Une conjonctivite pas comme les autres, bien plus coriace

| mar, 05. avr. 2016

De nombreux Gruériens ont été touchés ce printemps par une épidémie de conjonctivite particulièrement longue à traiter et handicapante puisqu’elle diminue la capacité visuelle. Témoignage de la Bulloise Isabel Bersier qui, après un mois, sort peu à peu du flou.

PAR SOPHIE MURITH

«Mon médecin m’a prévenue que cela serait long.» Voilà un peu plus de quatre semaines qu’Isabel Bersier déguste. Comme de nombreux Gruériens ces dernières semaines, elle a attrapé une kératoconjonctivite à adénovirus. Un nom barbare pour une maladie très contagieuse et handicapante (lire ci-dessous).
«Comme chaque année, je suis allée consulter mon ophtalmologue parce que je suis sujette aux allergies au pollen. Elles sont arrivées très tôt cette saison. Comme chaque année, mon médecin m’a prescrit des gouttes antibiotiques.» Un traitement de trois semaines dont elle a l’habitude.
«Au bout de dix jours, un collègue me dit: “Tu as les yeux bizarres aujourd’hui.” Je me sentais effectivement bizarre.» Devant le miroir, elle constate que ses paupières commencent à gonfler. Et le lendemain, en se réveillant, ses yeux sont déjà collés par des croûtes.
Dans le doute, la Bulloise retourne chez le médecin. Ce dernier diagnostique une conjonctivite virale, attrapée en plus de l’allergie. Elle est alors prévenue de la conta­giosité de la maladie. «Il m’a conseillé de changer les linges et les draps. Mais contre la conjonctivite, il n’y avait rien à faire, juste à attendre que mon système immunitaire produise les anticorps.»


De longues semaines
En ce vendredi, fatiguée et fiévreuse, Isabel Bersier rentre à la maison. En pensant qu’elle retournera travailler dès le lundi. Ce qu’elle fait, mais à grand-peine. «Chaque jour était pire.» Les deux yeux sont touchés en même temps. Ses paupières gonflent, tout comme le haut de son visage. «Jusqu’aux pommettes et entre les deux yeux aussi. Je ne me reconnaissais pas. C’était comme si je m’étais pris un k.-o. Et je ne voyais rien. Tout était flou. C’était angoissant. Sans la vue, tout demandait un effort particulier. J’étais dans le même état que lorsqu’on souffre de la grippe. Et la lumière était très douloureuse.»
Au bout de deux semaines, physiquement, son état s’améliore. En revanche, sa vision baisse encore. «Je voyais de moins en moins. Il n’y avait pas d’amélioration. Je n’y croyais plus.» Comptable, elle retourne au travail pour assurer les bouclements. Avec ses lunettes de soleil.
Il lui est alors prescrit de la cortisone. «Mon état s’est amélioré. J’avais encore des lancées et les yeux larmoyants. Mais les allergies sont plus irritantes que cela.»
Même après trois semaines, la lumière restait très douloureuse. «Je regardais la télévision avec une casquette et des lunettes de soleil. Je ne supportais pas la luminosité de l’écran.» Durant toutes ces semaines, hormis pour se rendre au travail, Isabel Bersier n’est quasiment pas sortie de chez elle.


Eviter la contagion
Elle est parvenue à pré­server les membres de sa famille, en se tenant à l’écart. «Je changeais tous les jours les linges ou, en tout cas, nous faisions attention de ne pas les partager. J’ai changé la taie de mon oreiller pour éviter que mon mari ne s’infecte en l’approchant. Lorsque je touchais mon visage, je me lavais les mains après. J’ai nettoyé les poignées des portes et aussi désinfecté ma place de travail. Avec un minimum d’hygiène, c’est possible d’y parvenir.»
Au moment de l’entretien, quatre semaines après que la maladie s’est déclarée, elle souffre encore de diplopie, de vision dédoublée. Aux dernières nouvelles, son ophtalmologue a prolongé de trente jours son traitement à la cortisone. «Je suis sous contrôle, car le risque que cela empire de nouveau existe à cause de ces médicaments.»

 

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Un virus très résistant


La kératoconjonctivite à adénovirus est un virus très résistant qui s’est particulièrement développé ces dernières semaines en Gruyère. «Sur la demande de notre service, des médecins nous ont confirmé une présence accrue et surtout une durée plus longue que les années précédentes», confirme Thomas Plattner, médecin cantonal adjoint.
Difficile à dire pourquoi et comment cette maladie apparaît soudain et se propage. «Les interactions entre virus et hôtes sont complexes et souvent peu connues, précise le docteur. En règle générale, une épidémie est causée par un agent pathogène qui circule parmi une population sans immunité ou avec immunité incomplète, voire réduite contre ces micro-organismes, ce qui peut par exemple être causé par une mutation d’un virus. Cela est le cas, chaque année, pour la grippe.»
Comme cette dernière, la kératoconjonctivite à adénovirus connaît un pic en hiver, mais aussi en été à travers l’eau des piscines. Le virus se transmet par le contact direct. Les mains sont donc un excellent moyen de le distribuer. Cela explique pourquoi les cabinets médicaux sont souvent l’endroit le plus favorable pour le contracter. En cause, les revues de la salle d’attente, les poignées de porte, les doigts du personnel soignant ou les instruments.
Sous une forme sèche, le virus peut persister durant cinq semaines. Le malade est contagieux durant trois semaines après les premiers signes d’atteinte. «Il faut rappeler les mesures à prendre: se laver les mains, éviter le contact. Il ne faut pas partager les tissus et utiliser un désinfectant.»


Pas de traitement spécifique
Ce virus, en plus des symptômes d’une conjonctivite normale (photophobie, larmoiement, impression de grains de poussière sous les paupières, rougeur, œdème), va entraîner des complications au niveau de la cornée. Ce sont ces infiltrats qui troublent la vue. Parfois durant plusieurs mois. Il n’existe pas de traitement spécifique contre cette maladie. La prévention reste la meilleure action. SM

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