De l’élève discret au meurtrier violent, obsédé et sans remords

| jeu, 03. mar. 2016

Lundi commence le procès de Claude D., accusé d’avoir tué la jeune Marie S. en mai 2013. D’anciens camarades d’école et d’autres témoins qui l’ont côtoyé décrivent le personnage, déjà jugé coupable de meurtre en 2000. Retour sur le parcours d’un enfant discret dont le dernier acte a choqué tout un pays.

PAR VALENTIN CASTELLA

Lundi, et durant une semaine, Claude D. sera jugé pour enlèvement, séquestration et meurtre par le Tribunal criminel de la Broye et du Nord vaudois. Un procès qui se tiendra à Renens, pour raison de place. Le Gruérien de 40 ans est mis en accusation pour avoir tué Marie S. dans la nuit du 13 au 14 mai 2013.
La principale interrogation qui avait resurgi après ce drame était de savoir comment Claude D. avait-il pu agir de la sorte alors qu’il avait été condamné, en juin 2000, pour un meurtre commis en 1998 à La Lécherette. La question de l’internement à vie sera, à n’en pas douter, le principal enjeu de ce procès.
Avant de s’y plonger, un retour en arrière est nécessaire pour comprendre pourquoi et comment Marie S., âgée de 19 ans au moment des faits, s’est retrouvée dans la voiture d’un bourreau qui, selon plusieurs témoins, a toujours été «un peu spécial», comme le décrit l’un de ses anciens camarades de l’école primaire de La Tour-de-Trême: «Je me souviens d’une personne calme, mais plutôt solitaire qui ne faisait pas de sport. Mais il ne me semble pas qu’il était mis à l’écart.» L’un de ses anciens professeurs confirme: «Poli et gentil, il agissait comme tous les garçons de son âge. Dans son comportement, rien ne laissait présager une telle issue.»


«Une double personnalité»
A l’Ecole secondaire de la Gruyère, sa personnalité semble s’être affirmée: «C’était un garçon à la double personnalité, se souvient l’un de ses camarades de classe. D’un côté, il était adorable, voire mielleux, tout en sachant se mettre les professeurs dans la poche. Et puis, en un instant, son attitude changeait et il se renfermait sur lui-même.»
Son regard «noir et dur» ne favorisait visiblement pas les relations avec les filles, «qui ne le côtoyaient pas beaucoup». Un autre souvenir a particulièrement marqué un témoin. «Lors d’un cours de sciences, nous effectuions une expérience avec des souris. Et, tout à coup, nous avons entendu des cris provenant d’un animal. Claude l’avait tué en le serrant entre ses mains. Et il n’avait pas réagi.» Il poursuit: «Son comportement avec sa maman m’avait aussi surpris. En sa présence, il n’était plus le même. Il me faisait penser à un petit gamin tout obéissant.» Par la voix de son avocat, la famille a tenu à informer les médias qu’elle était «entièrement étrangère à l’affaire et ne souhaite y être mêlée d’aucune manière que ce soit.»


Possessif, jaloux et brutal
A 20 ans, en avril 1996, il fait la connaissance de sa première victime dans un fitness bullois. Travaillant comme vendeur en informatique, Claude D. tombe amoureux de Pascale V. Leur relation tourne toutefois rapidement mal. Possessif, jaloux et brutal sexuellement, il contraint sa compagne à rompre. S’ensuit un calvaire pour cette dernière, suivie et menacée de mort. «Comme tous les pervers narcissiques, il ne supporte pas la perte, décrit Bruno Charrière, avocat de la victime. Et la rupture a été une attaque trop importante pour son estime.»
Inquiet face au comportement de son fils, son père le suit la nuit et cache les armes à feu se trouvant à son domicile. Une plainte déposée par Pascale V. en novembre 1997 force son futur bourreau à subir un internement à l’Hôpital psychiatrique cantonal de Marsens et plusieurs entretiens avec les médecins entre décembre 1997 et janvier 1998. Le 14 janvier, il enlève Pascale V. en la mena-çant avec une arme volée chez son grand-père. Il l’emmène à La Lécherette, dans le chalet familial. Après un viol, cinq coups de feu retentissent. Les trois premières balles manquent la cible. La quatrième touche la jeune fille au ventre, la cinquième la tête. Lors de son procès, en juin 2000, Claude D. déclare avoir tiré car sa victime avait fait usage d’un spray au poivre.


«Faible lueur d’humanité»
Lors du verdict prononcé au Tribunal criminel du Pays-d’Enhaut, il échappe à la prison à vie en raison de son jeune âge (24 ans). Et non pour «sa faible lueur d’humanité dont il a fait preuve durant le procès», comme l’avait déclaré le président de l’époque Philippe Goermer. Dans la salle, Bruno Charrière se souvient: «Il était présent, mais sans vraiment l’être. C’est comme s’il avait été désincarné. Il n’y a eu aucun pleur, aucune réaction. Le juge l’avait comparé à la froideur du serpent. Son regard était vide et il n’avait exprimé aucun remord. Pour lui, il était normal que la victime se soumette et elle ne l’avait pas fait. C’était de sa faute.»
Condamné à vingt ans de réclusion, Claude D. sort le 16 août 2012 après treize ans d’incarcération. Muni d’un bracelet électronique, il est mis aux arrêts domiciliaires. La première étape avant une liberté conditionnelle. Il s’installe alors à Avenches dans un appartement situé dans la rue Centrale, à côté de l’Hôtel de Ville.
Sa voisine Isabelle, qui tient un salon de coiffure situé juste en dessous du domicile de Claude D., le décrit: «Il venait souvent frapper à ma porte pour me demander des renseignements. C’était une personne qui avait besoin d’aide et qui semblait toujours stressée. Son regard était fixant. La première fois qu’il est venu se faire coiffer chez moi, il a voulu me raconter sa vie. Il me disait qu’il avait de gros problèmes. Comme sa personnalité ne me donnait pas envie de le côtoyer, j’ai coupé court à la conversation.»
A la fin du mois de novembre, un de ses collègues de travail, avec qui il aimait partager sa passion pour la moto, découvre son blog. Un univers virtuel coloré de propos obscènes et sexuels. La justice est informée et Claude D. retrouve la prison le lendemain. «Quatre policiers ont débarqué, relève Isabelle. On ne comprenait pas pourquoi.»
Un mois plus tard, à la suite d’un recours de l’avocat du Gruérien, la juge d’application des peines prononce l’effet suspensif. Il goûte à nouveau à la liberté dans la matinée du
23 janvier 2013. «A partir de là, son comportement a totalement changé, reprend son ancienne voisine. Alors qu’on ne le voyait jamais auparavant, il traînait tous les jours à la maison. Il ne devait plus travailler. Et puis, il était de très bonne humeur et souriait tout le temps. C’est après que j’ai compris qu’il fréquentait cette jeune fille, que j’ai croisée deux jours avant sa mort.»


Un copilote en peluche
Les citoyens d’Avenches interrogés se souviennent vaguement du personnage. Par contre, ils n’ont pas oublié un détail: «Une chose m’avait choqué, s’interroge encore un habitué de la place. Un gros ours en peluche, attaché par une ceinture de sécurité, était toujours positionné sur le siège passager de sa voiture. J’étais avec ma fille lorsqu’on a vu ça pour la première fois et on s’est dit que ce type était quand même bizarre. Beaucoup de gens ont remarqué cet ours et ils en parlaient beaucoup.»
Claude D. utilise également cette peluche comme photo de profil sur les réseaux sociaux. Camouflé sous le pseudonyme Teddy DesBois, il échange des messages vulgaires avec d’autres utilisateurs et tente de «conter fleurette» aux femmes, comme il dit. Autre citation: «Je suis là pour passer un peu de bon temps. Je ne mords pas, alors pourquoi pas faire connaissance?» C’est de cette manière qu’il a contacté, le 10 mars 2013, Marie S., également férue de réseaux sociaux.
Le Gruérien n’hésite pas à officialiser cette relation sur son blog. En plus de détails sexuels crus, il poste ses états d’âmes: «Je vis une sorte de rêve éveillé. Mais plus dur sera la chute.» Ou: «Elle s’imagine déjà avoir des enfants avec moi, désire porter mon nom et cherche des robes de mariée. Bref, je crois qu’elle m’aime. Et moi aussi d’ailleurs.»
Avant le drame, les deux tourtereaux sont aperçus ensemble à plusieurs reprises. Apprentie sommelière au Club house du Golf de Payerne, Marie S. est enlevée le 13 mai au sortir de son travail. Elle est ligotée au moyen de ruban adhésif à l’arrière de la voiture de Claude D., une Toyota Yaris grise. Un témoin assiste à la scène et prévient la police, qui se lance à sa poursuite. Ce n’est que le lendemain qu’elle localise le fugitif, qui s’était débarrassé, durant la nuit de son bracelet électronique et de Marie S. La course- poursuite se termine par un accident sur la butte se situant sur la route de Romont, entre Vuisternens-devant-Romont et la croisée de Sâles. Après avoir avoué son crime, sans dévoi-ler le mobile, il indique que le corps se trouve dans une forêt, à Châtonnaye. Agressée sexuellement, Marie S. a été étranglée au moyen d’une ceinture et abandonnée sur un sentier.

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