«Un doute sur les élections»

mar, 23. fév. 2016

A La Roche, les élections communales de 1978 ont secoué la vie du village bien plus qu’attendu. L’annulation de 213 listes à en-tête radical fait basculer la majorité en faveur du Parti démocrate-chrétien. Un coup de théâtre dont les Rochois se souviennent.

PAR SOPHIE ROULIN

A la suite d’une modification illégale de la  titulature de la liste radicale, devenue radicale et ouvrière, 213 listes du parti ont été annulées par le bureau électoral.» La Gruyère du 28 février 1978 relate sobrement les faits. Mais à La Roche, c’est le «coup de théâtre». L’Exécutif, majoritairement radical jusque-là, bascule dans le giron des démocrates-chrétiens. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts qui enjambent la Serbache. Mais, si l’anecdote fait sourire aujourd’hui, les Rochois ne l’ont pas oubliée.
«La titulature des listes utilisées pour l’élection ne correspondait pas à celle affichée au pilier public», se rappelle Jean-Joseph Huguenot. L’instituteur à la retraite comptait alors parmi les candidats du Parti démocrate-chrétien (PDC) et s’est vu élu, tout comme ses quatre autres colistiers. Dans son souvenir, c’est au moment du dépouillement que le bureau élec-toral a pris contact avec le préfet de la Gruyère, le démocrate-chrétien Robert Menoud.
Ce dernier a décidé d’annuler les listes dont la titulature ne correspondait pas à celle déposée officiellement. Dans les urnes, la liste s’appelait «radicale et ouvrière» (une façon de ratisser plus large alors que le Parti socialiste n’avait pas de section) quand celle qui avait été affichée au pilier public s’intitulait juste «radicale».
Egalement candidat PDC, Antoine Gaillard se rappelle, quant à lui, qu’il avait été convoqué avant le dépouillement pour une discussion entre les deux partis. «On nous avait réunis pour nous dire que l’élection semblait mal partie. L’idée était de voir si on trouvait un arrangement. Mais les radicaux voulaient s’en tenir au verdict des urnes.» Il est sans appel une fois les 213 listes modifiées passées à la trappe: les cinq candidats de la liste PDC sont élus. Ils auraient même eu droit à un sixième siège.


A demi-mot
Ce dimanche-là, l’ambiance est survoltée aux Montagnards, stamm des démocrates-chrétiens. «Par contre, dans les deux autres bistrots du village, le Lion d’Or et la Croix-Blanche, toutes les tablées parlaient à demi-mot», raconte un ancien Rochois qui préfère rester anonyme. Jeune et taquin, à l’époque, il se souvient avoir fait la tournée des cafés avec ses copains, posant les questions chatouilleuses. «Du côté radical, le mot magouille revenait souvent.»
Et de se rappeler de la visite de l’ancien syndic de Treyvaux, Hubert Gachoud. «A l’époque, l’usine Scherly, en face des Montagnards, brûlait des déchets le dimanche. Alors, en poussant la porte des Montagnards, Gachoud a lancé: “Une fumée noire survole l’usine. Il y a un doute sur vos élections!”»
C’est que ces «listes de travers» ont fait jaser dans la région. La Liberté avait même parlé d’un «événement incroyable!» Du côté radical, on n’a pas non plus oublié: «J’étais gamin à l’époque et ça avait été quelque chose», fait remarquer Norbert Tinguely, président du cercle PLR de La Roche. Il en profite pour glisser un élément qui manquait à la petite histoire: à l’époque, le secrétaire communal – et donc responsable du bureau législatif le jour J – Jean Brodard, dit Jean des Neiges, était PDC…


Le mieux élu devient syndic
Quant à la suite de l’histoire: «Ce n’était pas de notre faute si l’élection avait pris cette tournure, reprend Antoine Gaillard. On a donc accepté notre élection, mais il ne fallait pas que ça aille trop loin.» Le PDC «a offert de laisser les deux autres sièges aux radicaux», peut-on lire dans La Gruyère du 9 mars 1978. On y apprend aussi que le syndic Arthur Kolly, seul radical à avoir été élu au soir du 26 février, démissionne. «Il a fallu relancer la maniclette, raconte Antoine Gaillard. Au départ, les radicaux ne voulaient pas entrer en matière. Mais, au fil des discussions, des solutions ont pu être trouvées.» Deux radicaux acceptent finalement de siéger.
Quant à Antoine Gaillard, mieux élu des candidats PDC, il est désigné syndic. «J’étais pourtant le plus jeune, 27 ans. Ils ne m’ont pas ménagé.» D’autant que la commune de La Roche était alors empêtrée dans des problèmes financiers à cause de la construction de la route de Montsoflo et de ses dépassements.


Faire face au souci financier
«La première période a été assez dure, se rappelle-t-il. Les gens avaient cette histoire des élections en tête et les assemblées étaient très fréquentées.» Les radicaux ont-ils mis les bâtons dans les roues des élus démocrates-chrétiens d’alors? «Le problème financier était tel qu’on ne pouvait pas lancer d’autres projets. Il n’y avait pas cinquante solutions si on voulait aller de l’avant. Tout le monde était conscient que le souci financier était là et qu’il fallait avancer ensemble.» La politique partisane est mise entre parenthèses jusqu’aux élections suivantes.
En 1982, le Conseil communal retrouve des forces plus équilibrées, avec quatre élus PDC et trois radicaux. Antoine Gaillard reste syndic pour deux législatures, avant que les radicaux retrouvent la majorité.
L’histoire a-t-elle laissé des séquelles? «Non, depuis, les choses se sont tassées», répond Jean-Joseph Huguenot. «Il n’y a plus de rivalité, note pour sa part Norbert Tinguely. Une liste d’entente est présentée aux élections pour la deuxième fois. Tout le monde va dans le même sens désormais, celui de la commune. Et le village s’en porte mieux.»
On est bien loin de l’époque où les démocrates-chrétiens et les radicaux se distinguaient par la couleur de la doublure intérieure de leur tricot de La Roche. Mais c’est une autre histoire que plus personne ne semble pouvoir raconter…

 

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