Zono descendra de son alpage pour une saga en trois tomes

| mar, 23. fév. 2016

Apparu en 1982, le personnage de bande dessinée Zono vivra de nouvelles aventures dès cet automne. Plusieurs nouveaux personnages feront leur apparition, pour cette saga prévue en plusieurs volumes. Rencontre avec son auteur, le Fribourgeois Philippe Gallaz, alias Berger, qui dévoile ses premiers croquis.

PAR CHRISTOPHE DUTOIT

Absent des librairies depuis La grande poya, en 2008, Zono l’urbain va faire son retour cet automne. Depuis quelques mois en effet, son géniteur lui concocte la suite de ses aventures, entamées en avril 1982 dans les colonnes de La Gruyère. «J’ai bien travaillé sur les personnages et le story-board touche à sa fin», explique Philippe Gallaz, alias Berger, rencontré la semaine dernière dans son antre de Marly.
Pour la première fois, le plus célèbre modzenê des alpages gruériens devrait redescendre en ville, sur les traces de… Chut, c’est encore un secret. «Plusieurs nouveaux personnages apparaîtront, explique le dessinateur âgé de 56 ans. Notamment une petite pépette prénommée Tina, qui s’est mis en tête de piquer les économies du brave Boubi, le copain de Zono.»


«Régénérer le personnage»
A ce stade de la conception, on dira simplement que ce sacré Boubi s’est mis sur son trente et un pour débarquer furieusement dans l’écurie de son pote. «J’avais envie de développer les personnages secondaires», poursuit Philippe Gallaz, qui regorge de cartons remplis d’histoires inachevées, de croquis, de planches crayonnées. «En plus, il est temps que Zono descende de la montagne. Ce n’est pas un but en soi de quitter cet univers, mais une façon pour moi de régénérer le personnage et de m’éloigner un peu de la connotation régionaliste.»
Que les fans de la première heure se rassurent, Zono ne perdra pas pour autant sa gouaille ni sa sagesse terrienne. «Je ne voulais pas dessiner une histoire plombante. Mais rester si possible dans la veine comique.» L’auteur avait également envie de confronter ses garçons à la gent féminine. «Zono est un mec d’aujourd’hui, il a plu-sieurs nanas dans sa vie, souligne Berger. Enfin, pas toutes en même temps quand même…»
Après être passé de l’encre de Chine au dessin assisté par ordinateur, d’un noir et blanc épuré à une mise en couleur au pinceau, Philippe Gallaz a envie de revenir à un certain minimalisme du trait et à une concision des textes. «Je suis plus proche de Lucky Luke que de Corto Maltese. J’aimerais revenir à une esthétique plus stylisée, plus épurée.»


Le plus grand casse-tête
Pour la première fois en plus de trente ans, une histoire de Zono pourrait se déployer sur plusieurs tomes. «J’aime bien l’idée d’une saga, sur trois volumes par exemple.» Pas facile cependant de pondre des scénarios avec la facilité de J. K. Rowling. «J’ai relu La dramaturgie, le traité d’Yves Lavandier consacré à l’art du récit. Il m’a bien aidé à mieux comprendre les rouages des histoires, à ne pas prendre le lecteur pour un idiot et à dessiner un story-board le plus proche possible du livre final. Pour moi, écrire le scénario reste le plus grand casse-tête.»
Alors que les pompiers interviennent toutes sirènes hurlantes dans l’immeuble d’à côté, Philippe Gallaz prépare un second café italien. L’occasion de jeter un œil dans le rétroviseur. «Je ne suis jamais tombé sur un acolyte pour former un duo efficace. J’ai nourri le culte de l’auteur unique un peu par hasard. Et, parfois, je me demande dans quelle mesure je ne me suis pas fourvoyé…»
Il est vrai que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de l’Hongrin depuis ce premier alpage des Aveneyres. «J’ai eu un premier flash à l’âge de 10-11 ans, avec ma professeure de dessin, la sœur de Jean-Luc Godard.» Dix ans plus tard, le Lémanique ne fait pas de vieux os aux Beaux-Arts et glande de petits jobs en travaux de la ferme. Il apprend à traire dans la vallée de La Brévine, à bûcheronner, à écorcer, à débarder… «On m’a dit: “Si tu veux du temps, fais un alpage!”»
En 1981, il tente l’expérience en Gruyère. Mais il abandonne après une semaine de conditions atroces, dans un chalet où il pleut jusque dans l’écurie. Alors qu’il redescend en plaine, il est réengagé – à la Croix de Fer d’Allières – pour le reste de la saison. Là-haut, quelque part entre Jaman et la Cape-aux-Moines, il croque les anecdotes – presque autobiographiques – qui forgent le merveilleux de l’alpage, comme ce bidon en plastique qui fond sur le feu du trintsâbyo. Avec la fraîcheur et la naïveté du nouveau venu, il donne naissance au personnage de Zono, son double imaginaire.


Les jeudis au Moderne
Au printemps suivant, la première planche de Zono l’urbain à l’alpage est publiée dans La Gruyère. «Je descendais parfois les jeudis de marché pour boire un coup au Moderne. Les copains aimaient bien mes dessins. Sans le journal, j’aurais sans doute fait quelques copies pour eux et on en serait resté là.»
Mais le succès est phénoménal, au point que les Editions gruériennes publient un premier recueil de 52 plan-ches en 1983. Un succès que le bédéiste ne gère pas parfaitement. «Je n’avais pas de voiture à l’époque et je suis parfois arrivé avec deux heures de retard aux séances de dédicaces», regrette-t-il aujourd’hui.
Suivent plusieurs tomes durant les années huitante, tels La fée des vanils – la première histoire suivie – ou le très drôle Zono en cabane. Puis plus rien durant une décennie. Il collabore alors «au coup de fil» avec La Liberté, puis actuellement comme dessinateur de presse à La Gruyère. Il faut attendre 2004 pour que Berger retrouve son personnage fétiche au travers de Retour aux sources et ses magnifiques versions colorisées.
Mais tout ça, c’est de l’histoire ancienne. Berger bosse désormais comme un forcené pour sortir son nouveau Zono lors du prochain Bédémania, à Belfaux, début novembre. On en saura enfin davantage sur la belle Tina…

 

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Boobs de compète et cheveux de jais

Il y aura des pin-up dans le prochain Zono! Et plutôt deux fois qu’une, puisque Tina et Datcha rivaliseront de charmes pour courtiser les héros. «Elles ne seront ni superjolies ni vraiment moches», sourit Berger, qui trouve difficile de croquer ces belles lorsqu’elles se fâchent.
Déjà dans Zono en cabane, en 1989, Berger dessinait une plantureuse copine pour son modzenê préféré. «Tina m’est apparue lors de la rédaction du story-board: joues et visage en cœur. Cette forme simple m’offre un excellent repère pour moduler ses expressions et conserver une ressemblance de case en case: grandes paupières, nez pointu, bouche noire et peu charnue.»
Pour l’heure, Berger est au stade des planches préparatoires. «La couleur de ses cheveux et sa coiffure ne sont pas encore définies, bien qu’elles se précisent de plus en plus.» En marge d’un croquis, quelques mots clés pour mieux cerner cette nouvelle héroïne: «Boobs de compète, cheveux de jais et reflets violets, plaisante à vivre, pleine d’entrain et de gesticulations…» Le lecteur a de quoi se réjouir.


«Cucurbitacée transformée en haricot»
Depuis 1982, «Zono est une cucurbitacée transformée en haricot», rigole Berger. Grand et sec, il s’est de plus en plus musclé au fil des planches. «C’était ma revanche personnelle. En plus, il ne vieillit pas trop.» Surtout, on le reconnaît à ses trois mèches qui dépassent du capet et à sa queue de cheval. Pour ce nouveau tome, il bénéficiera d’une tenue de ville, là où il sera amené à s’aventurer… Quant à son copain Boubi, il conservera sa garde-robe traditionnelle: polaire, marcel et veste rapiécée aux coudes. CD

Commentaires

Bonjour, Il y a encore mieux que "La dramaturgie" de Lavandier : "Construire un récit"... du même Lavandier. Bourré de conseils pratiques. Bon courage ! Carole
Attention quand même, des fois qu'il nous la fasse en 3 TOMMES...

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