La prière et les affaires font bon ménage au monastère

| jeu, 22. sep. 2016

Les moniales et les moines ont beau avoir fait vœu de pauvreté, ils n’en ont pas moins besoin d’argent. Liqueurs, biscuits, bougies, rouleaux de printemps même… Pour assurer leur survie, les monastères ont développé leur propre affaire.

PAR FRANCOIS PHARISA

«Non, ni l’Evêché ni le Vatican nous donnent de l’argent. Oui, nous payons des impôts, y compris ecclésiastiques!» D’emblée, elle entend couper court aux «croyances populaires». Sœur Elisabeth, du monastère du Carmel, au Pâquier, tient à démontrer que sa communauté n’est pas coupée des réalités matérielles. Elle aussi a besoin d’argent. Et il ne tombe donc pas du ciel. Alors, en parallèle à la prière, mission première, les 13 moniales carmélites travaillent, font des affaires, pensent rentabilité. Une situation que connaît la majorité des monastères.
La gamme de produits est diversifiée. Sur les étagères, du pain, des sculptures en bois, des préparations médicinales. Dans un vaste local voûté, aménagé il y a une dizaine d’années, les moines de l’abbaye d’Hauterive tiennent boutique. «Ce magasin, c’est un peu notre gagne-pain», concède Frère Emmanuel, responsable de l’échoppe. Combien rapportent les ventes? «Le montant n’est pas essentiel, mais il représente un joli complément», se contente-t-il de répondre, se gardant bien d’articuler un chiffre.


«Ora et labora»
En plus de la gestion de leur ferme et de leur verger, les moines d’Hauterive accueillent des hôtes, qui profitent ainsi d’un hébergement et prennent part à la vie de prière. Une quarantaine de chambres sont disponibles, au prix de 60 francs par jour (24 h) et par personne, repas inclus. «En moyenne, nous avons dix visiteurs par jour», précise Frère Emmanuel.
Et de s’empresser d’ajouter: «Vendre des marchandises ou proposer un service d’hôtellerie ne sont pas des pratiques contradictoires avec la vie monastique.» A Hauterive, abbaye cistercienne, les 18 frères vivent selon la règle de Saint-Benoît, le père des ordres bénédictins, trappistes et donc cisterciens. En trois mots, celle-ci résumait déjà, au VIe siècle, la base du régime monastique: Ora et labora, «prie et travaille».
Tous les monastères cisterciens du canton suivent cette devise. A Orsonnens, les 18 moines du monastère Notre-Dame de Fatima, tous Vietnamiens, ont également diversifié leurs activités économiques: de l’hôtellerie, un peu d’imprimerie et de la vente de produits culinaires, rouleaux de printemps, tofu et pousses de soja entre autres.
A l’abbaye Notre-Dame de La Maigrauge, en basse-ville de Fribourg, la spécialité maison, c’est l’Eau verte, un élixir à base de plantes aux propriétés digestives. «Nous en vendons depuis plus de cent ans», relève, non sans fierté, Sœur Teresa, qui s’occupe du petit magasin monastique depuis dix ans.
On y trouve également des confitures, aux pommes, aux coings ou à la courge, des tisanes, des chapelets… «Les ventes varient énormément selon les périodes de l’année. L’été, quand il fait beau et qu’il y a le passage de groupes de touristes, les affaires tournent mieux.» Mais elle le répète, la priorité reste de servir Dieu. «Il est terriblement dangereux de s’attacher à une affaire.»


Moutardes et hosties
A Romont, au pied de la colline, l’abbaye de la Fille-Dieu possède aussi sa petite épicerie. Ici, le produit phare est la moutarde, qui bénéficie du certificat Monastic (voir encadré). «Nous en vendons à peu près 3000 pots par an», estime sœur Claire, chargée de la fabrication. Au prix de 10 francs pièce. Cela ne suffit toutefois pas aux dépenses courantes de la communauté, qui compte 15 moniales.
Leurs deux principaux revenus découlent, à parts égales, des rentes AVS et de la fabrication d’hosties. Près d’un million d’unités par an. «Nos clients proviennent des paroisses alentours, mais aussi de Zurich ou du Tessin. Nous n’avons pas le choix, car dans la région, dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres, quatre monastères fabriquent des hosties.» Les dominicaines d’Estavayer-le-Lac, les capucines de Montorge, à Fribourg, et celles de La Maigrauge se sont aussi spécialisées dans ce commerce.


Amis bienfaiteurs
A la Fille-Dieu, comme au Carmel, les moniales peuvent compter sur l’aide d’une association des Amis du monastère. «L’association finance les travaux de rénovation des bâtiments», explique Sœur Elisabeth, du Carmel. En 2009, sa communauté a bénéficié d’un investissement de 340000 francs pour la construction d’une biscuiterie. «Avant, nous faisions de la broderie et confectionnions des bannières, mais ces activités n’étaient plus assez rentables. Alors, nous nous sommes lancées dans la production de biscuits.» Elles les vendent au monastère, chez des revendeurs (des magasins de la région) et sur leur site de vente en ligne. Depuis trois mois, une page Facebook vante même les mérites de cette production artisanale.


Saint-Maurice (VS), marché monastique, jeudi 22 au samedi 24 septembre.
www.marchemonastique.ch

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