Peter Doherty, sublime dandy bringuebalant

| mar, 06. sep. 2016

Tête d’affiche des Francomanias, Peter Doherty a donné vendredi un concert hors normes à l’Hôtel de Ville, entre déflagration punk, foutage de gueule, chaos sublime et émotions à fleur
de peau. Divisé, le public a adoré ou a honni l’Anglais tourmenté et foutraque.

 

Par Christophe Dutoit

On en palabrera encore durant des heures, de ce concert de Peter Doherty déjà entré dans la légende des Francomanias. Dès la mi-journée, premiers émois. IL est là: des passants l’ont croisé en ville et se sont empressés de le dire sur les réseaux sociaux. Certains l’ont vu dans une brocante, d’autres lorsqu’il mangeait une crêpe sur la place du Marché. Un homme normal, quoi. Tous ceux qui prédisaient qu’IL ne viendrait jamais ont eu tort.
En revanche, ceux qui craignaient glissades et dérapages ont eu raison. A l’image de cette arrivée improbable, vers 23 h 10. Doherty monte les escaliers de l’Hôtel de Ville avec le public et grimpe sur scène alors que la salle est encore allumée. Il branche sa guitare, joue quelques accords, tente de chanter dans le micro éteint, repart dans les coulisses. Puis réapparaît quelques secondes plus tard avec ses quatre musiciens, dont on se rend vite compte que la moitié joue avec des gants de boxe.
Groupe désorienté
Il attaque Down for the outing. Le son est brouillon, agressif, sale. Peter Doherty discute de longues secondes avec son bassiste. Il entame une intro, s’arrête, semble chercher sa tonalité, recommence. Une partie du public gronde déjà. Il tente de le faire chanter a cappella, seul le premier rang semble connaître la chanson…
Le chaos s’installe peu à peu. Complètement désorienté, le groupe massacre Last of the english roses. La tension monte. Soudain, Peter Doherty hurle et saute dans le public, avec sa guitare et son pied de micro. Long moment de flottement. Il remonte sur scène. Le public est hagard.
Ce qui se passe dans cette arène ressemble davantage à une répétition qu’à un concert calibré pour les festivals, comme récemment à Colmar. A sa gauche, sa compagne – affublée d’une perruque rose de pin-up – tente trois notes d’harmonica. A sa droite, la violoniste semble jouer d’autres morceaux. Avec ses pansements sur deux doigts de sa main gauche, Doherty alterne larsens proches du seuil de la douleur et instants de grâce, lorsque, enfin, il retombe momentanément sur ses pattes. Le félin blessé n’en paraît que plus dangereux. Le public se clairsème, tandis que le chanteur fait monter un spectateur sur scène et disparaît avec lui dans les loges. On n’y comprend plus rien.
Grand-guignol
Entre deux titres, il mime le geste de la pétanque («on est bien à Bulle?» demande-t-il), avant de s’y prendre à plusieurs reprises pour introduire The whole world is our playground. Pour ajouter au ridicule, s’il est besoin, il échange son chapeau contre un tricorne de carnaval. Le Grand-Guignol touche à son comble.
Le concert s’achève, on attend les rappels, mais la salle se rallume sur une grande frustration. Deux secondes plus tard, le groupe réapparaît et balance une poignée de vieux titres des Libertines et des Babyshambles. Enfin du rock parfaitement en place. La tension culmine lorsqu’un technicien empoigne la guitare pour un Time for heroes dantesque et un Fuck forever comme aux plus belles heures du CBGB. Doherty replonge par deux fois dans le public et quitte l’Hôtel de Ville en plein dernier titre. What a waster (quel gâcheur), disait-il déjà – de lui? – sur le premier album des Libertines.
Entre foutage de gueule et grand-messe punk, on se dit que le génie élit parfois les mauvais élèves. Il sonne 1 h du matin et le téléphone. Au bout du fil, Emmanuel Colliard: «IL est OK pour une interview. Maintenant. Dans les loges.»
«Les bonnes décisions»
On passe les banalités d’usage. «Tu as un magnéto?» demande-t-il. «Non.» «Dans ce cas, c’est OK. Allons ailleurs?» Il enfile sa redingote. On traverse la salle. Il parle de Samuel Beckett. «On va à l’hôtel?» Il passe la porte de la coupole et file devant quelques spectateurs ahuris. Plusieurs fans essaient de suivre, on hâte le pas. «Quelle disgrâce, ce soir! avoue-t-il sur la rue de la Sionge. Nous avons besoin de répéter. Nous ne l’avons pas fait depuis la fin de la tournée des Libertines.
Je sais que nos chansons sont superbonnes. Mais il faut vraiment qu’on les bosse.»
Deux groupies l’accostent. Il les serre dans les bras, pose pour un selfie. «C’est le plus beau jour de ma vie.» Chacun ses accomplissements… Un attroupement de jeunes sta-gnent devant le Bull & Bear. La star semble en avoir assez de croiser du monde. «Dans la vie, j’ai l’impression de ne pas avoir toujours pris les bonnes décisions…»
Fin de l’interview. On n’en saura pas davantage. Vendredi soir, l’écorché vif a mis sa déchéance à nu. L’abus d’alcool ou de drogue n’y est pour rien: la bête y est rompu. Dans le fond, Peter Doherty a raison: ses chansons sont superbon-nes. Vendredi soir à l’Hôtel de Ville, le dandy sublime a bringuebalé. Fuck forever.

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