Les jardins bullois du passé, un patrimoine pour l’avenir

| mar, 13. sep. 2016

Les Journées du patrimoine ont permis ce week-end aux participants de découvrir l’histoire et l’avenir de jardins bullois d’ordinaire fermés. Mais qui vont progressivement s’ouvrir. Dans les jardins des capucins, la Croix-Rouge fribourgeoise mène un projet social d’intégration, avec les migrants notamment.

PAR PRISKA RAUBER

«Où sont les espaces verts pour promener les enfants à Bulle? Où est la beauté naturelle sur laquelle poser notre regard et qui peut apaiser les tensions?» se demande Rose-Marie, retraitée bulloise. Avec une cinquantaine d’autres personnes, elle a suivi ce week-end l’une des quatre visites guidées proposées par le Musée gruérien et Patrimoine Gruyère-Veveyse, dans le cadre des Journées européennes du patrimoine.
La balade a conduit le groupe du parc du Cabalet aux jardins de l’Institut Sainte-Croix, en passant par ceux des capucins. Des lieux où l’on ne peut d’ordinaire jamais entrer, mais qui devraient bientôt devenir des oasis de verdure offertes aux Bullois. D’où le titre de cette balade dans «les jardins du passé, un patrimoine pour l’avenir». Ils ont en effet fait l’objet d’un mandat d’études parallèles (MEP), dont le projet lauréat, les Jardins de la cité, est exposé jusqu’au 18 septembre au Musée gruérien. Il propose de relier et de revaloriser ces espaces verts situés dans le périmètre protégé du centre historique.
Marie-Thérèse, pimpante et grisonnante, est elle aussi venue découvrir ces jardins cachés et ce que l’on compte faire de cette verdure «qui fait cruellement défaut aux Bullois. La ville se développe tant. Mais tous ces promoteurs ne sont pas des gens d’ici. Ils n’ont pas ce ressenti, vous comprenez.» Et Jean-Paul d’évoquer les projets de Bouleyres et de la Toula. «De la verdure qui disparaît. Et y’en a-t-il de prévu sur le futur plateau de la gare, pour nous aider un peu à respirer?»


Enjeux sociétaux
Les espaces verts sont bel et bien devenus des enjeux sociétaux et politiques de premier plan, comme le soulignent les organisateurs des visites. Elles commencent devant trois maquettes du Musée gruérien, pour découvrir à quoi ont ressemblé les Jardins de la cité au fil du temps. En 1722, ils se situaient hors les remparts de la ville et appartenaient au pouvoir, au château. Le bailli a remplacé le seigneur, le préfet a remplacé le bailli, mais toujours sont restés les jardins.
Devant eux, la place du Cabalet était un cimetière jusqu’en 1927. Puis l’espace devint une sorte de terrain vague, indique la conservatrice du musée, Isabelle Raboud. Il servait de zone d’agrément pour des fêtes diverses et variées, foires ou bénichon. Le parc que l’on connaît aujourd’hui a été aménagé à la fin des années 1980.
«Cet endroit fut une préoccupation pour la commune depuis les années 1970, et l’est toujours.» Les choix architecturaux ont suscité le tollé et font l’objet de nombreux et réguliers réagencements. De la profondeur des bassins diminuée aux arêtes en béton rabotées. Le MEP prévoit de supprimer le labyrinthe et la fontaine pour offrir au public une vaste pelouse. «Ce serait génialissime», apprécie Benoît, jeune père de famille.
Direction les jardins du préfet, en dessus des douves du château, publics depuis le début des années 1990, nous apprend Isabelle Raboud. On y a longtemps cultivé les légumes qui se retrouvaient sur la table du représentant de l’autorité. Demeurent d’ailleurs quelques plants de topinambours, contre le mur côté château. Les lieux ne devraient pas connaître de grands changements à l’avenir, si ce n’est encore servir d’écrin à diverses manifestations.
L’entrée dans le jardin intérieur des capucins est silencieuse, le groupe goûte la quiétude des lieux. Les moines se sont progressivement installés dans ce bâtiment, un ancien hôpital cons­truit au XIVe siècle, dès 1688. A leur départ en 2004, la paroisse en devient propriétaire et souhaite ouvrir au public les jardins potagers, en contrebas, d’ici un an et demi à deux ans. Ils demeureront jardins. «Heureusement! lance Marie-Thérèse. Ils ont toujours été des jardins, la terre est excellente. Ça aurait été dommage d’en faire autre chose!» Depuis un an, la Croix-Rouge fribourgeoise y mène un projet social autour du jardinage et de l’intégration.


Les condémines
Au XVIIIe siècle, dans la continuité des jardins des capucins, direction l’église, se succédaient des jardins privés, alignés et proches, séparés par un muret. Soit les condémines, qui ont donné leur nom à la rue adjacente. Il en demeure un, en main privée, entre les capucins et l’Institut Sainte-Croix. Ce dernier, fondé en 1899 par les sœurs de Meisingen, est devenu propriété de la ville à leur départ, en 2012. Il est actuellement en travaux, en vue d’accueillir, notamment, le Centre de formation professionnelle et sociale du château de Seedorf. Le parc sera découpé selon diverses fonctions: un bout d’herbe pour musarder ou un restaurant plein air pour se sustenter.
«Bon, l’idée est très positive», confie au terme de la visite la jeune Camille, que les espaces verts intéressent grandement, raison de sa présence aujourd’hui. Elle est d’ailleurs membre de l’association dédiée à leur défense, l’ADEV. «Après, il faudra voir dans le détail ce que donne ce MEP. Il est important de dégager des espaces verts dans cette ville, pour les lieux de rencontre, pour permettre aux gens de respirer. C’est primordial.»

 

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Jardinage et intégration

Depuis un an, la Croix-Rouge fribourgeoise mène un projet social dans les jardins potagers des capucins. Depuis un lustre, mandat lui a été donné par la Direction de la santé et des affaires sociales de promouvoir une alimentation équilibrée et des mouvements réguliers, ciblant les enfants et la population migrante.
«Nous organisions alors des événements autour de la cuisine, raconte Marielle Borcard. Mais je voulais vraiment sortir, mener un projet dehors, autour d’un jardin.» Elle se met alors à chercher le lieu où elle pourrait concrétiser son vœu. «Nous sommes tombés au bon moment, celui de la réflexion du mandat d’étude parallèle des Jardins de la cité, à Bulle. Et nous y avons été intégrés.» L’aventure autour du jardin potager a démarré il y a deux ans, au port de Fribourg et s’est donc poursuivie ici. Une aventure non seulement dédiée à la promotion de la santé, mais aussi au grand objectif de la Croix-Rouge, l’intégration sociale. C’est ainsi que tous les mardis après-midi, Marielle Borcard et Muriel Wander, ainsi que des bénévoles bullois et migrants bêchent, plantent, arrosent, et accueillent d’autres migrants, d’autres Bullois, des résidents du Foyer de Bouleyres et des élèves de la Condémine. «Deux classes enfantines ont leur propre parcelle», se réjouit la responsable du projet. Deux autres viennent jardiner de temps en temps avec Tamim, un migrant afghan passé par les Passereaux, à Broc, qui prend grand soin de son petit lopin de terre bulloise. PR

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