Claude D. fait le spectacle et dicte son rythme

| lun, 07. mar. 2016

Le procès de Claude D. a commencé tambours battants lundi à Renens. Après avoir tenté de le reporter, il a refusé de se présenter devant la Cour, avant de revenir. La fin de journée s’est résumée à un monologue de Claude D. traînant sa victime dans la boue.

PAR VALENTIN CASTELLA

Première minute du procès et premier coup de théâtre! A l’occasion d’une requête préjudicielle, Claude D. a souhaité la révocation de son avocat, ce qui devait inclure, selon la défense, un report du jugement. C’est dans une lettre longue de trois pages que le Tourain a justifié sa demande, que le président du Tribunal de la Broye et du Nord vaudois, le procureur général et l’avocat de la défense ont reçu ce week-end.
«J’avais pris toutes les précautions pour ce courrier vous parvienne vendredi, explique l’accusé. C’est la prison qui a tout fait pour que cette lettre arrive en retard.» A l’heure de se justifier, Claude D. évoque que la confiance avec Me Loïc Parein est «rompue».
La question de savoir si le procès aurait bien lieu se posait. Afin que les juges prennent une décision en toute connaissance de cause, les différentes parties ont avancé leurs arguments dans un climat déjà très tendu.


Pas un pantin
La partie civile, représentée par Me Jacques Barillon, a d’abord émis l’hypothèse que Claude D. avait été encouragé à écrire cette lettre. Ce à quoi le Tourain a répondu: «Je n’ai pas la réputation d’être un pantin. On a même dit à mon égard que c’est moi qui dirigeais Me Parein.»
Et l’accusé de continuer: «Nous ne sommes pas là pour laver notre linge sale en public. J’ai mes raisons de vouloir me séparer de lui. Il ne m’a pas transmis tous les documents. La confiance est rompue.» Me Barillon a rappelé que Claude D. était coutumier du fait et qu’il avait déjà, lors de la première affaire datant de 1998, «usé de quatre avocats».
Le procureur général du canton de Vaud Eric Cottier a également plaidé pour que le procès ait bien lieu. «Ce caprice n’est qu’une nouvelle tentative de manipulation.» Me Barillon a ensuite affirmé que le Gruérien «jouissait de cette situation. Il est à nouveau aux manettes, il fait déplacer les gens.»


Trois ans, c’est long
Le Genevois a alors donné la parole à la famille de Marie S. Sa mère a dit vouloir «en finir avec cette histoire et que trois ans d’attente, c’était déjà assez long». Claude D. s’est dit «sensible» par ces dernières déclarations, sans pour autant revenir sur sa décision.
De leur côté, les avocats du prévenu ont affirmé que, dans un cas comme celui-ci, un procès ne pouvait se dérouler dans de bonnes conditions. «Le Code pénal permet une telle requête», a dit Me Loïc Parein. Sa collègue, Me Yaël Hayat, a poursuivi: «Les conditions ne sont pas réunies pour que la défense soit efficace.»


«Une mascarade»
Cette tentative de renvoi a finalement été rejetée par la Cour en début d’après-midi. Une décision que Claude D. a dit vouloir faire appel. La défense a alors demandé à s’entretenir avec son client. Dix minutes plus tard, les deux avocats sont revenus seuls. Claude D. ne souhaitait plus assister aux débats.
Me Parein a expliqué qu’il voulait faire valoir ses droits et faire appel contre la poursuite du procès. Le procureur général a alors informé que le recours n’incluait pas d’effet suspensif. Face à cette étrange situation, Me Jacques Barillon s’est emporté: «Mais c’est une mascarade!» Finalement, après plusieurs minutes, le prévenu a annoncé qu’il souhaitait bien revenir. Pour la première fois dans ce procès, il a dicté son rythme.
Après que les autres questions préjudicielles aient été rejetées par la Cour, l’acte d’accusation a été lu par le président du tribunal Sébastien Schmutz. Un moment émotionnellement très intense, à l’image de la maman de Marie, qui n’a pu retenir ses larmes lorsque les détails du meurtre ont été dévoilés.
Lors de ces trop longues minutes, on a appris de nombreux nouveaux éléments. Que Claude D. s’était mis en quête d’une arme plusieurs jours avant le meurtre, que Marie avait tenté à maintes reprises de s’éloigner de son futur bourreau et que le huis clos entre les deux personnes a duré entre six et sept heures durant lesquelles Claude D. lui a annoncé qu’elle allait mourir. Les détails sur la manière dont la victime a été étranglée durant dix minutes ont également glacé le sang du public.


Des craintes fondées
S’en est suivie l’audition du prévenu. Et, pour la deuxième fois, Claude D. a repris la main, en détaillant de nombreuses conversations qu’il a tenu avec Marie S. Beaucoup de personnes redoutaient qu’il tente de traîner dans la boue sa victime. Des craintes confirmés. Il n’a, en effet, pas fallu attendre longtemps avant que le tueur affirme que la jeune fille était une escort girl.
«Elle disait qu’elle recherchait des clients.» Moult autres détails ont été dévoilés par le Tourain. Souhaitant le couper dans son élan, le procureur général a subi les foudres de Claude D.: «On a lu l’acte d’accusation pour que le public sache la vérité. Il n’y a pas de raisons que je ne lise pas tous les messages.»
De plus, le prévenu a affirmé que sa victime était une menteuse et que ce n’était pas lui qui «l’avait relancée après la première rencontre, mais elle. Je n’avais pas l’intention d’aller plus loin, car je n’ai pas eu de coup de foudre.»


Le ton est donné
Noyant l’audience dans des détails, comme ce qu’il avait mangé en Valais avec ses parents un certain jour lors de ses arrêts domiciliaires, il a allongé les débats. Ce qui a eu le don d’agacer Me Barillon. Le président du tribunal a alors dit: «On ne peut pas l’empêcher de donner les réponses qu’il souhaite.» Le ton était donné. Reprise du procès mardi avec la suite de l’audition du prévenu et de la personne qui s’est chargée de l’enquête.

 

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Un homme droit et sûr de lui
La tête haute et fixant l’assistance, il est entré dans une salle comble et silencieuse. Devant environ 150 personnes, dont une trentaine de journalistes venus de toute la Suisse, il a salué la Cour d’un «bonjour» sûr. Crâne rasé, bouc, jeans, veste noir et chemise bleue carronnée, Claude D. a montré dès la première heure qu’il n’était pas du tout impressionné. Sans un regard vers la famille de la victime présente et avec un sourire en coin, il a répondu aux questions avec facilité, en prouvant à l’assistance qu’il connaissait parfaitement son dossier et qu’il n’était pas présent pour se laisser faire. Même les déclarations théâtrales, certes, mais efficaces de Me Jacques Barillon n’ont eu aucun effet. A part à une reprise, lorsque le Genevois a dit ne pas être sensible aux menaces de Claude D. Dans sa barbe, ce dernier lui a répondu, qu’il le serait «dans d’autres situations». VAC

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