Un marché juteux malgré la concurrence

| jeu, 28. Jan. 2016

En sept ans, l’offre en radiologie a triplé dans la région. Les hôpitaux et le secteur privé proposant ces services se font désormais une féroce concurrence. Une nouveauté qui n’empêche pas des marges toujours intéressantes.

PAR VALENTIN CASTELLA


Dans la région, l’offre concernant l’imagerie par résonance magnétique (IRM) est grande. Aujourd’hui, une IRM prend pratiquement moins de temps qu’un passage chez le dentiste ou le coiffeur. Un jour ou deux d’attente suffisent désormais en raison du nombre de machines disponibles dans le sud du canton. Actuellement, trois centres situés à Riaz et Bulle peuvent accueillir des patients: celui de l’HFR, de Givision et du Centre d’imagerie médicale et diagnostique de la Gruyère. Un quatrième pourrait voir le jour à Riaz. Un fossé par rapport à 2009, lorsqu’un seul appareil était à disposition. Au niveau cantonal, les chiffres confirment la tendance. En sept ans, l’offre est passée de cinq à 14 machines.
Plusieurs raisons sont évoquées pour expliquer ce phénomène. La première concerne la baisse du prix d’achat de l’instrument. «Il y a dix ans,
le coût d’un appareil était de 2,5 millions, indique Ralph Hefti, directeur pour la Suisse de l’entreprise Affidea, qui gère les centres Givision et d’au-tres en Suisse romande. Aujourd’hui, le prix catalogue indique 1,5 million.» «Les coûts de maintenance ont également été revus à la baisse», confirme Claudia Lauper-Lüthi, conseillère scientifique auprès de la Direction de la santé et des affaires sociales (DSAS).
Jeannette Portmann, chargée de communication à l’Hôpital fribourgeois (HFR), explique aussi cette explosion de l’offre par l’augmentation de la population. Coralie Zbinden, technicienne en radiologie, pointe, elle, «une demande plus forte de la population, plus pressée.» De plus, le progrès technologique offre aujourd’hui de nouvelles possibilités de diagnostic.
Mais la raison principale est à chercher du côté des finances. «La radiologie est une spécialité rentable et elle représente un domaine attractif pour des institutions privées, qui investissent évidemment dans des secteurs qui rapportent de l’argent», confirme Jeannette Portmann, de l’HFR. Selon l’Office fédéral de la santé publique, un IRM utilisé durant huit heures et demie générerait une marge de profit d’environ 55%.


La fin de la belle époque
Ralph Hefti tempère: «Selon les tarifs, une consultation revient entre 600 et 800 francs. Cela peut paraître beaucoup. Mais il faut être conscient que l’entretien d’une machine revient à environ 150000 francs par année, auxquels s’ajoute le même montant pour l’amortissement. Certains imaginent pouvoir bénéficier de marges extraordinaires. Sauf qu’elles ne sont plus aussi importantes qu’à une certaine époque. Premièrement, le conseiller fédéral Alain Berset a imposé, en octobre 2014, une baisse de 9% du tarif sur la part technique des prestations de radiologie. Sans oublier la concurrence, qui a augmenté. Il y a quelques années, quatre ou cinq ans étaient nécessaires pour amortir un appareil. Bientôt, ce laps de temps va doubler. Les belles heures, lorsque nos machines étaient utilisées six jours sur sept et même durant les soirées, ne sont plus d’actualité. Je suis persuadé que plusieurs centres construits récemment vont mettre la clé sous la porte», envisage Ralph Hefti.


Eviter une offre pléthorique
Reste que l’imagerie par résonance magnétique est encore attrayante. Ce qui pourrait, à terme, créer un suréquipement. «Nous estimons qu’actuellement le canton compte un nombre suffisant d’IRM pour couvrir les besoins de la population fribourgeoise, explique Claudia Lauper-Lüthi. Si cette offre devient pléthorique, elle aura inévitablement des effets sur les coûts de la santé (n.d.l.r.: la radiologie représente 5% de la somme totale), ce que nous souhaitons éviter. C’est pour cette raison que nous sommes en train de travailler sur des possibilités d’intervenir dans ce domaine.» La conseillère scientifique de la DSAS parle de soumettre ces équipements à autorisation. Une possibilité figurant dans la législation cantonale, mais pas encore activée.
Une intervention qui pourrait également résoudre le problème du manque de personnel qualifié. «Comme de nombreux centres se sont ouverts, nous rencontrons davantage de difficultés à engager des spécialistes, constate Ralph Hefti. Ces prochaines années, je pense que la différence entre tous ces concurrents se jouera sur la qualité du personnel.»

 

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Les hôpitaux fragilisés?

En ce qui concerne l’imagerie par résonance magnétique, l’Hôpital fribourgeois fait face à la concurrence du secteur privé. L’augmentation du nombre d’IRM ou de scanners fragilise-t-elle l’institution? «Elle peut effectivement fragiliser les hôpitaux publics, explique Jeannette Portmann, chargée de communication. Car, en tant qu’hôpital public, nous avons une mission qui nous oblige à mettre à disposition un large spectre de prestations, rentables ou pas. Une certaine concurrence ne nous pose pas de problème. Mais, si elle devient trop forte, elle affaiblit notre mission.»
Jeannette Portmann conclut: «A l’HFR, nous investissons dans des appareils radiologiques uniquement quand il y a un réel besoin, c’est-à-dire pour permettre à nos patients d’avoir accès à un examen dans un délai respectable.» VAC

 

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