Le passé polluant du vieux Fribourg

| sam, 12. mar. 2016

Les analyses des sols qui se sont poursuivies l’an dernier dans les jardins de Fribourg confirment une importante pollution aux métaux lourds, mercure et plomb en tête. L’accès aux parcelles les plus touchées doit être restreint. Les origines sont anciennes et multiples. Les parcs publics sont épargnés.

PAR JEAN GODEL

Des deux parcelles jugées dangereuses, en vieille ville de Fribourg, au vu de leur pollution aux métaux lourds il y a un an (La Gruyère du 31 janvier 2015), on est passé à 20. Et les analyses se poursuivent. Voilà résumés leurs résultats intermédiaires révélés hier lors d’un point presse par le Service de l’environnement (SEn).
Pour une bonne partie, relativise Martin Descloux, chef de service adjoint au SEn, cette explosion est due à l’abaissement, le 1er mars 2015, du seuil de dangerosité pour les sites pollués au mercure nécessitant un assainissement (de 5 mg/kg à 2 mg/kg). Cette valeur n’apparaissant que dans l’Ordonnance fédérale sur les sites contaminés (OSites, relative aux anciennes décharges, aux friches industrielles et aux théâtres d’accident), elle a été appliquée par analogie aux sols «généraux» et relevant de l’Ordonnance fédérale sur les atteintes portées aux sols (OSol). Une harmonisation des deux textes est à l’étude à Berne.
Cela dit, les résultats des 28 analyses effectuées en 2015 – portant leur total à 80 depuis 2011 – «confirment une importante pollution au mercure de certains secteurs dans les quartiers de la Neuveville, de l’Auge et du Bourg», résume Barbara Gfeller Laban, responsable des sols au SEn. Pérolles n’est pas touché. Ainsi, huit nouveaux jardins présentent des teneurs dépassant la valeur d’assainissement.
En tenant aussi compte du plomb, les 80 jardins déjà analysés se répartissent en trois catégories:

Risque avéré
Vingt parcelles ont montré une pollution au mercure et/ou au plomb considérée comme dangereuse pour la santé des utilisateurs (dépassements de la valeur d’assainissement): seize au mercure, deux au mercure et au plomb, deux au plomb. L’utilisation des surfaces polluées comme lieu de jeux pour les enfants est interdite. Concernant l’utilisation des jardins potagers, des restrictions ou interdictions ont été prescrites aux propriétaires et aux locataires.

Risque possible
Pour 33 autres parcelles, les teneurs en polluants présentent un risque possible pour la santé (dépassement du seuil d’investigation). L’utilisation des jardins est possible à condition de tenir compte de certaines restrictions et des recommandations sur les comportements à adopter pour éviter des risques pour la santé.

Pas de risque
Enfin, 27 parcelles ne présentent aucune pollution ou sont légèrement polluées (dépassements de la valeur indicative). Il n’y a aucun risque pour la santé humaine – c’est le cas de tous les jardins et places de jeux de la ville, assure Martin Descloux.
Pour les deux catégories à risque, tous les propriétaires et utilisateurs ont été avertis, voire rencontrés par le SEn. Concernant les parcelles jugées dangereuses, l’OSol n’impose pas le remplacement de la terre: l’assainissement exigé peut consister simplement à écarter le risque d’utilisation. Pour ce qui est du mercure, ce risque concerne les enfants qui, par contact main/bouche, peuvent ingérer ce métal lourd. «Il suffit donc d’adapter l’utilisation de ces jardins en en interdisant l’accès régulier aux enfants», confirme Martin Descloux.
Combien de parcelles sont-elles encore concernées? Pour le savoir, les investigations vont se poursuivre dans les secteurs les plus touchés. Un suivi des jardins pollués sera instauré. Enfin, le SEn va répéter les recommandations d’utilisation des jardins pollués et vérifier que les restrictions soient bien respectées.
A noter que Fribourg n’est pas un cas unique: la pollution aux métaux lourds pose problème dans toute la Suisse, notamment dans les jardins urbains les plus anciens.

 

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Les origines de la pollution sont floues


D’où viennent de telles pollutions? En 2011, les premières analyses avaient été demandées à la suite de la découverte de la pollution aux PCB de la décharge de la Pila, à Hauterive. Car la ville de Fribourg avait elle aussi brûlé des PCB dans son incinérateur des Neigles jusque vers 1980. Or, les premiers résultats avaient révélé une tout autre pollution: aux métaux lourds.
Pour en connaître l’origine, le SEn a mandaté l’année dernière le bureau d’ingénieurs BMG, à Schlieren (ZH). Le résultat de l’enquête fait remonter à la surface le passé industriel des plus anciens quartiers de la ville. Pas de coupable unique, mais «une accumulation de polluants au fil du temps» dans des jardins anciens, lit-on dans le rapport.
Trois types de pollution sont cités. D’abord, celle, atmosphérique, par le charbon, alors largement utilisé pour le chauffage et les processus industriels, mais aussi par les émissions du trafic et des industries. Ensuite, des pratiques anciennes et largement répandues telles que l’incinération de déchets en plein air ou l’épandage de cendres et de scories.
Enfin, les activités artisanales qui se sont succédé au fil des siècles, notamment dans la Neuveville: filatures, fabriques de draps et teinturerie de laine dès le Moyen Age, puis fabriques de chaussures et de carton, tanneries, traitement de la ferraille et des déchets, voire fabrique d’engrais! L’usine à gaz a aussi libéré des métaux lourds jusqu’en 1980.
En l’Auge, au XIXe siècle, une teinturerie a dû utiliser des couleurs à base de plomb. Qui plus est, le quartier a souvent été inondé par la Sarine. Enfin, il est possible que la pollution soit aussi due à l’incinération de vieux bois, à la mise en dépôt de scories ou à l’utilisation de matériel contaminé comme remblai. Reste à savoir où… Idem dans le quartier d’Alt, où une entreprise du bois a dû causer une pollution au zinc. JnG

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