L'internement à vie confirmée pour Claude D.

| ven, 02. sep. 2016

Claude D. a été condamné une nouvelle fois à la perpétuité et à l’internement à vie. A Lausanne, la Cour d’appel pénal a validé le jugement de première instance. Absent lors de l’énoncé du verdict, l’intéressé n’a pas indiqué à ses défenseurs s’ils comptait se rendre devant le Tribunal fédéral.

PAR VALENTIN CASTELLA
Le verdict de la cour d’appel est tombé: Claude D. a été condamné à la perpétuité et à l’internement à vie. Celui qui a tué Marie S. 2013 s’est vu infliger la même sanction que lors de son procès de première instance. Un décision qui a été délivrée en l’absence du Gruérien, qui n’a pas souhaité se présenter, «de peur de se montrer sous un mauvais jour après un transfert en véhicule qui s’est mal déroulé la veille», a relaté la présidente Yasmina Bendani. Absent, l’intéressé n’a donc pu dévoiler à ses avocats ses intentions quant à la suite de cette affaire. Va-t-il contester cette condamnation devant le Tribunal fédéral? «Nous recueillerons ses motivations la semaine prochaine», a expliqué Me Hayat.
Une attitude différente
Le changement d’attitude et d’apparence du prévenu observé jeudi lors du procès en appel n’a donc pas eu d’impact sur la présidente et les juges. En effet, Claude D. s’est présenté avec un look différent. Son crâne rasé avait laissé place à des cheveux coiffés en arrière et son regard était masqué par des lunettes. Le prévenu s’est aussi montré plus calme. Jamais, comme lors du premier procès, il n’a interrompu les avocats, jamais il n’a proféré de menaces ou parlé dans sa barbe. Très bavard en mars dernier, il a même refusé la perche tendue par la présidente en fin de journée, lorsqu’elle lui a demandé s’il avait quelque chose à dire. Un «non» qui a stupéfié l’audience.
Si l’homme a paru métamorphosé, ses intentions étaient toutefois toujours identiques: ne pas être condamné à la perpétuité et à l’internement à vie. Jeudi lors de son audition, l’intéressé a tenté de faire comprendre à la cour que son acte n’était pas prémédité. Qu’il ne s’agit donc pas d’un assassinat, mais d’un meurtre. Comme arguments, l’appelant a énuméré de nombreux détails: «Le procureur a dit que j’avais tout prémédité, car j’étais sorti de mon domicile avec une valise contenant tout mon matériel informatique. Sauf que je le faisais tout le temps. Puis, des nombreux témoins ont affirmé que, le jour de l’enlèvement, j’étais serein et souriant.» Le récidiviste a ensuite affirmé qu’il s’était mis en quête d’une arme pour se protéger d’une «bande de Blacks» et non pour tuer la victime. «La preuve est que je n’ai pas eu besoin d’une arme pour le faire, puisque j’ai utilisé sa ceinture.»
Le mobile dévoilé?
Qu’est-ce qui a alors tout fait basculer selon lui? «Marie m’a dit des paroles blessantes. Elle m’a menti et je déteste la trahison. J’aurais aussi tué un ami s’il m’avait trahi». Ce à quoi a rétorqué le procureur général Cottier: «On loue son culte de la vérité. Alors qu’il a menti à Marie, preuves à l’appui.» Me Barillon, l’avocat de la famille de la victime, a insisté sur le fait que le tueur était un manipulateur: «Claude D. est un acteur né. Hier, c’était l’arrogance. Aujourd’hui, il joue un autre rôle: celui d’un personnage calme et apaisant. Cela confirme une maîtrise de soi absolue. Le fait de transparaître aucune émotion me glace le sang.» Plus calme au terme du verdict, il a ajouté: «Il a été démasqué. Il n’a pas trompé les juges.»
Dans sa plaidoirie en faveur du meurtre, son avocate, Me Hayat, a insisté sur les sentiments qu’éprouvait Claude D. à l’égard de Marie S. Une approche que l’intéressé avait lui-même contredite quelques heures plus tôt lors de son audition. Cette mésentente n’est pas nouvelle. En effet, le prévenu a récemment demandé la révocation de Me Hayat, pour divergences d’opinions. C’est le procureur général qui a relaté cette information lors de sa plaidoirie. Ce dernier a également balayé l’argument de l’avocate: «Claude D. n’est pas l’amoureux bouleversé, tel qu’on essaie de nous faire croire. Il a été le propriétaire soudainement privé de sa chose.» Me Barillon lui a emboîté le pas: «Si d’aventure il aimait quelqu’un, c’est lui.» La cour d’appel a finalement confirmé la condamnation pour assassinat: «L’appelant a planifié son acte en faisant preuve de sang-froid.»
«C’est choquant»
Après la perpétuité, place à l’internement à vie. Lors de son audition, la question de l’inaccessibilité à un traitement a été développée par la présidente. Cette dernière a demandé à Claude D. s’il confirmait le fait qu’il était un délinquant dangereux: «J’ai tué deux fois, donc oui. Mais de là à dire que je suis irrécupérable, c’est choquant. Je sais que je dois travailler sur mes relations avec les autres. Je regrette tous les jours mon geste. Mais il est impossible de réécrire l’histoire. Je ne peux donc que travailler sur moi-même. Mais, avec l’internement à vie, je ne pourrais pas le faire.»
Son avocate, Me Hayat, a rappelé que la loi stipule que les rapports des deux experts doivent concorder. «Et ils ne disent pas la même chose!» Un argument contesté par le procureur général. Enfin, Me Parein, le deuxième avocat de Claude D., a souligné «l’incompabilité de cette mesure avec la Cour européenne des droits de l’homme.» Lors du verdict, la cour pénale a confirmé l’internement à vie, en mettant en exergue un fort risque de récidive et le fait qu’il n’avait pas progressé entre la première et la deuxième affaire. «Que, s’il accepte de voir un psychothérapeute, c’est uniquement dans un but tactique.» La présidente a également dit que l’internement à vie concordait avec la Cour européenne des droits de l’homme, dans le sens où cette mesure permettait un réexamen du prévenu s’il le souhaitait.

 

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