Enchantée ou désenchantée, chaque parenthèse le construit

| sam, 17. sep. 2016

Avec 17 buts inscrits la saison dernière sous le maillot bullois, le Français Hakim Khadrouche est l’un des meilleurs attaquants du groupe. Désormais à La Tour/Le Pâquier, il disputera le derby demain face à son ancien club (10 h). «L’affaire du brunch», la naissance de sa fille, le climat pesant en France, le joueur de 28 ans se raconte.

PAR KARINE ALLEMANN

Hakim Khadrouche est aujourd’hui attaquant du FC La Tour/Le Pâquier et, dimanche matin, il disputera le derby contre son ancien club. Un match au contexte particulier, puisque le Français fait partie des quatre joueurs à avoir été virés par le FC Bulle au printemps dernier. Comme cette question sera forcément évoquée au cours de cet entretien, abordons-la d’entrée. «On a vite compris que nous étions des boucs émissaires», commence le Français.
Pour rappel, cinq joueurs avaient été accusés par l’entraîneur bullois Duilio Servadio d’être arrivés ivres à un entraînement après le brunch du club (La Gruyère du 3 mai 2016). Le lendemain, la défaite mortifiante face à l’avant-dernier, Béroche-Gorgier, avait mis fin à tout espoir de promotion. «Le coach était sous pression, ça faisait deux ans qu’il devait expliquer la promotion ratée. Il fallait bien trouver une raison… Cette affaire est juste incroyable. OK, Lionel (Mallein) a commis une erreur. Comme il était suspendu le lendemain, il a bu un tout petit peu. Il n’aurait même pas dû venir s’entraîner. Mais, pour les autres, nous n’étions absolument pas soûls! Nous sommes persuadés que le coach a voulu se séparer de nous pour pouvoir repartir avec des nouveaux joueurs.»


«Le pire, c’est pour Lionel»
«En fait, son discours commençait à ne plus passer avec nous, et même dans l’équipe en général. Nous savions très bien qu’il avait contacté d’autres personnes pour la saison prochaine, puisque c’était des gars que nous connaissions. Le pire, c’est qu’ensuite le coach s’est caché derrière le club, en disant que la décision de nous virer appartenait à la direction.»
Hakim Khadrouche dit en avoir longtemps gardé rancune, avant de tourner la page: «Celui pour qui c’est le plus dégueulasse, ce n’est pas moi. C’est Lionel. Il était capitaine de l’équipe, il a tenu la baraque sur le terrain et cette bonne ambiance dans le vestiaire, c’était grâce à lui. Il s’est complètement investi. Heureusement, cela ne l’a pas empêché de signer en 1re ligue à Azzurri... Maintenant, c’est derrière. Avec les joueurs bullois, ça se passe très bien. Nous avions d’ailleurs reçu des messages de soutien de leur part. Et dimanche, pendant le derby, les supporters de Bulle sauront bien que je n’ai jamais triché quand je jouais là-bas. D’ailleurs, je respecte beaucoup le président Philippe Kolly, qui a été réglo avec nous et qui, au moins, répondait au téléphone quand on essayait de l’appeler pour discuter...»


Sacré Gabet Chapuisat
La porte qui claque à Bouleyres est une parenthèse, une de plus, qui permet à l’attaquant de se construire. A 28 ans, Hakim Khadrouche fait partie des nombreux joueurs français à faire une carrière en Suisse, où ils peuvent gagner leur vie dans les divisions régionales. Des années rythmées par des expériences plus ou moins heureuses. «Mon cousin Lyazid Brahimi (ex-Bulle et La Tour) jouait en Suisse. Son agent m’a proposé de venir faire un test. Lyazid me disait que le niveau était intéressant et qu’il était plus facile de se faire repérer qu’en France.»
Le jeune homme a 22 ans quand il débarque au Mont (1re ligue), entraîné par un certain… Gabet Chapuisat. «C’était chaud, quand même! rigole-t-il aujourd’hui. Pour une première expérience, je me suis dit que la Suisse, c’était bizarre. En tout cas les entraîneurs. Les gens s’intéressaient plus au spectacle qu’il y avait sur le banc que sur le terrain...»
Le Français retrouve très vite son cousin du côté de la Ronclina. «On avait une super belle équipe et j’ai vraiment eu le sentiment d’être accueilli en Suisse. Le président Jean-Pierre Wehren m’a trouvé un logement, il m’a donné du travail et a fait en sorte que j’obtienne mon permis B. Ma femme est venue s’installer ici et elle gérait un salon de coiffure à Bulle.»
Sur le banc se succèdent Yves Bussard, Lionel Martin, puis Jean-François Henry. «Là, ça a été trop pour moi. Mes performances n’étaient pas très bonnes, c’est sûr. Mais je n’avais pas d’affinités avec l’entraîneur.» Commence alors un périple vers Portalban/Gletterens, Renens, La Sarraz/Eclépens puis Azzurri. Avant de rejoindre Bulle, en 2014. «La première saison, on était une vraie bande de potes et la promotion s’est jouée à rien. Mais il faut avouer que La Chaux-de-Fonds était mieux armé que nous.»
Actuellement quatrième avec 10 points, La Tour/Le Pâquier a réussi son entame de saison. «Le groupe était déjà assez costaud après son bon deuxième tour de la saison dernière. Et le club l’a renforcé en me faisant venir. Cela dit sans vouloir me vanter! C’est juste ce qu’ils m’ont dit. Il y a aussi le retour d’Alan Ryser et maintenant Philippe Pasquier. Et puis, nous avons notre petite bûche de 1,90 m au milieu du terrain, Luis Mendes, qui vient de la deuxième équipe.»


Da Silva, du jamais-vu!
Deux fois buteur d’entrée de championnat au Locle, le Français sait aussi se faire passeur, comme samedi dernier à Farvagny (trois passes décisives pour Alan Ryser). «Nos résultats actuels, c’est un minimum!  Notre problème, c’est le mental. Il y a plein de qualités, mais l’équipe a parfois deux visages. Le coach (Patrick Da Silva) travaille beaucoup là-dessus. Et il a du boulot! A ce propos, pour vous dire la vérité, de toute ma carrière je n’ai jamais rencontré un entraîneur comme lui. Patrick est à fond dans son job, mais quand il faut rigoler avec nous, boire un verre avec nous, il fait vraiment partie de l’équipe. C’est chouette.»
La Tour/Le Pâquier n’a plus remporté le derby face à Bulle depuis quatre ans. Sera-ce pour dimanche? «Les joueurs n’attendent que ça! Avant même le début de la saison, ils savaient qu’on jouait contre Bulle le 18 septembre. C’est vrai que les statistiques ne sont pas en notre faveur. Mais, si on joue avec la bonne mentalité, ça va le faire.»
Hakim Khadrouche a marqué lors des deux derniers derbys qu’il a disputés. A voir quelle statistique se confirmera dimanche.

 

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Au Stade de France le 13 novembre


Né de parents algériens établis du côté de Grenoble, Hakim Khadrouche est de confession musulmane. Sans être forcément pratiquant. Si les tensions qui règnent actuellement en France n’ont pas d’effets concrets dans la région où il habite, le contexte est lourd. «Arrivés en France, mes parents ont grandi dans un quartier où il y avait plein de nationalités différentes. Tout le monde était mélangé et ça se passait très bien. Mais, c’est sûr que, depuis deux ou trois ans, le climat n’est pas top. C’est ce que recherchent les auteurs d’attentats: ils veulent diviser les gens.»
Avec Lionel Mallein, le Tourain était dans le Stade de France, le 13 novembre lors des attentats de Paris. «Le meilleur ami de Lionel, c’est Olivier Giroud (attaquant de l’équipe de France), que j’avais aussi côtoyé à Grenoble. Il nous invite souvent aux matches. Ce soir-là, on a entendu ce qui nous semblait être deux gros pétards. On a senti les vibrations dans le stade, mais jamais on aurait pensé que c’était des bombes. Puis, au fil du match, l’info a commencé à circuler que deux bombes avaient explosé devant le stade, qu’une prise d’otages avait eu lieu au Bataclan. On parlait de 20 morts, puis 30, 40, 60... A la fin du match, un message sur l’écran géant a demandé aux gens de rester dans le stade. Tout le monde a cherché à sortir, mais les portes étaient fermées. Alors les gens se sont rassemblés sur la pelouse. Nous, on a pu aller dans le salon des joueurs avec les familles. On a vu le mouvement de panique dans le stade. Mais, finalement, ça a été plutôt bien géré. En revanche, quand on est rentrés à l’hôtel, Paris était une ville morte. Ça faisait peur.»
Ce 13 novembre-là, la cousine du joueur français Lassana Diarra a été tuée sur une terrasse. Quant à la sœur d’Antoine Griezmann, elle est sortie indemne du Bataclan. «Ça peut aller tellement vite… Et personne n’est à l’abri. Franchement, ça fait peur. Surtout pour l’avenir. J’ai une petite maintenant et je me demande comment ça va se passer pour elle plus tard. Une fois qu’on devient parents, on s’en fout de notre per­sonne. On veut juste protéger nos enfants.» KA

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