C’est un niet catégorique au projet des remontées

| jeu, 16. juin. 2016

Le Conseil communal de Val-de-Charmey juge intenable financièrement le plan d’affaires présenté. Lors de l’assemblée, il ne proposera que l’octroi d’un crédit permettant d’éviter la faillite à court terme. Les membres du conseil d’administration des remontées annoncent que, dans ces conditions, ils démissionneront.

PAR JEROME GACHET

Voilà une décision qui n’a pas fini de faire couler de l’encre. Lors de la prochaine assemblée, le Conseil communal de Val-de-Charmey ne soutiendra pas le projet élaboré par le conseil d’administration des remontées mécaniques (Télécabine Charmey les Dents-Vertes en Gruyère SA, de son vrai nom).
Le 4 avril dernier, à l’occasion d’une présentation à la population, l’Exécutif avait déjà fait part de ses plus grandes réserves à l’égard d’un plan d’affaires 2016 - 2020 jugé trop onéreux et à l’efficacité douteuse. Car si les autorités ont été renouvelées entre-temps – non réélu, le syndic Félix Grossrieder a été remplacé par Yves Page – les positions n’ont pas changé.


800000 francs par an
Le 27 juin prochain, l’Exécutif ne présentera donc pas la proposition telle que souhaitée par le conseil d’administration des remontées mécaniques. En avril, ce dernier réclamait un soutien financier annuel de 800000 francs sur cinq ans.
Un montant lui permettant de renouveler la concession, mais aussi de financer plusieurs projets d’avenir comme le rachat de Charmey Aventures. N’y figure en revanche plus l’installation de canons à neige, considérée comme non prioritaire.
Mais 800000 francs par an, c’est intenable, assène le syndic (lire encadré). Devant ses concitoyens, il s’en tiendra au strict minimum avec un crédit de fonctionnement de 400000 francs pour 2016, ainsi que de 260000 francs pour la concession du Rapido Sky. Deux mesures qui permettront aux installations de passer l’été, guère plus. «Sans cela, c’est la mise en faillite immédiate de la société», reprend Yves Page.
Le collège souhaitait également accorder une somme de 600000 francs aux remontées afin d’assurer le coup jusqu’à la fin de la saison hivernale 2016 - 2017. Sauf que le conseil d’administration a décliné l’offre, estimant que «seules les requêtes formulées dans le plan d’affaires (…) permettront d’assurer la pérennité de la société». Son autre demande – la création d’une structure commune pour les remontées mécaniques, l’Office du tourisme et le centre de loisirs – a également essuyé un refus.
Dans cette même missive, les administrateurs annoncent que, face à la position du Conseil communal, ils ne se représenteront pas.
Pour l’Exécutif, l’idée est de mettre les remontées mécaniques sous perfusion jusqu’en 2017 en espérant que le canton et le district apportent une aide salutaire d’ici là. Un espoir né le 19 avril dernier quand l’Association régionale la Gruyère (ARG) décidait de créer un groupe de travail planchant sur la régionalisation du tourisme. Car dans la vallée de la Jogne, tout le monde s’accorde sur un point: ce n’est pas aux seuls citoyens de Val-de-Charmey de tout payer.
Il paraît cependant peu probable que l’ARG reprenne le dossier sur ses seules épaules. «Si, aujourd’hui, on demande aux communes gruériennes d’éponger les dettes de Val-de-Charmey, ce sera clairement non, assure Patrice Borcard, président de l’ARG. En revanche, si on leur propose de réfléchir à l’avenir du tourisme dans l’ensemble des stations, elles seront plus ouvertes. Même si elles seront peut-être amenées à prendre des décisions difficiles.»


Problèmes structurels
Très inquiets des conséquences du plan d’affaires sur les finances, Yves Page et les siens doutent aussi de l’efficacité de la stratégie. Ils mettent en avant des problèmes structurels comme une baisse d’intérêt pour les sports hivernaux – 20% de moins en dix ans en Suisse – le réchauffement climatique ainsi que la présence de quatre stations rien qu’en Gruyère. «Je n’ai pas bien compris la politique cantonale en la matière», commente le syndic.


Un même objectif
Il se défend pourtant de vouloir la mort des remontées mécaniques: «Non, au contraire, nous voulons les sauver, martèle-t-il. Si c’était le cas, nous ne proposerions pas le renouvellement de la concession du Rapido Sky. Notre but est le même que celui du Conseil d’administration. C’est la voie choisie qui diffère.»
Sans être très clair sur ses intentions, le nouveau Conseil communal mise plutôt sur «quatre saisons et dix mois verts» que sur le tourisme hivernal, comme préconisé par l’expert Daniel Fischer.
Prochaine étape, l’assemblée communale du 27 juin. En disant oui ce jour-là, les citoyens de Val-de-Charmey maintiendront en vie leurs installations. Mais dans ce dossier émotionnel et complexe, on sera encore très loin d’être sortis de l’auberge.

 

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«Un grand désastre»

Ancien conseiller communal – il avait démissionné à la suite d’un conflit avec le syndic du moment Félix Grossrieder – mais toujours membre du conseil d’administration des remontées mécaniques, Jean-Claude Kolly se dit navré de ce qui arrive. «C’est un grand désastre pour Charmey, mais aussi pour la région et pour le tourisme», déclare-t-il, précisant qu’il ne parle pas au nom du conseil d’administration, celui-ci ne s’étant pas réuni depuis la décision du Conseil communal.
Il regrette surtout que les deux parties n’aient pas réussi à se mettre d’accord pour une solution commune. «Ils se focalisent sur leur planification financière et nous sur les moyens de sauver les remontées mécaniques. La question est de savoir ce que nous sommes prêts à faire pour leur survie.»
Jean-Claude Kolly ajoute que le conseil d’administration a proposé, dernièrement, un crédit de 800000 francs sur trois ans au lieu des cinq demandés initialement. «Le temps minimal pour que l’ARG puisse obtenir des résultats. Mais nous n’avons pas reçu de réponse du Conseil communal.»
Comme ils l’ont annoncé, les membres du conseil d’administration devraient donc démissionner. «C’est a priori ce que nous ferons. Le maintien des installations n’étant assuré que pour une année, je ne vois pas comment nous pourrons faire notre travail», poursuit Jean-Claude Kolly. En cas de démission, reste à savoir qui prendra le relais. Rappelons que le conseil n’a plus de président depuis la disparition tragique de Bruno Charrière. JG

 

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Vers une hausse d’impôts?


Le plan d’affaires des remontées mécaniques? Beaucoup trop coûteux aux yeux de l’Exécutif charmeysan. «De 2011 à 2015, la contribution annuelle s’est élevée en moyenne annuelle à 770000 francs. C’est énorme», motive le syndic Yves Page. Et l’avenir ne s’annonce pas meilleur selon les projections effectuées: «Avec une aide de 800000 francs par année, nous nous retrouverions avec 766000 francs d’excédents de charges en 2018, 1,51 mio en 2019 et 1,92 mio en 2020», expose l’administrateur Jean-François Rime. Val-de-Charmey serait même hors-la-loi dès 2018, les charges dépassant les recettes de 11,4% contre les 5% autorisés.
Une hausse d’impôts de l’ordre de 11% serait dès lors inéluctable en 2018, suivie, probablement d’une deuxième en 2020. Pour ne rien arranger, poursuit le Conseil communal, Val-de-Charmey va au-devant d’années difficiles avec la rénovation de l’école, la protection du bourg historique ou, à l’échelle du district, la construction d’un troisième cycle d’orientation.
Mais cette commune n’est-elle pas assise sur un trésor de guerre? «Nous avons effectivement des réserves, mais elles seraient rapidement avalées, répond le syndic. A terme, cette situation ne sera pas supportable pour nos 2380 habitants.» JG

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