«Il y a dix-huit ans, nous étions dans la gestion d’urgence»

| mar, 12. avr. 2016

Les Offices régionaux de placement ont été créés il y a vingt ans pour faire face à une augmentation sans précédent du chômage en Suisse. L’objectif était de passer du contrôle au conseil et à la réinsertion des demandeurs d’emploi. Retour sur l’histoire de ces offices.

PAR XAVIER SCHALLER
Dans les années 1980, la Suisse était un îlot de plein emploi au milieu de l’Europe. Son taux de chômage se situait à 0,7%. En 1994, le nombre de sans-emploi explose et le chômage grimpe à 4,7%. C’est dans ce contexte que sont nés les Offices régionaux de placement (ORP), il y a maintenant vingt ans. Chef de l’ORP Sud, Dominique Dupré a vécu l’évolution de cette institution.

Pouvez-vous nous rappeler comment était géré le chômage avant la création des ORP?
Toutes les demandes arrivaient aux offices communaux du travail. Les chômeurs avaient des cartes de timbrage. Ils passaient dans leurs communes toutes les semaines pour valider le fait qu’ils étaient toujours sans emploi. Il y avait peu de conseil, seulement du contrôle. La Confédération a décidé de créer des ORP pour suivre les dossiers et s’adapter aux demandes de chaque personne. Fribourg a décidé de créer des ORP par région, avec un site par district, alors qu’une structure centralisée était envisageable. C’était un vœu politique, pour une proximité du service.

Quelles ont été, selon vous, les principales évolutions qu’ont connues les ORP?
J’ai débuté comme conseiller en personnel, à Romont. Il y a dix-huit ans, nous étions alors dans la gestion d’urgence. Chaque conseiller avait plus de 200 dossiers à suivre, contre 120 actuellement, et on voyait les gens beaucoup moins régulièrement. Aujourd’hui, nous mettons la priorité sur le conseil et la réinsertion professionnelle. Mieux connaître chaque dossier permet un retour plus rapidement et plus durablement dans le marché de l’emploi. Nous collaborons aussi beaucoup plus avec les entreprises, les services sociaux, l’office AI ou les associations en général. C’est devenu impératif et nécessaire.

Est-ce que les demandeurs d’emploi ont également changé?
Le socle des gens qui ont des difficultés à trouver un emploi augmente. Quand la santé des demandeurs d’emploi est bonne, on trouve généralement des solutions. Quand leur santé est atteinte, c’est beaucoup plus difficile. Plusieurs assurances, comme l’AI, serrent un peu la vis. Des situations qui n’étaient pas des situations chômages le deviennent aujourd’hui. Par exemple pour des personnes qui doivent compléter une rente, alors qu’elles touchaient une rente complète.

Quels sont les autres défis que devront relever les ORP dans les années à venir?
La loi cantonale demande un meilleur suivi des personnes qui n’ont plus de droit à l’indemnité chômage. En 2013, les pôles Insertions+ ont été créés dans chaque groupe ORP. Ils concernent des gens inscrits au service social et à l’ORP en même temps, et qui n’ont plus de droit à l’indemnité de chômage.
Le défi sera aussi démographique. Plus de population implique plus de personnes au chômage. Les offices ne font que grandir. L’ORP Sud a
passé, en quelques années, de 25 à 33 employés, secrétariat compris. Et nous serons bientôt 34.

Vous n’êtes pas concernés par les mesures d’économie de l’Etat?
Nous sommes des employés de l’Etat de Fribourg, mais avec une enveloppe budgétaire fédérale. Plus nous avons de demandeurs d’emploi, plus nous devons engager de personnel pour gérer les dossiers.

Vous avez un brevet fédéral de menuisier. Comment vous est venue l’envie de travailler dans un ORP?
Il y a vingt ans, un ORP choisissait un conseiller pour sa connaissance d’un secteur spécifique. Ma formation dans le bâtiment était intéressante pour Romont. Au début des ORP, les conseillers travaillaient par professions. Mais cela générait une disparité dans la manière de prodéder et la charge de travail. Dans le secteur du bâtiment, par exemple, les facteurs saisonniers sont importants. Maintenant, les conseillers sont plus polyvalents, avec une connaissance diversifiée du marché professionnel. Après avoir occupé différentes fonctions, à Bulle et à Fribourg, j’ai été nommé chef ORP Sud, responsable de districts de la Glâne, de la Gruyère et de la Veveyse.

Pour les vingt ans des ORP, le Service public de l’emploi organise plusieurs événements: job dating, jobmarkt, petits-déjeuners des employeurs, débats ou portes ouvertes. Programme complet sur www.fr.ch/spe. Une page Facebook a également été créée (www.face­book/spe.ama.-fribourg).

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Un record de 9000 demandeurs d’emploi
Le 15 janvier 2015, la Banque nationale suisse a abandonné le taux plancher entre le franc et l’euro. Dès fin janvier, le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) a autorisé les entreprises a invoquer le franc fort pour bénéficier d’indemnités en cas de réduction des horaires de travail (RHT). «Nous nous attendions dès lors à traiter une avalanche de demandes», se souvient Charles de Reyff, chef du Service public de l’emploi (SPE) du canton. «Ça n’a finalement pas été le cas.» Hier, il a présenté à la presse le bilan d’une année 2015 pas aussi mauvaise que prévu.
Le recours au chômage partiel n’a finalement pas été aussi répandu que redouté: 58 entreprises ont reçu des indemnités (contre 13 en 2014), pour 1500 travailleurs (451 en 2014). «Sur ces 58 entreprises, seules 22 ont obtenu les RHT en invoquant le franc fort», précise le chef du SPE.
Phénomène inédit, des RHT neige ont été accordées à sept sociétés du canton, remontées mécaniques ou restaurants. «Les critères sont tellement restrictifs dans ce domaine, qu’il est presque impossible de bénéficier de ce type d’indemnités.» Par exemple, il faut prouver que, durant les cinq dernières années, il y a au moins trois années où vous avez pu travailler durant cette période.
«Le choc tant redouté n’a pas eu lieu» et le chômage n’a progressé que de 0,1 point entre 2014 et 2015, pour atteindre 3%. «Ce résultat nous situe en dessous de la moyenne suisse (3,3%) et de celle affichée par les cantons romands.» Le chiffre record de 9000 demandeurs d’emploi a néanmoins été atteint en décembre. «Heureusement, ce chiffre est reparti à la baisse depuis. Le canton compte à ce jour 8415 demandeurs d’emploi», tempère Charles de Reyff.
Pas de quoi pavoiser néanmoins: «Depuis 2011, l’augmentation du chômage est lente, mais régulière. Les entreprises du canton doivent faire face à une succession de mauvaises nouvelles, dont les effets néfastes perdurent et finissent par s’accumuler.» XS

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