Michel Corpataux s’en va à petits pas vers la retraite

jeu, 18. aoû. 2016

Michel Corpataux quittera à la fin du mois le chœur mixte de Riaz. Une page se tourne pour le Gruérien, qui restera toutefois à la tête du Chœur des armaillis de la Gruyère jusqu’à la fin de l’année et qui poursuivra l’aventure au sein de La Chanson du pays de Gruyère. Avant de prendre sa retraite, le chef de chœur dresse le bilan d’un demi-siècle de direction.

PAR VALENTIN CASTELLA

Dans sa petite cabane située à côté de son domicile, à Riaz, il est assis et fait face à une partition. La porte entre-ouverte révèle un homme concentré. Après un demi-siècle de musique, Michel Corpataux semble encore absorbé par les notes. Agé de 75 ans, le Gruérien va pourtant gentiment poser sa baguette de chef de chœur. Gentiment, oui. Etape par étape, comme pour ne pas ressentir un immense vide une fois que la page sera définitivement tournée.
Le premier palier de décompression a été franchi cette semaine. En effet, un hommage lui a été rendu lundi en l’église de Riaz lors de la messe de l’Assomption. «Comme je quitte mon poste à la fin du mois d’août, la paroisse voulait me remercier pour toutes les années passées à la tête du chœur mixte.» Au total, Michel Corpataux aura dirigé les chanteurs riazois durant quarante et un ans.


Une certaine usure
Le Gruérien dirigera encore le Chœur des armaillis de la Gruyère jusqu’à la fin de l’année. Il conservera également sa baguette pour poursuivre l’aventure à la tête de La Chanson du pays de Gruyère. «Je ne souhaitais pas tout arrêter d’un coup, car j’aime la musique. Mais, à 75 ans, je commence à ressentir une certaine usure, notamment en ce qui concerne les armaillis. Avec ce chœur, les représentations sont très nombreuses. Cet ensemble est très connu et dès qu’il a été annoncé que je le quittais, les gens ont imaginé que j’allais tout arrêter. Ce qui n’est pas le cas.»
La retraite n’est donc pas encore totalement effective pour Michel Corpataux, après avoir pourtant été actif durant un demi-siècle. Ce qui lui a permis de voir défiler plusieurs générations: «Cela fait un moment que je sévis, sourit-il. Les chanteurs me semblent toujours aussi enthousiastes. De même que le public, qui se renouvelle. Les salles sont toujours remplies. Les jeunes s’intéressent encore à la musique.»


«Je suis devenu exigeant»
Lui, par contre, a changé: «Avec l’âge, j’ai acquis beaucoup d’expérience et je suis devenu plus exigeant. Cette qualité est essentielle pour parvenir à un résultat convaincant.» Et de poursuivre: «J’ai également évolué au niveau des choix des chansons. Aujourd’hui, notamment dans la musique populaire, certains textes ne correspondent plus à notre époque. Avant, on louait souvent l’amour de la patrie. Heureusement, on chante désormais l’amour tout court.» Une question de mode? «Peut-être. Ces dernières années par exemple, on chante énormément de chansons de la Renaissance.»
Au fil des années, Michel Corpataux est devenu un gardien des traditions. «C’est peut-être le cas lorsqu’on parle de musique religieuse. Je suis bientôt le seul à mettre en exergue du grégorien et du latin. C’est une manière de conserver la tradition, mais aussi de me faire plaisir.» Concernant cet univers, Michel Corpataux avoue ressentir une certaine crainte quant à sa survie: «De moins en moins de messes sont célébrées. Le répertoire est en train de se perdre. On voit d’ailleurs que de nombreux chœurs mixtes proposent de la musique profane lors de leurs concerts.»
Evoquer la retraite, c’est aussi parler de son avenir: «J’aurai désormais plus de temps pour me reposer et voyager un peu. Mais je vais continuer à travailler.» Son regard se pose alors sur les nombreuses caisses en plastique qui décorent sa petite cabane: «Je devrai aussi un jour trier toutes mes partitions. J’en possède des tonnes. Mes elles ont, pour la plupart, une valeur sentimentale. Cela va être difficile de m’en séparer.» Une autre étape que Michel Corpataux devra franchir.

 

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«Il a fait chanter la Gruyère»


En cinquante ans de carrière, Michel Corpataux a dirigé des centaines de chanteurs, ne laissant aucun d’eux indifférents. Certains l’ont côtoyé plus que d’autres et ont même collaboré avec lui. Ils sont donc bien placés pour le décrire, à l’image de Nicolas Wyssmüller, chef du chœur La Cécilienne, à La Tour-de-Trême, et du chanteur professionnel rochois Michel Brodard.
Lorsqu’on évoque le personnage, c’est premièrement sa patte qui surgit: «Il possède un sens mélodique très développé, décrit Michel Brodard, qui le fréquente depuis bientôt un demi-siècle. Il parvient à donner une couleur aux chœurs qu’il dirige. On les reconnaît d’ailleurs, car les voix fusionnent. Derrière le chant de Michel semble toujours planer du grégorien.»
Michel Brodard n’hésite pas à le qualifier de «magicien du chant choral». «Il est très important musicalement pour la région, compte tenu du statut du chant choral dans le canton de Fribourg.»


«Il s’est assagi avec le temps»
Si le chef de chœur est connu loin à la ronde, c’est, bien entendu, grâce à la qualité de ses chœurs, mais aussi en raison de son caractère: «J’ai des souvenirs de certains coups de gueule lors de répétitions, sourit Michel Brodard. Mais il me semble qu’il s’est assagi avec le temps.» Nicolas Wyssmüller abonde: «C’est un personnage qui a des avis bien tranchés. Sa manière de s’exprimer est franche et directe. Durant les répétitions, il parle fort. Ce qui peut parfois froisser si on ne connaît pas bien le personnage. Mais, en le côtoyant, on s’aperçoit qu’il est drôle et sympathique.»
Il continue: «Personnellement, il m’a beaucoup aidé à mes débuts. Il a toujours été à disposition pour me fournir des partitions et des coups de main. Il a joué un rôle majeur pour les jeunes chefs de chœur. D’autant plus qu’il n’a jamais été jaloux de ses collègues, comme c’est le cas parfois dans ce milieu. Il fait figure d’exemple.»
Michel Brodard et Nicolas Wyssmüller en sont certains: Michel Corpataux laissera derriè-re lui un bel héritage lorsqu’il prendra sa retraite: «Il a fait chanter la Gruyère et il a également donné à beaucoup de gens le goût de chanter», explique Nicolas Wyssmüller. «Il défendra toujours la belle tradition musicale, ajoute Michel Brodard. Je parlerais également de sa maîtrise du patois. Lorsque ses chœurs chantent dans cette langue, ça sonne juste. Ce qui n’est plus le cas partout.» VAC

Commentaires

bonne retraite Michel, profite bien, tu as encore de longues années devant toi. Les chorales romandes peuvent te remercier pour tout ce que tu as fait durant ta carrière pour faire progresser l'art choral, bravissimo Michel.
Je suis un ami de l'Ecole secondaire de la Gruyère des années 1956-1957. J'ai un excellent souvenir de Michel. Je pense que tout est prêt pour assurer l'avenir de tous ces chœurs qu'il a dirigés et je lui souhaite une retraite de plaisirs en bonne santé. Avec mes amicales salutations. Noël Crausaz

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