Pour le préfet, le canton devrait s’engager davantage

jeu, 30. juin. 2016

Y a-t-il encore un moyen de sauver les remontées mécaniques de Charmey? Avec l’ARG, Patrice Borcard veut connaître les causes des déficits à répétition de la société avant d’agir. Si les communes gruériennes pourraient s’engager, le canton doit aussi faire partie de la solution.

PAR JEAN GODEL

Rien ne va plus à Val-de-Charmey! Lundi, lors d’une assemblée communale épique, les citoyens, opposés en deux clans parfaitement égaux, ont renvoyé commune et société exploitante à leurs études: ni l’une ni l’autre n’a pu imposer son plan financier pour les remontées mécaniques. Leur conseil d’administration, en place depuis trois ans, a confirmé dans la foulée qu’il ne renouvellerait pas son mandat. Le divorce est consommé (lire en page 2). Le Rapido Sky tournera encore cet été, ensuite, c’est l’inconnu.
Lundi soir, il a beaucoup été question de la responsabilité des propriétaires que sont le canton et les communes gruériennes via l’ARG: en fait, le Conseil communal a construit toute sa stratégie dans le but de les forcer à agir. Un pari risqué tant les inerties sont pesantes.
Préfet de la Gruyère, Patrice Borcard était absent lundi: dans ce dossier, il se réserve le rôle d’autorité de recours. Surtout, il porte aussi la casquette de président de l’Association régionale la Gruyère (ARG), qui étudie la question d’une mutualisation des charges de fonctionnement des remontées mécaniques. C’est à ce titre essentiellement qu’il répond aux questions de La Gruyère.

Une faillite des remontées de Charmey est-elle probable?
Probable, non. Imaginable, oui. Mais nous ferons tout pour l’éviter.

En cas de faillite, que se passerait-il? L’ARG est copropriétaire des installations…
Les propriétaires des remontées de Charmey sont multiples. Télégruyère SA possède le Rapido Sky, Remontées mécaniques fribourgeoises SA, le nouveau télésiège, quant aux skilifts, ils sont la propriété de Télécabine Charmey les Dents-Vertes en Gruyère SA. L’ARG est actionnaire à hauteur de 25% de Télégruyère SA et de RMF SA, l’Etat de 49%.
Si les remontées devaient déposer le bilan, il reviendrait aux propriétaires de trouver de nouveaux exploitants. Mais ceux-ci devront disposer des compétences nécessaires, ce qui limite les possibilités. Cela dit, les citoyens de Val-de-Charmey ont alloué 400000 francs pour payer les salaires de cet été. Et j’ai pris les devants en rencontrant le Conseil communal mardi. J’en ferai de même avec le conseil d’administration des remontées la semaine prochaine.

Que leur avez-vous demandé?
D’abord une proposition au moins pour 2017. Et puis un concept de gouvernance: il s’agit de remplacer l’équipe technique de la société qui est partie de même que le conseil d’administration, lui qui a annoncé son départ. L’autre problème urgent, c’est le renouvellement de la concession du Rapido Sky, devisé à 2,1 millions. Sans solution, il faudra fermer à fin 2017. Or le Rapido Sky est la colonne vertébrale du tourisme de la commune. S’il ferme, il sera très difficile de le faire repartir.

Ni la commune ni la société n’ont les moyens d’un tel investissement…
Le canton a ici une carte: il devrait considérer ce renouvellement comme un investissement. A Charmey comme dans les autres stations.

Que se passe-t-il à Charmey?
Il convient de clarifier les véritables causes des déficits récurrents des dernières années. Nous avons besoin d’une radiographie du fonctionnement de la société. C’est l’un des buts du groupe de travail que j’ai institué au sein de l’ARG.
Trois commissions ont été créées. Elles se pencheront sur toutes les stations gruériennes. La première étudiera la gouvernance des sociétés et les synergies possibles. La deuxième explorera le potentiel du tourisme hivernal, l’idée étant, comme l’a fait le canton de Vaud, de présenter une carte des investissements à réaliser, mais aussi des fermetures à envisager.
La troisième, enfin, devra tirer les conséquences de ce qui précède en proposant un concept du tourisme régional qui mettrait l’accent sur les activités estivales. Nous devons trouver des solutions pour l’ensemble des stations. C’est un travail qui aurait dû être fait il y a quelques années déjà. Là, nous devons l’entreprendre dans l’urgence.

Lundi, les autorités de Val-de-Charmey ont insisté sur les responsabilités des propriétaires. L’ARG est-elle prête à financer une part du fonctionnement des remontées mécaniques?
N’inversons pas les rôles! Les règles de financement actuelles de l’ARG lui permettent de ne subventionner que des investissements, pas des déficits d’exploitation. La seule structure capable de le faire à ce jour est l’Association intercommunale sports en Gruyère.

L’AISG, qui réunit aussi les communes du district, pourrait prendre en charge une partie des déficits des stations gruériennes?
Oui. Mais il faudrait en changer les statuts, car ils ne prévoient de soutien qu’à trois piscines et à une patinoire. Cette réorientation suscitera évidemment le débat.

Et le canton, que doit-il faire? Lundi, il lui a beaucoup été reproché de ne pas assumer sa responsabilité de propriétaire…
En plus du renouvellement des concessions, il a une carte à jouer dans la réorientation des stations vers un tourisme estival pensé de manière cohérente à l’échelle de la région. Quant à couvrir des déficits, on peut toujours rêver…

Peut-il garder encore le silence?
Le conseiller d’Etat Beat Vonlanthen approuve les démarches entreprises par le district. Mais cela ne suffit pas. Le canton doit agir davantage et ne pas s’en tenir aux règlements en vigueur, même s’il a beaucoup investi. Il doit tenir compte de l’évolution des conditions de manière à ce que les investissements consentis soient assurés de pérennité. Nous devons trouver ensemble une solution, il en va de l’avenir des régions. Le canton doit donc entrer en matière pour définir une palette plus large des interventions possibles. Car les remontées mécaniques sont déficitaires par nature.

Et elles, que doivent-elles faire?
Pour elles, cela n’ira pas sans davantage de collaborations. Mais il faut s’attendre à des réticences de la part de celles qui fonctionnement mieux. Cela dit, à plus ou moins long terme, les changements climatiques les obligeront à revoir leur mode de fonctionnement hivernal. Toutes ne pourront se maintenir telles quelles, toutes rencontreront progressivement des difficultés.

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