art chrétien) provenant du Zaïre, du Cameroun et de la Côte d’Ivoire.

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