L’intégration, objectif louable, mais exigeant et chronophage

| jeu, 25. aoû. 2016

Depuis deux ans, les élèves fribourgeois en situation de handicap sont intégrés dans les classes ordinaires. Sur le papier, le but est plus que louable: l’égalité des chances. Sur le terrain, l’intégration demande beaucoup de temps et d’énergie.

PAR PRISKA RAUBER

Les petits Fribourgeois souffrant d’un handicap sont désormais intégrés dans les écoles ordinaires. Depuis deux ans en effet, la scolarisation intégrative est devenue l’option pédagogique de base pour les enfants atteints d’autisme, de trisomie, présentant des déficiences intellectuelles ou des troubles de l’apprentissage. Des cas légers, des cas plus lourds. L’an passé, ils étaient 590 à s’asseoir sur les bancs des écoles ordinaires du canton, bénéficiant d’appuis intégratifs gratuits.
L’intégration participe du mouvement international visant l’égalité des droits et des chances pour les personnes handicapées. Elle est aussi vue comme un moyen efficace, et les recherches le démontrent, de réduire leur marginalisation. Les enfants qui les côtoient deviendront des adultes qui accepteront les personnes différentes.
Sur le papier – dans les cinquante pages du Concept de pédagogie spécialisée du canton de Fribourg adopté en mars 2015 par le Conseil d’Etat – le projet est formidable, estime Virginie Burri, secrétaire du Syndicat des services publics (SSP) responsable du groupe enseignement. Sur le terrain, force est de constater certaines difficultés qu’un angélisme naïf ne contribuerait pas à améliorer. L’intégration demande beaucoup de temps et d’énergie aux enseignants titulaires.


Charge de travail
L’an passé, une enseignante gruérienne, après avoir accueilli dans sa classe primaire un enfant avec un handicap mental, s’est retrouvée en burn-out. Non à cause de cet enfant – nombre d’enseignants souffrent d’ailleurs d’épuisement sans avoir un enfant intégré – mais à cause de la surcharge de travail que sa gestion, en plus de celle des autres élèves, a induit. Dans un contexte de réformes à appliquer, d’augmentation de l’hétérogénéité des classes et des élèves avec des troubles du comportement, la multiplication de ses préparations, rapports et réunions pour son élève intégré fut insupportablement chronophage.
L’exemple est extrême, mais n’est pas isolé. «L’intégration a des conséquences significatives, souligne Virginie Burri. Elle peut péjorer la qualité de l’enseignement et la santé des enseignants. Non pas à cause de l’intégration elle-même, mais parce que les moyens nécessaires pour parvenir à la rendre optimale et enrichissante sont largement insuffisants.»


Enseignants spécialisés
La Direction de l’instruction publique (DICS) reconnaît que «l’intégration implique une attention particulière de la part de l’enseignant qui est responsable de la classe. C’est pourquoi il est épaulé par l’enseignant spécialisé ainsi que par les collaborateurs pédagogiques du Service de l’enseignement spécialisé et les responsables des services d’intégration», rapporte sa conseillère scientifique, Marianne Meyer Genilloud. Et de rappeler que les intégrations sont régulièrement évaluées et qu’en cas «de problèmes graves», leur fin peut être décidée.
Reste que la présence des enseignants spécialisés pour épauler le titulaire est limitée à six heures par semaine au maximum. «C’est clairement insuffisant, confie une enseignante. Pas pour notre confort, mais pour le bien de l’enfant, pour que l’intégration soit totalement réussie, c’est à dire qu’elle soit bénéfique, réellement, tout le temps, à chaque enfant de la classe.»
Lorsque l’enseignant spécialisé n’est pas présent, au maître de classe de se charger de l’élève intégré et de ses besoins spécifiques, de son voisin de droite allophone et de son voisin de gauche avec des troubles de l’apprentissage… et des vingt autres qui ont eux aussi besoin d’attention, même s’ils vont bien.
Pour la syndicaliste, le problème se situe là, dans le nombre trop élevé d’élèves par classe. Un point sur lequel elle estime possible qu’il est encore possible d’agir, vu que les concepts de la scolarité intégrative ne seront pas révisés. «Une réduction des effectifs a des effets bénéfiques: meilleure attention donnée à chaque élève, habiletés personnelles encouragées et risques d’épuisement des enseignants diminués.»  
La SSP a fait entendre sa voix lors de la mise en consultation du Règlement d’exécution de la Loi sur la scolarité obligatoire, qui entre aujour-d’hui en vigueur. Les effectifs par classe ont été fixés à 26 élèves en primaire, alors que le SSP en préconisait 20. La DICS a toutefois prévu la création de commissions des effectifs scolaires, pour analyser les demandes de dérogation. Et puis, elle a défini qu’un élève en intégration en vaudra trois dans le décompte.


Objectifs différenciés
«Oui, c’est positif, concède Virginie Burri. Mais ça reste trop élevé, on peut faire mieux.» Le SSP déplore également qu’il ne soit pas prévu d’heures de décharge pour les enseignants qui ont des élèves en intégration. «Durant ces décharges et avec moins d’élèves, les enseignants pourraient assurer un meilleur suivi et atteindre les objectifs d’enseignement différencié pour chaque élève.»
Dans les dispositions générales complétant le Plan d’études romand (PER), il est en effet demandé aux enseignants d’adapter leur enseignement aux acquis et aux capacités de chacun. «Beaucoup se plaignent de ne pas y parvenir, conclut la syndicaliste. Ils ont peur de passer à côté d’un élève en difficulté. Et ils font davantage de discipline que d’enseignement, vu l’augmentation des élèves au comportement difficile. Et je ne parle pas là des élèves intégrés…»

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Cette question est pour tester si vous êtes un visiteur humain et pour éviter les soumissions automatisées spam.

Annonces Emploi

Annonces Événements

Annonces Immobilier

Annonces diverses

Trending

1

Blessée par une vaste balafre, Bulle reçoit un nouveau cœur

Les Transports publics fribourgeois ont dévoilé hier le visage du futur bâtiment de la gare.

Il accueillera des commerces, des bureaux, des logements et un hôtel 3 étoiles.

Quant au Programme Bulle, ambitieux projet ferroviaire, il va connaître ses premiers chantiers.

JEAN GODEL

Maintenant, on entre dans le concret. Après six ans de gestation, la nouvelle gare de Bulle, déplacée de 500 m vers l’Ouest, se présente sous ses contours quasi d...