Etre barbu, ce n’est pas qu’une question de poils

| mar, 03. mai. 2016

De vendredi à dimanche, la Société des Barbus de la Gruyère fête son 75e anniversaire. Un événement qui aura bien évidemment lieu aux Colombettes, à Vuadens. Coup de projecteur sur ces barbus qui ne s’inquiètent pas du temps qui passe.

PAR JEROME GACHET

Il y a Fernand, «le sage philosophe», Jean-Daniel, «le malicieux dévoué», Yvan, «l’artiste», Jacques, «le terrien», et Félix, «la force de la nature». Président du comité d’organisation du 75e anniversaire de la Société des Barbus de la Gruyère, Willy Audergon a un mot pour chacun de ses compères lors de la présentation de la fête à la presse.
Car pour le reste, rien ne distingue un barbu d’un autre barbu. Ils portent tous le bredzon, la ceinture brodée, le loyi (du côté gauche), la canne sculptée (à la main droite), le capet en paille tressée. Détaillé, le code vestimentaire répond à toutes les questions et à toutes les situations. Il prévoit même que le barbu portera le bredzon de Pâques à la Toussaint et le gilet de La Roche de la Toussaint à Pâques.
La barbe est forcément au cœur de ce «règlement». Voici ce que dit sur ce point l’article 3: «Sera accepté comme membre tout homme ayant une barbe fleurie, naturelle et non taillée, la plus longue possible avec les cheveux courts.» Le prétendant devra également venir de la Gruyère, de la Glâne ou de la Veveyse. Une dérogation pourra être obtenue auprès de l’assemblée pour un candidat provenant du reste du canton.
C’est vrai que quand on redécouvre des images du passé, force est de constater qu’un barbu reste un barbu. Les statuts n’ont pas changé d’un poil depuis le 9 mai 1941, jour de leur adoption. Dans ces temps troublés, Henri Naef, alors conservateur du Musée gruérien, voyait dans ce personnage de la montagne une figure rassurante et rassembleuse.


De la terre sous la semelle
Mais ce ne sont pas ces critères formels qui unissent les barbus entre eux. «La règle la plus importante, c’est d’avoir de la terre sous la semelle», expose Fernand Ruffieux, le président de la Société.
La barbe n’est finalement que le symbole de cet armailli qui, là-haut sur la montagne, n’a pas de quoi se raser. Fernand Ruffieux ajoute qu’un peu de «flémingite aiguë» explique aussi ce développement pileux exceptionnel… Car une seule saison à l’alpage ne suffit pas: «Après une année, c’est presque bon et après deux, c’est garanti», décrète en souriant Willy Audergon.
S’ils ne sont pas tous armaillis, les barbus doivent venir de ce milieu et ou en tout cas en avoir adopté la philosophie. Ce sont des défenseurs du monde agricole en général et des traditions alpestres en particulier. «Il faut avoir un grand respect pour les travailleurs de nos alpages. Ce sont aussi eux qui font vivre la région», insiste Fernand Ruffieux.


«Ni buveur ni batailleur»
Mais gare à celui qui s’enflamme. Le barbu, stipule encore l’article 3, ne doit être «ni buveur ni batailleur». La batoille, oui, mais pas la bataille. La Société tient surtout de l’amicale, plaçant la convivialité au cœur de l’association. «On ne laisse jamais tomber nos membres, on les accompagne jusqu’au cimetière», reprend le président. Barbu un jour, barbu toujours.
Quand on leur demande comment a évolué la «corporation» en septante-cinq ans d’existence, la réponse tombe sous le sens. «Ce n’est pas nous qui avons changé, c’est la société», répond Jacques Oberson.


La fameuse saucisse
Forte de 26 membres, la Société a peu fluctué avec le temps. Pour ce qui est des finances, elle bénéficie d’une seule source de revenu: la fameuse saucisse à rôtir! Une saucisse faite maison et dont la qualité explique le succès. «On y met tout le cochon, pas seulement les bas morceaux», souligne un des membres.
Les barbus n’ont donc pas trop de souci à se faire pour leur avenir. A une époque qui ne jure que par l’authenticité et le terroir, leur cote remonte. On ne les a d’ailleurs jamais vus aussi présents dans les publicités ou sur les réseaux sociaux.
De vendredi à dimanche, ils fêteront leur anniversaire aux Colombettes, accueillis par Charles Butty, directeur de Clos-Fleuri. «Dans le berceau du patrimoine fribourgeois et gruérien, là où vibre la merveilleuse mélodie du Ranz des vaches de l’abbé Bovet», se félicite Willy Audergon.


Un vieux rêve
Les barbus ont d’autres projets d’avenir comme différentes présences dans des fêtes ou des girons. Il sera peut-être alors temps de réaliser un vieux rêve, comme le suggère ce farceur de Jean-Daniel Raemy: «Visiter l’usine Gillette.»

 

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Trois jours de folklore


Pour les 75 ans de la Société des Barbus de la Gruyère, il ne faut s’attendre à de la musique alternative. Aux Colombettes, à Vuadens, la programmation sera essentiellement folklorique. Vendredi, dès 17 h, les Potes de Biffé ouvriront les feux, avant de céder le micro à L’Echo de la Tornette et au Trio Wasserfall. La soirée devrait se prolonger jusqu’à «plus soif», selon un des responsables. Reprise samedi matin avec la fabrication de fromage (9 h – 11 h). La journée sera consacrée aux vieux métiers avec des stands de plusieurs artisans. Côté musique, place aux Compagnons du cor, à Marc Charrière et à Janine Music. Peu avant midi, le Chœur-Mixte de la Joux égaillera la partie officielle. Dimanche, enfin, la fabrication de fromage sera également au programme (9 h – 11 h). Jem Grevire, Echo et Co et le Trio de la Veveyse se chargeront de l’animation musicale jusqu’en fin d’après-midi. JG

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