Grandvillard n’est pas devenu Guantanamo, bien au contraire

| sam, 20. aoû. 2016

Au camp militaire de Grandvillard, le centre d’hébergement temporaire pour demandeurs d’asile referme ses portes. Confédération, canton et commune tirent un bilan positif de ces sept mois. Même son de cloche du côté des habitants. Par ailleurs, le canton enregistre presque trois fois moins d’arrivées de migrants cet été que le précédent.

PAR YANN GUERCHANIK

A Grandvillard, la fête du 1er Août s’est distinguée par la présence d’un invité remarquable. Au côté du syndic Daniel Raboud, Koffi Nyamedi est venu s’adresser à la population. Il a 28 ans, vient du Togo, il a séjourné dans le village, au centre d’hébergement temporaire pour requérants d’asile, avant de trouver refuge au foyer de Grolley. Koffi Nyamedi sur l’estrade, un jour de Fête nationale: tout un symbole.
Le signe que les choses ne se sont pas trop mal passées ces sept derniers mois. Loin des inquiétudes et des préoccupations sécuritaires qui avaient émergé lors de la soirée d’information du 20 janvier dernier. Comme prévu, le centre fédéral referme ses portes. Les derniers requérants quitteront le camp militaire ce week-end. L’heure est au bilan.
Et ce dernier a de quoi tranquilliser les esprits. «L’exploitation ainsi que la collaboration entre tous les acteurs se sont bien déroulées. Des contacts réguliers avec les autorités locales ont eu lieu. Aucun incident majeur n’est à déplorer», affirme Martin Reichlin, responsable suppléant de la communication auprès du Secrétariat d’Etat aux migrations.


Une preuve d’ouverture
Du côté des autorités fribourgeoises, le constat est identique: «Quand bien même le canton n’était pas responsable de la gestion de ce centre, nous sommes très satisfaits de la façon dont les choses se sont déroulées, se félicite la directrice de la Santé et des affaires sociales Anne-Claude Demierre. J’ai visité les lieux en juillet et j’ai pu constater que tout était parfaitement organisé.»
On devine un certain soulagement ainsi qu’une pointe de fierté chez la conseillère d’Etat: «La région s’est montrée ouverte. Je suis particulièrement touchée par le fait que la population s’est impliquée au travers d’actions bénévoles. Des travaux d’utilité publique ont également été proposés aux requérants (La Gruyère du 5 juillet). Lorsque la commune s’engage, cela rend les choses possibles.»


Réactions au village
A Grandvillard, l’épisode s’achève dans le calme, pour ne pas dire dans l’indifférence. «A la Grotte et à la place du Saudillet, où les requérants aimaient à se prélasser, on a connu quelques problèmes de déchets au début. Mais cela s’est vite réglé», confie le syndic Daniel Raboud.
Du bout des lèvres, certains habitants du village se félicitent de ne «pas les avoir vus beaucoup». Parmi les témoignages plus chaleureux, des Grandvillardins regrettent au contraire de ne pas avoir eu la possibilité d’entrer davantage en contact.
C’est qu’un centre fédéral ne connaît pas le même fonctionnement qu’un foyer comme celui des Passereaux à Broc. Les séjours y durent au maximum nonante jours, mais généralement entre vingt et trente. Alors qu’ils durent en principe entre trois et six mois, voire davantage, dans un foyer cantonal. Dans un centre fédéral, les entrées et les sorties sont strictement contrôlées et seules les personnes hébergées y ont accès.
Leur vie est rythmée par les obligations administratives, les tâches inhérentes au bon fonctionnement du centre et les différentes activités proposées, tels des cours de langues. L’horaire n’est libre que de 9 h à 17 h. Autour d’eux, un important dispositif de sécurité est déployé. En l’occurrence, le Service d’Etat aux migrations avait engagé la société Securitas SA. Les agents ont notamment accompli des rondes dans le village.


Passé la méfiance
Koffi Nyamedi aura vécu trois mois au centre de Grandvillard. «Nous avons connu un épisode de varicelle et les résidents n’ont pas pu être transférés durant une certaine période. Pour moi, les choses se sont bien passées. Mais pas pour d’autres.» Il entend par là les non-entrées en matière, les renvois vers les pays d’où les migrants viennent d’arriver ou les fuites vers un autre ailleurs, un de plus.
Si le Togolais témoigne de quelques disputes survenues au centre, il relève avant tout «l’expérience humaine enrichissante»: «J’ai rencontré beaucoup de gens différents.» Quant au village, l’accoutumance s’y est faite lentement. «J’ai senti de la méfiance, une peur de l’étranger. Je comprends cela: des gens viennent chez vous comme ça, ce n’est pas facile. Mais, peu à peu, des habitants se mettent à parler avec vous, ils sont très sympas.»
Les cent huitante lits que comptait le centre n’auront pas tous été occupés: «La présence moyenne était d’une centaine de personnes, toutes nationalités confondues», indique Martin Reichlin. Et le porte-parole d’expliquer que la situation en matière d’asile reste «volatile» et le besoin de nouveaux hébergements «toujours d’actualité».
«Le Secrétariat d’Etat aux migrations est en contact permanent avec le Département fédéral de la défense, les cantons et les communes concernées pour identifier les infrastructures adéquates disponibles. Les cantons et la Confédération ont convenu en avril 2016 que 6000 places d’hébergement devaient être assurées au niveau fédéral pour faire face à la situation.»
Pas de nouvelle occupation du camp de Grandvillard pour autant, assure la conseillère d’Etat Anne-Claude Demierre. Dès septembre, d’importants travaux d’assainissement seront entrepris, en vue de faire de la place d’armes gruérienne le site de base pour la formation DCA (défense contre avions). Les demandeurs d’asile auront bientôt cédé leur place aux militaires.

 

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Bien moins d’arrivées cet été


Evidemment, les routes migratoires se prennent davantage durant la saison chaude. Pourtant, le canton de Fribourg a enregistré nettement moins d’arrivées en juin et juillet qu’à la même période l’an passé. En 2015, 248 requérants d’asile étaient arrivés durant ces deux mois contre 96 en 2016. «Cela est dû à la fermeture de la route des Balkans», explique la conseillère d’Etat Anne-Claude Demierre.
Il suffit d’observer ce qui se passe au sud du pays pour réaliser que la situation est loin d’être apaisée. Refoulés par les gardes-frontières suisses à la gare de Chiasso, plusieurs centaines de migrants se retrouvent aujourd'hui bloqués à Côme, en Italie. «Nous demeurons très attentifs, résume la ministre fribourgeoise. D’autant que la Confédération estime qu’en 2016 il ne devrait pas y avoir moins de 40000 nouvelles demandes d’asile, comme l’année passée.»
Avec la fermeture du foyer d’Enney en juin dernier et celui de Châtillon depuis la mi-juillet, il existe actuellement huit centres d’accueil en terres fribourgeoises, en comptant le centre fédéral de La Gouglera (Chevrilles) qui ouvrira dès 2017. «Mais la recherche de nouveaux emplacements pour loger des requérants d’asile est une préoccupation constante», relève Anne-Claude Demierre.
Viennent en effet s’ajouter au dispositif d’accueil quelque 517 appartements gérés par la société ORS Service AG, tandis que 32 familles ont ouvert les portes de leur habitation. Au 30 juin 2016, 2054 requérants d’asile étaient hébergés dans le canton, soit 0,67% de la population. YG

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