Visite guidée au cœur du mythe Charlot

| sam, 16. jui. 2016

Visite guidée au cœur du mythe Charlot Dernière demeure de Charlie Chaplin, le Manoir de Ban, à Corsier-sur-Vevey, est désormais ouvert au public. Trois mois après son inauguration, Chaplin’s World dit avoir trouvé son public. Visite privilégiée en compagnie de Flavien Droux, programmateur d’Ebullition et fan de Charlie Chaplin depuis son enfance.

PAR CHRISTOPHE DUTOIT


exposition. Tout le monde connaît Charlie Chaplin, son personnage de Charlot le Vagabond, si drôle avec sa canne et son chapeau melon, si burlesque lorsqu’il botte les fesses d’un policier. On croit tous connaître Chaplin, sans forcément savoir que le maître a vécu les vingt-cinq dernières années de sa vie au Manoir de Ban, à Corsier-sur-Vevey. La résidence somptueuse, transformée en musée Chaplin’s World, a ouvert ses portes au public le 16 avril dernier.
Ce jour-là, Flavien Droux figurait parmi les premiers visiteurs. Fan de Charlie Chaplin depuis son enfance, le programmateur d’Ebullition n’aurait raté pour rien au monde ce moment privilégié. Trois mois plus tard, il a accepté de servir de guide à La Gruyère.


Selfies avec Chaplin
Contrairement à l’usage, la visite débute par le manoir lui-même, où Chaplin et sa famille ont emménagé en janvier 1953. Pas d’autoroute à l’époque, mais déjà un splendide panorama sur le Léman et le Grammont. «Il ne s’était pas rendu compte de la présence d’un stand de tir, qu’il a vainement tenté de faire fermer», raconte Flavien Droux. On grimpe les marches du perron, avant d’être accueilli par Charlie
Chaplin en personne. Enfin, en statue de cire, puisque le musée Grévin est partenaire du projet. Contrairement à tous les visiteurs, on ne prend pas de selfies avec lui.
Au Manoir de Ban, Chaplin a écrit Un roi à New York (1957), dans lequel joue son fils Michael, lui-même établi en Gruyère. «Ce film lui a permis de véritablement rencontrer son père. A cette époque, leur relation était tendue», explique Flavien Droux, qui s’entretient régulièrement avec lui en ville de Bulle. «J’ai même réussi à le faire rire. C’est incroyable: fai-re rigoler le fils de celui qui m’a tant fait rire dans ma vie. Je devrais le signaler dans mon C.V.»
On passe le hall. Pas sûr que les Biens culturels (et accessoirement les descendants de Charlot) apprécient la peinture bleu foncé des parois. Dès la première alcôve, on remonte le temps: l’arrivée de Chaplin en Suisse, sa vie «mondaine» à Corsier, ses visites au cirque Knie. Plus loin, la seconde pièce évoque son bannissement des Etats-Unis après avoir été accusé d’accointance avec le communisme par le sénateur McCarthy. «Depuis le krack boursier de 1929, Chaplin a de plus en plus politisé ses films. Son regard sur la société dans Monsieur Verdoux (1947) ou sa critique du capitalisme dans Les temps modernes (1936) n’ont pas plu à tout le monde.»
La visite se poursuit par la bibliothèque, où le cinéaste a écrit son autobiographie, Histoire de ma vie (1964). Mais aussi le scénario de The freak, le film qu’il n’a jamais tourné. «J’apprécie beaucoup qu’il n’y ait pas de barrières, analyse Flavien Droux. On peut toucher son bureau, on est vraiment dedans.» Quelques pas plus loin, on entre dans le salon. «Chaplin y jouait du piano. Il avait appris la musique en autodidacte et il a composé la plupart des musiques de ses films.» Dans une vitrine, le violon acheté à ses 16 ans.


Einstein et Hitler
On monte à l’étage. Au mur, un kaléidoscope d’images familiales, la plupart prises par Yves Debraine, le photographe attitré des Chaplin. «A cause de la foule, on n’a toujours pas le loisir de lire tous les cartels.» Tant pis.
Dans la salle de bain (!), on découvre l’amitié qu’entretenaient Charlie Chaplin et Albert Einstein. Deux des personnalités les plus marquantes du XXe siècle. On repense au Dictateur (1940) et à sa caricature d’Hitler, autre personnage clé du siècle passé. «Hitler et Chaplin sont nés à quatre jours d’intervalle et tous deux portaient la moustache», note au passage Flavien Droux. Il paraît que le Führer aurait visionné le film à deux reprises. Pas sûr qu’il ait ri.
On tombe sur la scène reconstituée de la baignoire dans Un roi à New York, «Je trouve un peu glauques ces statues de cire, avoue notre guide. Je ne suis pas sûr que ça aurait fait plaisir à Chaplin de se retrouver ainsi empaillé, lui qui était toujours en mouvement.» Puis, on atteint la chambre à coucher. Un écran diffuse la fameuse scène avec Buster Keaton dans Les feux de la rampe (1952).
A Corsier-sur-Vevey, Chaplin dit avoir vécu les plus belles années de sa vie. «On a vraiment l’impression de passer un après-midi chez lui. Sauf que, si c’était vraiment le cas, il aurait ouvert les fenêtres.» Il est vrai que ces filtres noirs aux vitres font penser à une maison hantée. «Ils auraient dû mettre des rideaux…»


Projections et pique-nique
Moment d’émotion. Nous arrivons sur la fameuse terrasse, où «il passait tant d’heures à contempler le paysage». On se réjouit que le musée organise davantage d’événements dans le parc. «Imaginez des projections sur écran géant, on s’en prendrait plein la figure. Ou un immense pique-nique. Le lieu était très animé à l’époque.»
On se déplace jusqu’au Studio, ce bâtiment cubique cons-truit aux abords. Flavien Droux confesse sa passion pour l’œuvre de Chaplin. «J’aime sa double lecture. Enfant, tu ris aux blagues de Charlot, à ses facéties, à sa gestuelle. Adulte, tu comprends ses messages: lors-qu’il botte le cul à un flic, tu piges qu’il défie l’autorité. J’ai dû voir ses films des centaines de fois. A chaque fois, je redécouvre des nouvelles choses. Comme à l’écoute des meilleurs disques.»
Nous entrons dans la salle de cinéma et on verse une larme à l’évocation de ses films. Puis l’écran se lève sur le véritable décor d’Easy Street, cette fameuse rue qui apparaît dans plusieurs films, à mi-chemin entre le vieux Londres de son enfance et le New York de son arrivée aux Etats-Unis.
On descend dans la reconstitution d’un plateau des débuts du cinéma. «Ça fait un peu Disneyland», remarque Flavien Droux à l’approche de la cabane de La ruée vers l’or (1925) ou de la chaise du barbier du Dictateur. Là encore, les statues du musée Grévin sont plantées dans le décor pour le plus grand plaisir des visiteurs qui s’égoportraitisent avec la fleuriste aveugle des Lumières de la ville (1931) ou dans sa fameuse scène du restaurant. Plus loin, on croise même Michael Jackson, dont le titre Smile reprenait le thème musical des Temps modernes. «Là, on frôle carrément le placement de produits…»


#CharlieChaplin
«Ils font tous la même photo qu’ils publieront sur les réseaux sociaux avec le hashtag #CharlieChaplin», regrette Flavien Droux. Une forme de marketing contemporain que le musée 2.0 a très bien anticipé. En effet, Chaplin’s World colle parfaitement avec son temps. L’expographie mélange réel et virtuel, objets précieux (le costume de Charlot acquis à prix d’or) et écrans, expérience divertissante et découverte culturelle. Tout cela reste quand même très «grand public».
Nous terminons le parcours avec la fameuse danse des petits pains de La ruée vers l’or. «Dans certains cinémas, les spectateurs applaudissaient tellement que les projectionnistes rembobinaient le film pour repasser la scène.»
Même si elle ne manque pas d’émotion – et parfois un peu de folie – la visite s’achève sur un constat: on meurt d’envie de revoir tous les films de Chaplin.

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