"Il a choisi le moment de la mise à mort"

| ven, 11. mar. 2016

La dernière journée du procès de Claude D. s’est tenue vendredi à Renens. Le Ministère public a requis l’internement à vie. Verdict le 24 mars. Lors de sa dernière intervention, le prévenu n’a pas fait d’excuses à la famille de Marie S.

PAR VALENTIN CASTELLA

L’internement à vie: voilà la peine requise par le Ministère public et la partie civile lors de la dernière journée du procès de Claude D., accusé d’avoir tué Marie S. en 2013.
Vendredi à Renens, devant une foule toujours plus nombreuse (des dizaines de personnes ont été refoulées à l’entrée, faute de place), le procureur général Eric Cottier a, en préambule, démontré qu’une chronologie commune liait les personnes de sexe féminin qui ont côtoyé le prévenu. «Son attitude envers les femmes est toujours la même: la séduction, l’emprise et la haine.»
Après avoir ridiculisé certains arguments du prévenu, notamment le fait qu’il ait acheté du scotch pour faire de l’ordre, le procureur s’est prononcé sur les responsabilités juridiques: «Malgré une très légère divergence d’opinion, les deux experts ont constaté une psychopathie. Le Ministère public pense que Claude D. est capable de se maîtriser. Il a choisi le moment de la mise à mort. Malgré les troubles constatés, cela implique une responsabilité entière.» C’est pour cette raison qu’Eric Cottier a requis une peine privative de liberté à vie, ainsi que l’internement à vie.
Lors de sa plaidoirie, Me Jacques Barillon, qui est persuadé que l’acte a été prémédité, a donné raison à de nombreuses reprises au procureur général. «Ne faut-il pas à un criminel exceptionnel une sanction exceptionnelle?» Concernant le mobile, l’avocat genevois a insinué que le Tourain avait tué, car Marie S. ne l’aimait plus et qu’il ne supporte pas la séparation. Il a ajouté: «Il fallait éliminer ce témoin direct qu’était Marie.»
Puis, il est revenu sur les déclarations du prévenu, notamment lorsque ce dernier avait parlé de son envie de se suicider après avoir commis son acte: «Marie est morte le 14 mai à 3 h 45. L’intervention de l’hélicoptère de la police s’est déroulée à 13 h 17. Claude D. bénéficiait de dix heures pour se suicider. Mais il a utilisé ces dix heures pour tout faire disparaître. Il s’aime beaucoup trop pour se suicider.»


Le geste des parents
Enfin, Me Barillon a fait remarquer que le prévenu n’avait pas émis une once de regrets: «Il n’y a pas eu un mot, pas un regard. Mais vous l’avez fait par procuration. Car votre mère et votre père ont écrit à la famille de la victime.»
La parole a ensuite été donnée à la défense. Elle s’est exprimée pendant plus de quatre heures. Me Loïc Parein a d’abord prié la Cour de ne pas céder à la «haine» de l’opinion publique. «Dans cette chasse aux sorcières, on doit dire non à cet esprit de vengeance.»
Il a mis en exergue le fait que le prévenu restait un homme. Selon Me Parein, l’accusé est victime de son comportement. «Son mode de fonctionnement est ainsi et oui, j’ose dire que Claude D. souffre.» Ce à quoi a répondu Me Barillon: «Non, il fait souffrir les autres.»
Mais l’argument principal de la défense a concerné les experts et la «fragilité de leur appréciation». Pour rappel, ces derniers ont conclu, à quelques détails près, que Claude D. ne changerait pas. Manque de formation, problème de langue, diagnostic basé sur des impressions, manque de crédibilité… Voici, en résumé, ce que Me Parein a reproché aux psychiatres durant pratiquement deux heures.


«Claude D. se défend mal»
De son côté, Me Yaël Hayat a tenté de diminuer l’impact de cette affaire et que seul le crime devait être jugé, «comme si c’était le premier». L’avocate, qui s’oppose à l’acte prémédité, a aussi relevé que le Tourain «se défend mal», mais que l’accusation ne voulait pas admettre que le tueur avait ouvert la porte à des prémisses de repenti. «On ne veut pas l’entendre.» Ce qui a amené le procureur général à réagir : «Il est inadmissible que Claude D. passe pour une victime.» Me Barillon a poursuivi: «Nous avons bu le calice jusqu’à la lie. Claude D. ne collabore pas. Il mène les enquêteurs dans les bois où il a jeté tel un détritus celle qu’il a massacré.»


«Il existe un espoir»
Logiquement, la défense a soutenu que la responsabilité pénale devait être moyennement diminuée. A l’heure d’évoquer la sanction, elle a notamment insisté sur le fait que Claude D. avait demandé un suivi et qu’un traitement n’est pas forcément voué à l’échec.
Enfin, Me Parein a répété que personne ne pouvait prédire l’avenir et qu’une peine d’internement à vie n’était pas crédible. «Même chez les pires tueurs en série, il existe un espoir, a conclu Me Hayat. Il faut rejeter l’internement à vie. Il n’est pas le bon candidat.»
Claude D. écopera-t-il de la peine maximale? Réponse le 24 mars lors du verdict.

 

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Il est parti sans révéler son mobile


En début de soirée, après une journée marathon faite de réquisitoire et de plaidoiries, Claude D a pu s’exprimer une dernière fois. La question était de savoir si l’intéressé allait formuler le mobile de son acte et des regrets, «afin de soulager quelque peu la famille», a dit Me Jacques Barillon.
Après s’être levé de sa chaise, il a commencé par critiquer les autorités cantonales vaudoises, selon lui trop laxistes durant ses arrêts domiciliaires. Il s’est ensuite adressé à Me Barillon: «La première chose que j’ai faite en vous voyant, c’est d’émettre des regrets et j’espérais que vous en parleriez à la famille.»
En se tournant vers l’avocat, le Tourain a remis en cause les dires du Genevois, avant de sous-entendre qu’il souhaitait cacher une preuve. Après la victime, les experts ou la police, il était l’heure du procès de la partie civile.
Puis, c’est le procureur qui en a pris pour son grade. Il a été accusé de n’avoir pas entièrement collaboré: «Vous avez triché», lui a dit le tueur. Comme Me Barillon, le procureur, dépité, appuyé sur le dossier de sa chaise et soutenant son regard, n’a rien dit.
Comme depuis le premier jour, et faisant preuve d’une constance à toutes épreuves, Claude D. a incriminé le monde entier, en noyant l’assemblée d’innombrables détails. Une pizza, un ticket de caisse... Certaines de ses déclarations ont même fait sourire. La fatigue peut-être.
Interrompu par le président du tribunal, Claude D. a conclu: «Je trouverais déplacé de ma part de présenter des excuses à Antoine, à Laetitia et à Evelyne. Les excuses que je dois, c’est à Marie et je les lui présenterai le jour où je la reverrai.»
Claude D. S’en est ensuite allé, avec son mobile, qu’il n’a finalement pas dévoilé. VAC

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