«Je me suis battu pour donner l’exemple, pas des leçons»

| mar, 26. jui. 2016

Non retenu pour les jeux Paralympiques de Rio, en septembre, Jean-Marc Berset a décidé de tourner la page de sa carrière en handbike.
Si le Bullois de 56 ans se dit «déçu» de sa sortie, il préfère retenir les bons moments. Des Mondiaux aux Jeux, de médaille en médaille.

 

Par Quentin Dousse

Il a donc fallu attendre sept ans, dix médailles mondiales dont deux aux jeux Paralympiques pour voir Jean-Marc Berset «sortir de ses gonds». Ou presque. C’était mercredi dernier, jour même où le Bullois apprenait sa non-sélection en équipe de Suisse pour les Jeux de Rio, qui commencent le 7 septembre prochain. A 56 ans, ce rendez-vous devait marquer l’heureux épilogue de sept ans de carrière en handbike, sans oublier son passé plus lointain en fauteuil roulant et ses trois JO (en 1988, 1992, 1996, avec une médaille d’argent et deux de bronze à la clé). Le boulanger avait pour sûr rêvé de soigner sa sortie à Rio, sur son sable fin et sous l’œil de son Christ rédempteur. Et ce, «même s’il s’y serait rendu sans espoir de médaille» sur un parcours trop plat pour ce montagnard du trois-roues.

Tenu éloigné de sa machine les quatre premiers mois de cette année par une inflammation, le Gruérien s’est efforcé d’y croire, malgré des minima (premier quart du classement sur les courses sélectives) non atteints. Ses deux compétitions en 2016 n’ont pas suffi, Swiss Paralympic lui préférant le Zurichois Lukas Weber pour la place disputée de quatrième Suisse. «Plus que la reconnaissance, j’attendais surtout l’équité sportive. Cette année, Lukas Weber n’a ni couru en compétition ni satisfait les critères de sélection. Alors pourquoi n’a-t-on pas organisé une confrontation en contre-la-montre, avec le billet pour Rio promis au meilleur de nous deux?» interroge-t-il.

Qu’importe – «ce n’est finalement que du sport» souffle-t-il – Jean-Marc Berset veut tourner la page. La page d’une carrière jalonnée de succès, mais aussi de blessures et de passages à vide ces deux dernières saisons. Le sport de compétition est désormais derrière lui. Les croissants enfournés, ce boulanger du chef-lieu a accepté de jeter un coup d’œil dans le rétro.

Tout d’abord, comment vous sentez-vous, quelques jours après votre non- sélection à Rio?
Il faut encore digérer la situation. Etre jeté comme un torchon, après les médailles (n.d.l.r.: huit dont cinq d’or aux Mondiaux, une d’argent et une de bronze aux Jeux de Londres en 2012) que j’ai amenées au pays en handbike, c’est forcément décevant. Début juin, à l’arrivée de ma dernière course à Lucerne, je me sentais bien malgré mes deux 7es places. Même si j’ai vécu une année pénible, je suis revenu et j’ai repris espoir. J’étais confiant en vue d’une décision positive pour Rio. Et, au final, ça se termine avec rien.

Avez-vous pensé à poursuivre votre carrière en handbike?
Non, à aucun moment. Pour moi, la donne était claire: ces Jeux 2016 devaient signifier la fin de ma carrière. La compétition, désormais, c’est terminé pour moi. Je continuerai par contre à rouler, pour le plaisir, pour maintenir le corps et l’esprit. Car le sport est plus que jamais inscrit dans mes gènes.

Si vous deviez ne retenir qu’un seul moment fort de votre carrière, lequel serait-il?
Sans aucun doute, ma médaille d’argent dans la course en ligne aux jeux Paralympiques de Londres, en 2012. Deux jours auparavant, j’avais terminé seulement 5e du contre-la-montre. Je me suis alors dit que je devais me faire «péter la caisse comme jamais». Pour me rattraper, ne pas décevoir ma famille et mon fan club. Je me rappelle une course à élimination. Nous n’étions plus que trois avant la dernière montée. Et là, tellement j’étais heureux, j’ai hurlé de joie sur mon handbike avant même d’avoir franchi la ligne d’arrivée. Même si j’ai été battu au sprint par l’Autrichien Walter Ablinger, cette médaille d’argent valait de l’or. C’était le graal.

A l’inverse, quelle est votre plus grande déception?
Ce cinquième rang lors du contre-la-montre à Londres, justement. Le terrain correspondait à mes qualités et je sortais de trois ans où j’avais tout gagné (n.d.l.r.: cinq fois l’or et une fois l’argent lors des Mondiaux 2009, 2010 et 2011). J’évoluais un cran au-dessus. J’étais tellement confiant, sûr que je pouvais l’emporter avec un seul bras. Après cinq kilomètres, on m’informait que j’avais 30 secondes de retard. C’était bien la première fois qu’on m’annonçait du retard. Je n’étais jamais rentré dans la course, et dès cet instant, c’en était terminé. Cette désillusion m’a toutefois servi pour la course en ligne du vendredi.

Un échec en guise de leçon. Quelle est d’ailleurs la leçon que vous retiendrez de votre carrière?
J’ai appris que rien n’est jamais acquis dans le sport de haut niveau. Le statut de favori ne suffit pas et ne fait en tous les cas gagner aucun titre. En sept ans de compétition de handbike, j’ai toujours tenu à rester humble. Dans la victoire, qu’il faut apprécier sur un court laps de temps, comme dans la défaite. C’est la clé pour durer dans le haut niveau.

Beaucoup parlent du handisport comme un combat, pour les titres, mais aussi pour la cause. Est-ce votre cas?
Je me suis constamment entraîné pour lutter avec les meilleurs, donc je n’ai jamais pu occulter l’aspect de la compétition. Mais c’est effectivement un combat en faveur de notre sport, parce que c’est bien du sport à part entière. Pendant vingt ans, si l’on
remonte à mon passé en fauteuil roulant, j’ai tout donné pour faire véhiculer la meilleure image. J’ai démontré qu’il était possible de réaliser de belles choses malgré le handicap. Je me suis toujours battu pour donner l’exemple, mais jamais des leçons. Durant ma carrière, plusieurs personnes m’ont dit avoir repensé à moi lorsqu’elles traversaient des périodes difficiles. Cette reconnaissance, c’est sans doute la plus belle des «médailles» que j’ai pu remporter durant ma vie de sportif.

 

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