Des travaux d’utilité publique pour une première intégration des requérants d'asile

| mar, 05. jui. 2016

Une équipe de huit requérants d’asile du centre de Grandvillard ont épierré ces derniers jours des pâturages au-dessous des Vanils. Depuis deux mois, un projet de travaux d’utilité publique est mis en place conjointement avec la commune et son triage forestier. Reportage.

PAR CHRISTOPHE DUTOIT


Après quelques minutes de marche, Sumeya* marque un temps d’arrêt. Le souffle doublement coupé. D’abord, la jeune Ethiopienne n’a pas l’habitude d’escalader les raides pâturages gruériens, rendus d’autant plus glissants par la forte rosée matinale. Mais surtout, la requérante d’asile installée à Grandvillard est estomaquée par la beauté du paysage qui s’offre sous ses gros souliers de circonstance, cinq tailles au-dessus de son 39 habituel.
Il faut reconnaître que l’Intyamon s’est mis sur son 31 en ce matin d’été ensoleillé. Sous un ciel bleu roi, les contreforts du Vanil-Carré offrent une vision de carte postale. Quelques pas plus haut, Sumeya et ses sept camarades remontent l’avalanche du Nez-de-Saint-Jacques, dont les dernières traces finissent de fondre sous un soleil enfin chaleureux. «Regardez, je n’ai jamais vu une aussi grande boule de neige», dit-elle dans un anglais compréhensible de tous. Pour toute réponse, elle reçoit des éclats de rire, avant que ne s’engage une amicale bataille, comme à l’heure de la récré.
Depuis le 26 avril, le centre pour requérants d’asile de Grandvillard a mis sur pied une équipe chargée de travaux d’utilité publique (TUP) en lien avec la commune et son triage forestier. Le but du jour est d’épierrer le pâturage communal du Gros Liéry en compagnie de Fatima, éducatrice pour ORS Service, la société chargée de la gestion du centre.

L’expérience de Vallorbe
Déjà lorsqu’elle travaillait au centre de Vallorbe, Fatima avait participé à la création des premiers TUP avec les requérants. «Nous avons commencé par nettoyer les abords de la gare. Comme cela s’est bien passé, nous avons élargi notre rayon au village et à ses forêts. Les habitants étaient très contents de notre travail.»
Forte de cette expérience, l’éducatrice et son collègue Bruno ont proposé cette idée à Grandvillard. «Tout le monde y gagne, explique de son côté le forestier communal Alex Beaud, qui leur prépare le programme. «Ils sont très autonomes. Je leur montre les tâches le matin et ensuite ils se débrouillent tout seuls. Tout se passe très bien. On voit qu’ils ont envie de bien bosser. Parfois, ils ont fini plus rapidement que ce que prévoyait mon listing!»
Ainsi, à raison de trois à quatre jours par semaine, une équipe de huit requérants se met au travail: entretien du sentier botanique, réfection des escaliers en bois qui mènent à la grotte de Lourdes, nettoyages du village. «Même les jours de pluie, ils ont fait leur tournée.»

«J’ai envie de m’intégrer»
«C’est un projet win-win, confie Fatima. Nous ne prenons que les volontaires qui ont déjà participé à des tâches communes dans le centre. Ces TUP nous permettent d’occuper leurs journées, ça évite qu’ils ressassent leurs histoires et ça les fatigue: on a vraiment tout à y gagner de mettre en place ces actions.» Un avis partagé par Karim*, un maître nageur originaire de la région de Carthage, en Tunisie. «Au centre, on dort et on se chamaille, rigole dans un français impeccable celui qui se dit “descendant d’Hannibal”. Moi, j’ai envie de m’intégrer ici. J’ai envie de fonder une famille. J’ai envie de travailler.» Alors, le torse dénudé sous le soleil de plus en plus chaud, il ne rechigne pas à épierrer le pâturage. Pour un défraiement quotidien de 30 francs.
Tout comme cet Arménien, ces Algériens ou Mariam*, cette jeune Malienne qui trouve drôle qu’on doive enlever les pierres pour satisfaire les touristes. On lui explique que c’est surtout pour que l’herbe repousse afin que les vaches mangent en
suffisance. «Des vaches à cette altitude?» demande-t-elle, tout en goûtant avec curiosité les plantes alentour. «Est-ce qu’elles produisent plus d’un litre de lait par jour comme au Mali?»
L’heure de la pause de midi a sonné. Enfin, pour trois membres de l’équipe seulement, puisque les autres sont en pleine période de ramadan. Malgré l’effort et la chaleur, ils s’étendent à l’ombre sans manger ni même boire un filet d’eau. Malgré la sueur, Salif* a sorti son tasbih – son chapelet musulman – et prie à voix basse. Puis il se couche à son tour et écoute de la musique africaine sur son portable.

Des gens formidables
Il est temps de retourner sur le chantier du jour. La brigade s’éparpille sur le flanc de l’alpage. «En général, nous croisons des personnes formidables dans le centre, reprend l’éducatrice Fatima. En proportion, il y a beaucoup plus de gens bien que de gens mauvais. A Vallorbe, certains habitants baissaient la tête pour ne pas avoir à nous dire bonjour. Puis, après avoir démarré les TUP, ils ont commencé à nous dire merci. Il nous a fallu de la patience.» Elle marque elle aussi un temps d’arrêt. «J’apprends beaucoup au contact des migrants. Même quand ça rouspète! Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac. Beaucoup essaient une nouvelle vie. J’ai rencontré des gens très instruits qui ont dû quitter des super situations à cause de la guerre. J’ai aussi rencontré beaucoup de jeunes filles qui sapent leur vie durant le trajet. Moi, je suis d’origine portugaise. Les migrations ont toujours existé. Les gens ont toujours voulu bouger.»
Depuis les pâturages des Vanils, la Gruyère est resplendissante et personne ne semble se lasser devant pareil tableau. En secret, tous espèrent sans doute que la Suisse devienne un jour leur terre à eux aussi.

* prénoms d'emprunt

 

Commentaires

j'admire la Suisse pour son esprit civique et généreux Merci pour l'exemple de politique sociale intelligente

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