«Ebullition n’est pas qu’un club, c’est aussi une école de vie»

| mar, 25. oct. 2016

Cet automne, le centre culturel Ebullition fête ses vingt-cinq ans d’activité et s’apprête à sortir, samedi, son livre anniversaire. En 2014, son programmateur Flavien Droux avait réalisé un travail de bachelor sur le thème «Les structures culturelles, des lieux de formation?»

PAR CHRISTOPHE DUTOIT

«Certains voient Ebullition comme un lieu de bruit, de danse et de nuisances. Mais pas d’emblée comme un lieu de formation.» Le constat émane de Flavien Droux, l’actuel programmateur de la salle bulloise et auteur d’un travail sur la question en 2014.
Actuelle présidente du Conseil général de Bulle, Kirthana Wickramasingam abonde dans son sens. «A Ebullition, l’organisation d’événements touche à énormément de domaines. J’y ai appris aussi bien à organiser une assemblée générale qu’à changer un fût de bière ou un fusible, raconte l’ancien membre du comité. Au pied levé, j’ai même dû cuisiner pour dix personnes. A Ebullition, tu es amené à faire des choses que tu ne pensais jamais faire dans ta vie.»
 Lui aussi conseiller général bullois, Martin Rauber avoue que son expérience à la présidence de l’association entre 1994 à 2002 lui a permis de s’aguerrir et de gagner de la confiance en lui. «J’ai dû apprendre à faire fonctionner un centre culturel, à gérer sa planification, à discuter avec les autorités.»
Car Ebullition est un cas particulier. Contrairement à un club de foot ou à une fanfare, ses membres sont constamment amenés à innover. «On ne savait pas toujours où on allait. Il nous a fallu trouver des solutions pour faire venir les gens dans la salle… et pour les faire sortir en fin de soirée. Mais la difficulté donne une saveur particulière à cette réussite.»


Resserrer les boulons
Martin Rauber avoue avoir dû faire preuve de psychologie à de nombreuses reprises. «Ebullition n’est pas qu’un club, c’est aussi une école de vie. Durant ma présidence, je suis allé quatre fois au tribunal. J’ai dû déposer des plaintes, contre un caissier malhonnête, contre des déprédations. Ce que je n’avais jamais fait avant.»
Durant les vingt-cinq ans d’existence du centre culturel, il a fallu parfois resserrer les boulons, apprendre à gérer les conflits, savoir rester autour de la table même si le comité n’était pas d’accord.
Aujourd’hui responsable marketing et événements à Présence Suisse, Alexandre Edelmann a été vice-président du club durant cinq ans. «Ebullition m’a rendu heureux. On pouvait y faire ce qu’on aimait. Chacun avec ses propres compétences se mettait au service d’un projet commun, S’il n’y avait eu que des vieux punks, ça n’aurait pas marché. Et s’il n’y avait eu que des banquiers, ça n’aurait pas été aussi cool.»
En 2001, il gère le festival des dix ans du club. «L’un des premiers gros projets que j’ai gérés. Cette expérience m’a apporté une confiance énorme. Comme si j’avais suivi une formation accélérée et que je venais de passer mon diplôme de gestionnaire de projet.»


Motiver les bénévoles
Responsable de 380 bénévoles pour la Croix-Rouge fribourgeoise, David Seydoux fait partie des membres fondateurs d’Ebullition. «J’y ai appris à travailler avec des bénévoles dont on ne peut pas tout exiger. Il fallait les motiver.» L’actuel conseiller communal se souvient de sa première séance devant les représentants communaux. «C’était en 1991, on avait 18 ans et on défendait nos revendications devant neuf conseillers qui nous regardaient bizarrement. On avait décroché une aide de 5000 francs et une garantie de loyer. Depuis, je m’en suis toujours souvenu, à chaque fois que des jeunes nous ont présenté des demandes. Eux nous avaient fait confiance. Comme il faut aujourd’hui faire confiance aux initiatives des jeunes.»
Un constat partagé par Roby Tschopp. «Des jeunes en rupture sociale sont parvenus à se fixer. A Ebullition, j’ai appris à me confronter en direct avec le public, explique le directeur d’Actares et conseiller général de Val-de-Ruz. Nous devions à la fois dialoguer avec les autorités et certains de nos membres qui étaient en confrontation avec cette autorité.»
Le fondateur de Cinébullition a finalisé l’achat du projecteur 35 mm, «un projet un peu fou». Aujourd’hui, il se dit ravi que son bébé ait grandi. «Je trouve magnifique que Cinébullition organise ce cycle en collaboration avec le Musée gruérien, le château et l’Hôtel de Ville. Nous, on ne savait pas faire ça à l’époque.»


Il fallait que ça marche
Musicien accompli et ingénieur du son reconnu, Sacha Ruffieux a fait ses premières armes à Ebullition. «J’ai menti pour être engagé, sourit-il. J’y suis allé à l’esbroufe. Mais on a tous bossé comme des fous pour y arriver. A l’époque, le matos était pourri. Mais on s’est toujours débrouillés. Parce qu’il fallait que ça marche. Et, ça l’a fait.» Depuis quelques années, il existe des formations d’ingénieur du son et de techniscéniste. «Mais le stage dans un club reste le meilleur moyen d’apprendre, dit-il. Ce sera sans doute plus long de nos jours. Il y a vingt ans, il fallait vite mettre la main à la pâte.»
Connu comme le loup blanc sur toutes les scènes romandes, Manu Quartier a lui aussi fait ses premiers pas à la rue de Vevey. «J’ai appris sur le tas, je me suis trompé, j’ai recommencé, jusqu’à ce que ça marche. Par chance, à Ebull ou à Fri-Son, des vrais pros encadrent dorénavant les stagiaires.» C’est aussi ça, la formation. CD

 

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«Obligés d’être créatifs»


formation. «Je ne compte plus le nombre de gens qui m’ont dit qu’ils n’en seraient pas là, dans leur vie privée ou professionnelle, sans Ebullition», témoigne Flavien Droux. Pour beaucoup, le club de la rue de Vevey a été un premier pas vers le milieu professionnel. «Pour y entrer, il n’y a aucun critère de sélection: il faut juste être motivé.»
Auteur d’un bachelor sur la formation dans les centres culturels, le programmateur prend l’exemple du travail dans les loges. «Les bénévoles doivent développer des compétences spécifiques: il faut respecter les horaires, parler anglais, tenir un budget, cuisiner pour plus de dix personnes…» A Ebullition, le mot «débrouille» est cité par tout le monde. «Notre budget dérisoire nous oblige à être créatifs et bricoleurs, explique Flavien Droux. On peut passer des heures à réfléchir. Ce qui serait difficile, voire impossible dans le monde de l’entreprise. Ici, quand quelqu’un a une bonne idée, on lui dit “vas-y” et on lui donne la responsabilité de la mener à bien.»
Dans le milieu du spectacle, on apprend rarement le métier sur les bancs d’école. «Nous avons un rôle de déclencheur, explique Flavien Droux. Raphaël Kummer, le fondateur du Nouveau Monde, disait: “Tu es bien formé si tu es capable de faire différemment ailleurs.”» Une phrase que le centre culturel a faite sienne. «Dans le milieu, les gens savent ce que ça veut dire de venir d’Ebullition. Ou d’avoir organisé un giron de jeunesses. C’est la meilleure des écoles.» CD

 

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Carte blanche à Thomas Wiesel
Ebullition donne, mardi et mercredi soir, une carte blanche à Thomas Wiesel. Après un premier passage en janvier – il y avait fait chavirer le public – le chroniqueur de Quotidien invite cette fois-ci la fine fleur de l’humour romand actuel. Histoire de placer Ebullition au premier rang des salles qui lui font honneur. Mardi, Thomas Wiesel a invité Blaise Bersinger, Charles Nouveau et Alexandre Kominek. Alors qu’Arek Gurunian, Yoann Provenzano et Nathanaël Rochat se produiront mercredi. Pour ces deux soirées exceptionnelles, les réservations sont conseillées (places assises). CD


Bulle, Ebullition, mardi 25 et mercredi 26 octobre, dès 20 h. Réservations: www.ebull.ch

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