Une stratégie «ambitieuse» pour les remontées mécaniques

| jeu, 31. mar. 2016

Le conseil d’administration des remontées mécaniques de Charmey a rendu public mardi son plan d’affaires pour les années à venir. La solution privilégiée: une exploitation été comme hiver. En proposant davantage de produits et de l’enneigement artificiel. Pour plusieurs millions d’investissements.

PAR YANN GUERCHANIK

Depuis mardi, la population peut prendre connaissance du plan d’affaires établi par le conseil d’administration des remontées mécaniques de Charmey. Le document dévoile la stratégie qu’entend suivre Télécabine Charmey les Dents-Vertes en Gruyère SA pour promouvoir son développement. Il figurera au menu de la très attendue séance de lundi 4 avril, durant laquelle le groupe de travail Vision Charmey 2030 rendra ses conclusions.
Le plan d’affaires est résolument tourné vers l’offensive. Président du conseil d’administration, Bruno Charrière en convient: «C’est ambitieux.» Il s’agit notamment d’investir 2,1 millions de francs en vue du renouvellement, pour vingt-cinq ans, de la concession et de l’autorisation d’exploiter la télécabine (échues en juillet 2017).
A court terme, la société souhaite d’autre part privilégier ses investissements pour des activités estivales. Objectif: augmenter le chiffre d’affaires d’un million. Dans un deuxième temps seulement, le plan prévoit de renforcer l’exploitation hivernale en investissant dans l’enneigement artificiel.


Eté comme hiver
Le conseil d’administration a tourné le problème dans tous les sens et il est arrivé à une conclusion: continuer à exploiter les remontées mécaniques été comme hiver. Mais il faudra proposer de nouvelles activités estivales et hivernales, mieux cibler la clientèle, améliorer la communication et le marketing.
En plus des familles, la société veut s’adresser à deux nouveaux publics cibles: les «jeunes seniors» (55+) et les «jeunes actifs». Gastronomie, événements et séminaires pour les uns. Activités ludiques et sportives en plein air pour les autres.
Tout un catalogue de mesures a été échafaudé pour charmer ces catégories. Une multitude de projets se retrouvent dans les 70 pages du plan. Citons en premier lieu le restaurant de Vounetz, qui se verrait réaménagé de manière à concilier self-service et service à table (200000 fr. de budget pour générer une marge annuelle de 15000 fr.).
Les pique-niqueurs, eux, seraient accueillis à la gare d’arrivée, dans un local auquel serait attaché un point de vente proposant de la petite restauration (300000 fr. de budget pour générer une marge de 10000 fr.). A plus long terme, des hébergements originaux (yourtes, tipis, petits chalets) sont encore envisagés au sommet.


Paintball, VTT et sentiers
Un bar «après-ski» est également prévu à la station inférieure. L’option retenue consiste en une tente spéciale tout équipée permettant d’accueillir une septantaine de clients (200000 fr. d’investissement pour une marge annuelle de 25000 fr.) Autre projet: un éclairage de la ligne de la télécabine (85000 fr. amortis sur vingt ans) pour ne plus se contenter de 10 exploitations nocturnes par année. Ou encore, deux circuits de descente en VTT (downhill).
La station intermédiaire ne serait pas en reste. Elle pourrait devenir le point de départ de nouvelles attractions: paintball, toboggan géant, tubing (descente en bouée, été comme hiver, avec tapis remonte-pente), le tout agrémenté d’une nouvelle buvette.
Surtout, les administrateurs des remontées mécaniques envisagent de racheter Charmey Aventures pour 400000 fr. «Rien n’est encore fait, relève le président Bruno Charrière. Mais la propriétaire est ouverte à la discussion.»
Enfin, si l’idée est d’offrir aux «jeunes seniors» un restaurant «digne de ce nom» à Vounetz, ces derniers devraient aussi pouvoir profiter de nouvelles possibilités de randonnées pédestres. Ainsi est-il prévu une valorisation des sentiers entre les stations supérieure et intermédiaire, en plus d’un chemin suspendu autour des Dents-Vertes.
Les administrateurs en conviennent, des priorités devront être fixées. Pour tous ces nouveaux produits, il faudrait investir pas moins de 1,66 mio de francs (sans compter les 100000 fr. pour le marketing) pour un bénéfice escompté de 274000 francs par année.


Canons à neige
C’est donc droit devant que regarde la société charmeysane. Jouer plus gros sur tous les tableaux. Est-ce bien raisonnable quand la rentabilité peine déjà à se redresser en prenant appui sur l’aide publique? «Le statu quo n’offre pas de perspectives à long terme», rétorque le conseil d’administration.
«Quels que soient les changements qui pourraient survenir dans l’organisation du secteur au niveau régional et cantonal, au mieux dans les cinq années à venir, les remontées mécaniques de Charmey doivent dès aujourd’hui prendre leur destin entre leurs mains.» Un destin de «station-village», clame les administrateurs. Car, selon eux, il ne faut pas perdre de vue les retombées économiques et fiscales «très importantes» générées par les remontées.

Une «station-village» qui considère les projets en cours chez ses concurrents fribourgeois et vaudois. Et qui voudrait prévoir de même un système d’enneigement artificiel. Le conseil d’administration propose d’abord l’enneigement de la piste bleue de Vounetz et celles de la Combe des Banderettes pour 3 millions de francs, selon l’estimation d’un constructeur spécialisé. Une première phase qui devrait permettre de dégager un bénéfice annuel de 150000 francs.
L’enneigement des autres pistes (Chalet Neuf et Fenil), pour 3,4 millions supplémentaires, n’est pas planifié pour le moment. Signalons que les coûts de l’enneigement sont calculés sans le bassin nécessaire. La création d’un lac de 100000 m3 est prévue au sommet de Vounetz. Une réalisation similaire à Riederalp a coûté 3 millions de francs.

 

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Soutien communal nécessaire
Les administrateurs des remontées mécaniques de Charmey en sont persuadés: «Les Charmeysans tiennent à leur télécabine». De fait, ils demandent à la commune de mettre la main au porte-monnaie pour les faire fonctionner. Un soutien de 750000 francs par année jusqu’en 2020 est sollicité.
«Un montant qui sera réadapté en fonction des investissements et de leur rentabilité», explique Bruno Charrière. Le président du conseil d’administration espère ainsi le diviser par deux, voire le réduire encore de 150000 francs grâce à de futurs canons à neige.
Mais Val-de-Charmey est aussi appelé à participer aux investissements prévus entre 2017 et 2020. Quelques centaines de milliers de francs communaux devraient ainsi servir de fonds propres. De même, 258000 francs devront encore être déboursés par la commune à titre de participation au renouvellement de la concession de la télécabine, qui reste «la priorité numéro 1».
Durant la saison 2014-2015, la perte d’exploitation s’est élevée à 675000 francs. Val-de-Charmey avait alors consenti à une aide de 900000 francs (dont 825000 fr. dans les comptes 2014-2015). Sera-t-il prêt à intervenir encore?


Régionalisation des coûts
Pour convaincre, le plan d’affaires met en avant des retombées économiques et fiscales «très importantes». En faisant notamment mention des premiers résultats d’une étude menée par l’Union fribourgeoise du tourisme qui évoque plus de 8 millions de francs pour la région. Investir en vue d’une exploitation quatre mois l’été et trois mois l’hiver ne se ferait donc pas «à fonds perdus», selon les administrateurs.
Par ailleurs, si ces derniers admettent volontiers que la situation des remontées mécaniques de Charmey est «critique», ils font valoir les avancées depuis leur arrivée en 2013: liquidation des arriérés, «travaux de rattrapage» sur les installations, investissements (trottibikes, ski à l’heure, etc.).
Et Bruno Charrière de rappeler que l’année comptable 2014-2015, au niveau du chiffre d’affaires, fut la troisième meilleure des vingt dernières années malgré un été maussade et une saison hivernale tardive. «Il existe un réel potentiel de progression.»
Enfin, il est un point sur lequel le conseil d’administration insiste: les autres communes de la région devraient prendre en charge une partie des frais d’exploitation. Une solution qu’il conviendrait «de mettre en pratique dans un délai de cinq ans». Une sorte de régionalisation des coûts à l’échelle du district, comme cela se fait pour certaines piscines. Les administrateurs espèrent aussi un soutien plus important du canton, si la commune parvient à conserver son statut de «centre touristique cantonal». YG

 

Commentaires

Un reproche , je frequente la station depuis plus de 20 ans, les tarifs sont exhorbitants en comparaison des importantes stations valaisanne. il faudrait appliquer les tarifs supers seniors et laisser la station ouverte malgre le manque de neige..Salutations Georges Marucelli
retombées économiques et fiscales «très importantes»: argument basé sur les 1ers résultats (non définitifs) d'une étude pour la région (pas seulement charme y) de 8 millions (c'est peu !!!) Si on faisait une enquête sur les personnes qui viennent à Charmey, on constaterait peut-être que les attractions sont: le calme, les bains, les tennis, les attractions touristiques en gruyère. Le ski? c'est comme la madeleine de proust... quid aménagement d'une plage au bord du lac de monsalvens, de zones de pique-nique, de parcours vita, ...

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