Des milliers de lutins accueillis en quarante ans d'activité

| jeu, 08. sep. 2016

La crèche Les Lutins fête son 40e anniversaire ce samedi. Elle a accueilli des milliers de petits Bullois et Gruériens. Toujours à sa tête, sa fondatrice Marie-Claire Pasquier revient sur cette aventure lancée en 1976, dans un pavillon provisoire… quitté en 2013.

Par SOPHIE ROULIN

BULLE. Sans modèle sur lequel se baser, Marie-Claire Pasquier a ouvert la première crèche privée du sud du canton. C’était en 1976, quand Johnny chantait Gabrielle et Boney M. Daddy cool. Une époque où l’usage voulait que les mamans restent au foyer pour s’occuper de leur progéniture. Marie-Claire Pasquier travaille alors comme nurse à l’hôpital cantonal et discute volontiers avec les nouveaux parents. Elle lance Les Lutins pour répondre à une demande.

Dans le contexte des années 1970, ouvrir une crèche tenait de l’aventure…
Marie-Claire Pasquier: Oui, c’en était une! Placer ses enfants n’était pas dans les mœurs. Mais l’usine Nestlé de Broc venait de fermer sa structure de garde. Il y avait un besoin évident.

Comment se sont mis en place Les Lutins?
J’ai rencontré un conseiller communal pour lui faire part de mon projet. Il me fallait un local pas trop cher. Je n’avais que ma jeunesse et mon enthousiasme en poche. On m’a proposé le pavillon de la Condémine, tout en me précisant bien que je ne devais rien installer de fixe. La solution ne devait être que temporaire. Finalement, on y est resté durant trente-sept ans.

Combien d’enfants accueilliez-vous alors?
Une dizaine de parents ont été intéressés dès le départ. J’ouvrais de 6 h 30 à 18 h. Les tarifs étaient de 2 francs 50 l’heure ou de 13 francs 50 la journée. Heureusement, j’ai pu habiter chez mes parents. Je partais du Pâquier à pied, à
5 h 15. Les deux premières années, j’ai fermé l’été pour aller travailler comme cuisinière dans les colonies organisées par mon papa. Je me faisais des sous pour le reste de l’année. Je gagnais peu. Mais c’était mon aventure. Je ne comptais ni mes heures ni mon énergie.

Qui étaient les premiers clients de la crèche?
Des enfants d’ouvriers, souvent placés à la journée. Je me souviens d’une petite fille que je prenais devant la boulangerie, à 6 h 15, et qui était la dernière à repartir le soir. Pendant quelques années, elle a passé plus de temps avec moi qu’avec sa maman. Et elle m’en a voulu. Quand je la rencontrais en ville, elle ne me saluait pas. Finalement, on a pu en parler quand elle est venue pour placer son fils aux Lutins. Petite, elle s’était longtemps dit que si je n’avais pas existé, sa maman se serait davantage occupée d’elle. En devenant maman à son tour, elle a compris…

Vous avez travaillé seule jusqu’en 1991…
Oui, j’ai longtemps assumé tout toute seule. Mais après quelques années, j’ai approché la commune pour obtenir de l’aide. Ça a commencé par la suppression du loyer, en 1982, puis par des premiers soutiens financiers. Peut-être que l’arrivée des femmes au sein du Conseil communal a changé la donne.

A quel moment avez-vous été davantage aidée?
En 1996, un comité de soutien a été formé et des parents compétents m’ont aidée à monter un dossier pour obtenir un plus grand soutien communal. La loi avait changé. Alors que j’avais recours à des aides de bonne volonté, je devais dé-sormais employer du personnel formé. J’étais prise à la gorge financièrement. Grâce au soutien mis en place, ma demande a été acceptée.

Qu’est-ce que ça a changé dans le fonctionnement des Lutins?
Dès 1997, une association a été créée pour répondre aux exigences de la Loi sur les structures d’accueil, alors en préparation. Jusque-là, je travaillais comme indépendante. Un comité d’association a été mis en place et continue de m’épauler. Avec lui, avec l’équipe éducative et un personnel fidèle, je ne me sens plus seule du tout. Nous sommes actuellement
18 collaboratrices pour 12 emplois plein-temps.

Mais vous avez encore longtemps occupé votre pavillon temporaire…
Jusqu’en 2001, nous n’avons eu qu’un seul local. A ce moment-là, une nouvelle salle de jeu a été créée. Puis, en 2004, nous avons ouvert une nursery dans un appartement du voisinage. La demande était grande et les places d’accueil ont tout de suite été complètes. Les Lutins se sont construits petit à petit, avec une personne de plus à la fois. Avec un leitmotiv, être au service des parents. C’est ce qui m’a toujours guidée.

Quelle est la plus belle marque de reconnaissance qu’on vous ait faite?
Quand j’ai annoncé à l’assemblée que je ne ferais pas valoir mon droit à la retraite et que j’allais poursuivre encore quelques années, une maman m’a fait le plus beau des cadeaux, en annonçant: «Alors je fais encore un bébé!»

Depuis 2013, Les Lutins sont installés dans des locaux tout neufs, dans le complexe scolaire de la Condémine…
Ça aussi, ça a été un cadeau de pouvoir mener un tel projet en fin de carrière. Quand on a entendu parler d’une nouvelle école, on a déposé une demande à la commune et Les
Lutins ont été intégrés. Il y
a eu un premier projet sans qu’on soit consulté. Il man-quait la nursery. Par la suite, on a pu inviter l’architecte pour un repas de midi avec les enfants, pour qu’il puisse voir comment nous vivions. Il a encore fallu beaucoup de discussions et d’énergie, mais on y est arrivé.

Les Lutins vont-ils encore s’agrandir?
Les locaux ont été conçus pour quarante places d’accueil, dont dix en nursery. Actuellement, nous recevons 120 enfants par semaine. L’idée n’est pas de grandir. On m’a proposé d’ouvrir des succursales, mais je ne me vois pas être responsable d’une structure sans être présente sur les lieux. Je veux avoir contact avec les enfants et les parents tous les jours. Je continue ma mission, surtout par passion. Je me sens un peu comme la grand-maman de la crèche.

 

Quarante ans, ça se fête!
Issue d’une famille nombreuse – huit enfants – où l’on fête volontiers ensemble les événements qui jalonnent la vie, Marie-Claire Pasquier n’imaginait pas que Les Lutins passent le cap des quarante ans sans marquer le coup. La directrice de l’institution a donc sollicité quelques anciens, dont certains de ses neveux, pour mettre sur pied un comité d’organisation. «Aucun n’a refusé. La vie est belle comme ça!»
Pour bien débuter ce samedi de fête, un café des anciens avec vernissage d’une exposition de photos retraçant l’histoire de la crèche est organisé à 9 h 30. Installé sur la place du Petit-Paradis, le cirque Gommette et Gabatcho proposera quatre représentations de vingt minutes, à 10 h, 11 h 15, 14 h et 15 h 30. La ferme pédagogique itinérante sera présente de 10 h à 16 h 30 avec des moutons, des chèvres, des cochons, des lapins, des cailles et des canards. Des animations musicales sont aussi au menu, avec les Ecoles Musique Club ainsi qu’André Schibler et sa guitare.
Une partie officielle aura lieu à l’heure de l’apéritif. «On y a invité les autorités communales, Exécutif et Législatif, ainsi que tous les candidats gruériens aux élections de cet automne», signale Marie-Claire Pasquier.
Bulle, Condémine, samedi 10 septembre, de 10 h à 17 h

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