Le nouveau billet de 50 francs, un changement qui coûte

| jeu, 07. avr. 2016

La Banque nationale suisse lance la nouvelle coupure de 50 francs dès mardi 12 avril. Pour les banques commerciales, cela se traduit par une série d’adaptations techniques et autant de frais. Le point du côté de la Raiffeisen et de la BCF. A l’inverse, le changement profite aux fournisseurs spécialisés dans le traitement de l’argent liquide.

PAR YANN GUERCHANIK

Adieu Sophie Taeuber-Arp! A partir de mardi, on verra progressivement disparaître l’artiste sur nos billets de 50 francs. A la place, ce sera les aigrettes d’une dent-de-lion portées au vent, des montagnes, un parapente. La Banque nationale suisse (BNS) lance sa nouvelle série en douceur: le billet vert ce 12 avril, celui de 20 francs au printemps 2017, puis les autres selon des intervalles de six mois à un an.
Lors de sa conférence de presse hier matin, la BNS a assuré que toutes les nouvelles coupures de la neuvième série seront mises en circulation d’ici à la fin 2019. La Banque centrale a surtout levé le voile sur les aspects esthétiques et vanté les performances en matière de sécurité du billet conçu par la graphiste lucernoise Manuela Pfunder et imprimé par Orell Füssli Sicherheitsdruck AG.
Ce sera donc le printemps dans nos porte-monnaie: un renouveau qui devrait se produire sans soucis. Pour le public du moins. En ce qui concerne les instituts bancaires, c’est une autre histoire. Il ne suffit pas de remplacer les vieux billets par les nouveaux. D’autant que les derniers nés sont plus petits et plus épais.
Les bancomats et autres machines qui travaillent avec des billets de banque doivent en effet subir bon nombre de modifications pour être en mesure de les reconnaître. «Nos fournisseurs agréés procèdent d’une part à une maintenance logicielle, explique le directeur de Raiffeisen Moléson François Bosson. Le nouveau billet étant relativement différent, il faut également intervenir physiquement sur les machines et changer certains éléments.»


Le prix de la sécurité
«Pour Raiffeisen Moléson, le montant s’élève à quelque 20000 francs au total», confie François Bosson. Il y a d’abord les cassettes à remplacer dans les bancomats puisque chaque coupure possède la sienne. «Il faut compter entre 200 et 400 francs par cassette et nous possédons 21 bancomats.» Il y a ensuite les compteuses à billets qui doivent aussi être modifiées. «Nous en avons quatre et il faut débourser 400 francs par machine.»
Enfin, il reste les «trésors automatiques». Le personnel de la banque n’accède pas directement à la caisse, c’est un automate qui distribue les paquets de billets désirés. «Ces machines sont plus complexes, relève François Bosson: il faut compter entre 1000 et 2000 francs et nous en possédons sept.»
Le lancement du nouveau billet oblige donc les banques à faire des frais. «Ce n’est pas rien», admet le directeur. Sachant qu’à l’échelle du canton, la Raiffeisen dispose de 82 bancomats et 51 points de vente. Ce n’est pas assez toutefois pour compromettre les avantages: «La sécurité de notre monnaie augmente, fait remarquer François Bosson. Et la confiance qu’on accorde à cette dernière, nous en profitons aussi.»


Plus de machines qu’avant
Pour la Banque cantonale fribourgeoise (BCF), le topo est le même : «Nos différents prestataires vont procéder à des adaptations des bancomats, des machines à billets, des appareils de versement (depomat) et des twinsafe (caisse automatique)», énumère Edgar Jeitziner.
Le directeur général de la BCF table, lui aussi, avec des coûts allant jusqu’à 2000 francs suivant le type de machine à adapter, «sans compter les frais internes à la banque». En regard du dernier changement en 1995, le nombre de machines à modifier a fortement augmenté, relève-t-il. «A la BCF, la modification concerne 55 bancomats, 22 twinsafe pour les guichets, 11 depomats, 50 machines à compter les billets et six distributeurs de rouleaux.» Une chance qu’un tel changement ne se produise que tous les quinze à vingt ans.

 

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Ça carbure du côté de Châtel


Si le nouveau billet de 50 francs coûte à certains, c’est qu’il rapporte à d’autres. La période s’avère même prospère pour les fournisseurs spécialisés dans les solutions de traitement de l’argent liquide.
«On vit des semaines plutôt intenses», confie Yannik Dubosson. Le Fribourgeois est «hospitality solutions consultant» chez SCAN COIN SA, un leader de la branche dont le siège social se trouve à Châtel-Saint-Denis (anciennement Sotremo SA). «Au moment où je vous parle, explique le vendeur au téléphone, je m’apprête à livrer une compteuse de billets à la Banque cantonale d’Argovie.»
La machine sort tout juste de l’atelier châtelois où elle a subi d’ultimes réglages en vue de travailler avec les nouveaux billets verts. En Suisse, Scan Coin ne s’attache pas aux bancomats, mais à toutes les autres machines: systèmes en libre-service pour le versement de billets et pièces de monnaie, trésors automatiques, compteuses et trieuses, etc.
La BCF, la Raiffeisen ou encore l’UBS figurent parmi ses clients. Mais aussi des chaînes de restauration, des hôtels, des transporteurs de fonds, des casinos ou des grands noms de la distribution. Car pour certaines entreprises, compter de l’argent… peut coûter cher.
«Dans les grands commerces de détail par exemple, plus personne ne compte à la main», relève Yannik Dubosson. Sa société propose même des appareils capables de distribuer les fonds de caisse en un seul clic. Il en résulte une économie de temps, et donc d’argent, de même qu’une élimination des erreurs de comptage.
Autant dire que les employés de Scan Coin courent d’un client à l’autre ces dernières semaines. «Tout l’enjeu consiste à anticiper le changement. Cela fait plus de trois mois que nous redoublons d’efforts pour que tout soit prêt le moment venu. Après le 12 avril, la situation va se calmer. Nous aurons surtout à traiter des demandes de personnes qui n’ont pas jugé nécessaire de changer leurs appareils et qui vont très vite rencontrer des problèmes.»
Pour la société agréée, le lancement du nouveau billet représente quelque 15000 solutions de traitement de l’argent liquide à mettre à jour ou à remplacer, «parfois manuellement ou entièrement de manière informatique».  
Et l’argent n’a pas fini de faire tourner du monde: mis à part l’introduction progressive des autres coupures suisses, le nouveau billet de 50 euros est, lui aussi, attendu prochainement. YG

 

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Tout beau tout neuf

Le billet de 50 francs en quatre mots clés.
Esthétisme. Les personnages historiques passent à la trappe. Ce qui n’est pas sans avantage. Car le risque avec les héros, c’est qu’au fil du temps, l’opinion publique change à leur sujet. Chez nous, les penchants antisémites du Corbusier (billets de 10 francs) ont défrayé la chronique.
Dans les années 1990 en France, l’impression des billets de 200 francs à l’effigie des frères Eiffel avait été annulée pour cause de passé vichyste. Les nouvelles coupures de la BNS présentent «La Suisse aux multiples facettes». Avec des protagonistes abstraits. Plus consensuels et pas moins beaux.
Sécurité. Au-delà des éléments de sécurité complexes, le nouveau billet peut être facilement authentifié par ses utilisateurs. Si un arc doré se déplace sur le motif central, le test du globe est réussi. Si la croix suisse se transforme en drapeau suisse, le test de la croix est un succès. Si des chiffres rouges et verts apparaissent en inclinant le billet, c’est que vous avez passé le test de la bande. Si vous passez votre doigt sur le dessin de la main et que vous sentez une «impression en taille-douce», c’est définitivement un billet de 50 authentique.
Transition. On pourra continuer à se servir des anciennes coupures comme moyen de paiement. Deux tiers des anciens billets devraient être «naturellement» remplacés dans les six mois. A un moment donné, la BNS rappellera les billets de la huitième série. Après quoi, on pourra encore les échanger à leur valeur nominale pendant vingt ans.
Retard. La nouvelle série a six ans de retard. Reportée pour des ajustements techniques notamment, elle avait connu un autre souci: le vol de quelque 1800 billets de 1000 francs pendant leur phase de production chez Orell Füssli. Celle-ci avait alors dû revoir son système de sécurité. YG

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