De la chanson rock et lettrée aux couleurs d'aujourd'hui

| mar, 30. aoû. 2016

Avec leur rock poétique, à la fois sophistiqué et sauvage, les Parisiens de Feu! Chatterton constituent une des sensations françaises du moment.
A quelques jours de leur concert aux Francomanias de Bulle (qui débutent demain), entretien avec Sébastien Wolf, guitariste et claviériste du groupe.

Par ERIC BULLIARD

BULLE. Trois camarades de lycée, bientôt rejoints par deux autres. Ils ont des lettres et de l’énergie, aiment autant Baudelaire et Les chants de Maldoror que Pink Floyd et Radiohead. Devenus l’une des jeunes formations françaises les plus en vue du moment, les cinq Parisiens de Feu! Chatterton monteront samedi sur la scène de l’Hôtel de Ville. Leur rock lettré viendra clore les Francomanias de Bulle, porté par la voix doucement éraillée du charismatique chanteur-poète Arthur Teboul.
Leur nom s’inspire de Thomas Chatterton, archétype du poète romantique et maudit, qui s’est suicidé à 17 ans, en 1770. Depuis le clip de La mort dans la pinède, posté sur Youtube en 2012, la réputation de Feu! Chatterton n’a cessé de croître au fil de concerts intenses, puis d’un premier album, Ici le jour (a tout enseveli), sorti en octobre. Coup de fil à Sébastien Wolf, guitariste et claviériste.

Que représente la scène, pour un groupe comme Feu!Chatterton?
Sébastien Wolf: C’est par la scène que nous nous sommes fait connaître, à travers énormément de petits concerts, dans des bars à Paris et en banlieue. Nos morceaux ont été forgés comme ça et c’est pour cette raison que nous avons décidé d’enregistrer les deux EP et l’album en condition scène, c’est-à-dire en enregistrant basse, batterie, les guitares et la voix en même temps. Ce qu’on aime dans la musique, ce sont les erreurs, les aspérités et parfois la grâce qui peut naître d’un instant. Et ça, on le trouve sur scène.

N’est-ce pas paradoxal d’apprécier les erreurs et les aspérités, alors que vous passez pour un groupe pointilleux, perfectionniste?
On est très perfectionniste dans l’écriture, mais ça n’empêche pas une interprétation faite d’aspérités, d’irrégularités dans le rythme, dans le jeu. Nous ne sommes pas du genre à dire: «On a une grille d’accords et un texte, on enregistre!» Non: dans la phase d’écriture et d’arrangements, on peut passer énormément de temps au niveau du texte comme de la musique, avec beaucoup de débats entre nous cinq, jusqu’à choisir les bons arrangements et préciser ce que chaque musicien va jouer.

Avec Fauve, La Femme ou, plus récemment, Grand Blanc, Radio Elvis, Flavien Berger, vous incarnez un nouveau souffle dans la chanson-rock en français, à tendance littéraire: vous sentez-vous appartenir à cette famille?
Ce qui relie tous ces grou­pes – et on pourrait ajouter Lescop – c’est la musique tournée autour du texte. Mais les styles sont différents: Fauve est plus influencé par le hip-hop, Flavien Berger par la musique électronique, La Femme ou Grand Blanc par les années 1980. On ne revendique pas de faire partie d’un mouvement, mais il y a un retour de l’intérêt du public et des médias envers la musique faite en français. Ce qu’on adore, c’est emmener les gens dans des univers et, pour toucher le public français, la langue française reste ce qu’il y a de mieux.
Dans les années 2000, on disait que la chanson ou le rock en français était mort, alors que des groupes existaient, mais ils n’intéressaient personne. Là, il y a une vague qui intéresse les gens. Je pense que Fauve a ouvert cette voie: nous ne nous réclamons pas de sa musique, mais il a réussi à drainer un public avec une puissance évocatrice dans les textes et l’énergie de ses morceaux.

La particularité de ces groupes, c’est surtout le côté plus clairement littéraire…
Je pense que c’est propre à la chanson depuis longtemps, il y a eu Gainsbourg, Bashung, Noir Désir ou Léo Ferré… On ne fait que s’inspirer de ces grands maîtres en les mélangeant à nos goûts musicaux actuels, qui sont le rock et la musique électronique.

L’intérêt de votre démarche, c’est aussi que ce lyrisme demeure au service d’histoires à raconter, ancrées dans la vie quotidienne…
Ce n’est pas du tout pensé, mais c’est le propre des paroliers et des écrivains: il y a dans la vie quotidienne des choses très belles et il suffit de la regarder un peu de biais pour trouver celles qui nous touchent. On vit par exemple une histoire d’amitié à l’adolescence avec un ami qui part à l’étranger et à son retour deux ans après, cette amitié est cassée. C’est le genre de choses qui arrive à beaucoup de monde, qui nous touche, on le raconte dans une chanson qui devient A l’aube.
Dans Côte Concorde, il s’agit de faits d’actualité: le même jour, un vendredi 13, la France perd son triple A, il y a le naufrage du Costa Concordia et on est en pleine affaire Strauss-Kahn, dans les marasmes d’une forme de capitalisme qui vogue à sa perte…

Le chanteur et parolier Arthur Teboul se fait aussi remarquer par son look de dandy suranné, avec costard et fine moustache: est-ce essentiel pour un groupe, aujourd’hui, de soigner à ce point son image?
C’est venu naturellement. Arthur a toujours aimé s’habiller de manière soignée et le costume trois pièces tient aussi au fait que, dans la scène et le rapport au public, il voit une forme de solennité. Avec le costume, celle-ci peut paraître un peu pompeuse, mais, dans la chanson française classique, Brel et beaucoup d’autres le portaient.
Du coup, on nous a collé cette étiquette de dandy, qu’on aime bien, parce qu’on y met de l’ironie. Les grands dandys du XIXe siècle, comme Barbey d’Aurevilly ou Huysmans, avaient un regard critique et ironique sur leur temps. Ils mettaient beaucoup de sérieux dans leurs attributs, mais, en réalité, c’était pour mieux en rire. Dans notre nom, dans nos textes, on peut voir des doubles sens et c’est un peu pareil dans le costume.

Pour vous, personnellement, c’est particulier de venir jouer en Suisse…
Oui, mon père est suisse et je suis très content d’y revenir. Nous n’avons pas joué si souvent, mais à chaque fois nous avons eu un super accueil. En plus, ma famille de La Chaux-de-Fonds descend des montagnes pour venir voir les concerts… Cet été, on était à Montreux et c’était une étape marquante, parce que c’est un festival mythique. Mais on a aussi joué à Paléo, aux Docks, à FestiNeuch… Couleur 3 nous a beaucoup soutenus au moment de la sortie de notre premier EP. On est donc super contents de venir à Bulle. Et puis, on va visiter le château de Gruyères: je vais pouvoir faire découvrir au groupe le vrai gruyère!

En concert à l’Hôtel de Ville,
samedi 3 septembre, 23 h 15

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